OCÉAN VERS (1826-1884) Par Victor Hugo MANUSCRITS 24 787, 24 788 ET 24 789 DES NOUVELLES ACQUISITIONS FRANÇAISES À LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE MANUSCRIT 24 787 1826-1851 Fo 1 Le travail, qui. me reste à faire apparaît.à mon esprit comme une mer. C'est tout un immense horizon d'idées entrevues, d'ouvrages commencés, d'ébauches, de plans, d'épures à demi éclairées, de linéaments vagues, drames, comédies, histoires, poésie, philosophie, socialisme, naturalisme, entassement d'oeuvres flottantes où ma pensée s'enfonce sans savoir si elle en reviendra. Si je meurs avant d'avoir fini, mes enfants trouveront dans l'armoire en faux laque qui est dans mon cabinet et qui est toute en tiroirs, une quantité considérable de choses à moitié faites ou tout à. fait écrites, vers, prose, etc. - Ils publieront tout cela sous ce titre : Océan. J'écris cette note le 19 novembre 1846. F° 3 68/192. Vers 1870. On a des familles dans l'esprit. Les idées forment des groupes. Les Feuilles d'A., les Ch. du Cr., les V. int., les R. et les O. adhèrent. Les O., les Ch., les Ch. des R. et des B., la L. des S. sont à part quoique reliées aux autres groupes par une foule de points communs. Les Contemplations et ce livre vont ensemble. Ce livre pourtant contient, si on veut prendre la peine.de le regarder de près, un rayon nouveau. Le rire franchement mêlé aux. souffles lyriques. La Femme I les Comédies et les Idylles II l'Amour V. H. Fo 4 147/479. 1826-28? Ah! nos pères ont vu l'orgueil républicain Adopter pour niveau la verge de Tarquin. Nos pères vous ont vu, sages pleins de démence, Faire du peuple au peuple un holocauste immense; Ils ont vu quelle nuit, s'amassant par degrés, Nuit affreuse, éclipsa tous vos rêves dorés, La loi souillant les moeurs, un pouvoir d'imposture, Étendant sur la France une vaste torture, L'homme au nom de ses droits dans les chaînes jeté, Et les prisons, manquant à votre liberté! Cromwell, Cromwel - Buonaparte, Bonaparte. Combien au pilori qui n'y devraient pas être, Et combien n'y sont pas que j'aimerais y voir! * Un régicide (Dulaure) ' appelait la bastille une ruche de cachots. La Cour (retension, restriction mentale) Arrête que le dit Cellier sera secrettement étranglé après l'exposition sur la roue. (Signé de deux conseillers) Comme le maréchal seigneur de Maillebois a prouvé qu'il est en possession paisible de brûler les hérétiques condamnés par les inquisiteurs de Carcassonne. Caresse, coup - tangente, sécante La différence de la parallèle à l'asymptote. F° 5 147/471. 1827-28. Or il mourut, eut sépulture à Chàrtre. Jamais esprit sous son nom ne revint, Et si j'en crois une gothique chartre Que fit un moine en l'an treize cent vingt Son donjon prit deux ailes et devint Moulin à vent sur la butte Montmartre. F. 6 70/27. 1828-30. découper les archipels La cendre, les os noirs brûlent les plaines vertes, L'air charrie un poison, les maisons sont ouvertes, Tout fume de sang ou de feu. Sur le front de la lune il passe des fantômes. 1826-1851 919 Je me lève à midi, mais quelquefois plus tard. La vieille lamentait une vieille ballade. les épaules armoriées L'épaule armoriée aux fleurs de lys du Roi. * Par des chemins connus de la seule- avalanche LeS creusements de mines éventrent la plaine. la cathédrale - le haut du clocher Nous voici dans le flanc de la.vieille géante nous nous plongeons dans ses entrailles. Ses obscurs corridors, ses noires spirales, ses voûtes tortueuses et comme souterraines vont aboutir brusquement aux cieux. chapel appel Et comme un riant groupe De fleurs dans une coupe Dans nos mers se découpe Plus d'un frais archipel. Ces ruches de cachots et leurs mille alvéoles, Leurs trapes, leurs guichets, leurs tôurs, leurs sombres geôles Fo 7 Après le 12 mars 1827. l'instrument de colère Lève en ses bras sanglants son fer triangulaire. Tricorneau Là double majesté du trône et du malheur Tel Oreste croyait, échappé de l'Erèbe, Aux feux de deux soleils voir une double Thèbe 2. Venez, gens de la banlieue Voir la joute solennelle Du géant Grisegonelle Et du nain Manquesouris. Tous vos saints qui d'honneur n'ont pas le sens commun, Qui s'échauffent à froid en disputant à jeun. On voit se succéder dans un homme qui meurt enragé le spasme au délire Et l'emprostothonos à l'opistothonos 3. la croix... C'est le glaive et c'est le marteau. F° 9 147/174. Le soir... L'ombre, montant des mers, assombrissait les cieux. [1840?] Le cheval blanc qui paît au haut de la falaise, Le drapeau rouge aux mâts d'une frégate anglaise, Un squelette, au chantier, sonnant sous le marteau, Couché nu sur la grève, attend qu'on le revête Du bordage au flanc noir qui le fera corvette. [18531 F. 10 1839. regardez bien C'est un magicien! un grand magicien! D'un oiseau dans les cieux il va -diriger l'aile Selon la sphère droite, oblique, ou parallèle. (il lui prend sa bourse) égoûts et, journaux Paris... Verse sa fange aux flots par cent bôuches de pierre (Rotschild) De nos jours l'or jaillit de la verge d'Aaron, Job est millionnaire et Moïse est baron. F° 11 147/470. 1839? Qu'avez-vous donc? vous reculez comme si vous aviez mis le pied sur un créancier! Ô! je voudrais bien, madame, Que ce grand soleil de flamme Sortît du nuage encor. Quand il reluit, tout flamboie, Les champs ont un air de joie Et la fumée est en or. '1826-1851 921 Les quatre tours de Paris. F° 12 70/67. Vers 1834. Les prières en pleurs... Qui s'en vont en boitant, des palais dédaignées, Retournent vers le peuple, et leurs mains indignées Filent la corde, du tocsin. F° 13 Vers 1832. Il.est nuit. C'est l'heure où le pêcheur, qui se glisse sans bruit, Des ondes de la Manche ou des flots du Bosphore, Retire ses filets ruisselants de phosphore. Ô femmes que vous êtes D'étranges animaux! F° 14 Vers 1835. La brèche par où l'oeil voit du vieux château fort Sortir affreùsement les entrailles de pierre. Vois Mars, Jupiter et Saturne, .Faisànt leur tâche sous nos yeux, Varier dans le ciel nocturne Leur triangle mystérieux. F° 15 74/43. 1833? Cr [ou A?] (à part) (bouteilles etc.) . comme cela vous.monte. L'imagination 5 L'espérance vaut mieux que la réalité. A ce sujet, monsieur, écoutez ce, que dit Philippe de Comine, un -Français érudit : - Ceux de Flandre = et je suis,. Monsieur, de la province, - Aiment toujours le fils de leur prince, et leur prince Jamais. J'ai vu le Grand Mogol rire et jouer aux dés Assis sur son fauteuil..Deux beaux oiseaux brodés Dont le plumage étend ses couleurs dans, la frange Sont au dos du fauteuil. L'un boit et l'autre mange 6. St Il defonse F° 17 139/219. 1831? Catani Frascatani burin voiturin Les ocres des coteaux déchirés par les pluies'. Les saules ='on dirait de gros bras décharnés et noirs séchés au soleil qui sortent de terre avec une poignée d'herbe au poing. Les contraires qui se ressemblent : un aqueduc et un pont. La nature, c'est la grande lyre a. C'est Dieu qui... Et fait fleurir les arts, ondoyantes verdures, Au penchant ruineux des révolutions. Ce saule avait l'air si affligé que je croyais que c'était lui qui avait pleuré cet étang 9. F° 18 Vers 1832-33. pauvreté Logis malsain. L'hiver le vent, pas d'air l'été. L'homme arrive au banquet, puis il s'en va, pareil Au vase qui vient plein et s'en retourne vide. l'égoïsme, l'ennui Les viles passions, l'avarice insensée Mangent le coeur de l'homme et rongent sa pensée. Gonflé d'amour, joyeux, jeune, éclatant, vermeil, Il arrive au banquet, puis'il s'en va, pareil Au vase qui vient plein et s'en retourne vide. F° 19 Océan, 134, p. 176. Acteurs du théâtre Seveste '° Auxquels, on retourne leur veste Et, qu'on abreuve avec de l'eau, ' Vous'allez "jôuer A'ngelo Jeunes actrices de Montmartre Que Seveste, Véron sans dartre, Conduit, par sa caisse absorbé, Vous allez jouer la Tisbé!' C'est bien. Je vous en félicite. Vous aurez joie et réussite, Car les braves batteurs de chaux, Lesquels se font, tant.ils sont chauds, 1826-1851 923 Une carrière du théâtre, Vous. applaudissent comme plâtre. 37br 1835. F° 20 Fin 1831. Ô Paris, à minuit, lorsque de chaque rue. La foule lentement se retire décrue, Bien souvent j'ai cru voir, dans ce.moment obscur, Rembrandt seul et rêveur s'accouder sur un mur, Tandis que soù regard, dans les carrefours sombres, Flottait tout ébloui dés clartés et des ombres. L'immense batterie aux cent gueules de fonte, D'où la fumée à flots monte, tombe et remonte, Sur les mûrs, sur les ponts, sur les toits, sur les tours, Vomissant les boulets et vomissant toujours, Bat en brèche la ville; et comme une charrue, A travers les maisons ouvre une horrible rùe: Tablettes politiques et littéraires de Gririgoire F° 21 70/55. Fin 1831. le peuple au roi Ce peuple de valets qui vient baiser ton ombre Entre les deux pavés de ta cour qu'il encombre Ne nous laisse pas même un peu d'herbe à brouter. 70/51. Fin 1831. Océan, 123, p. 163. Ô foyer paternel! ô foyer domestique! Toi que je nomme ici saint, vénérable, antique, Allume-toi, rayonne et la nuit et le jour, Vous, vertus, qui portez chacune une couronne, Famille dont le juste en tout temps s'environne, Faites cercle à l'entour! Oh! dans les nuits d'hiver, enfants, troupe folâtre, Venez, les doigts ouverts, velus serrer pres de l'âtre; Riez-vous de l'hiver à la porte resté, Surtout près du fauteuil où dort l'aïeul livide, Laissez, laissez toujours une escabelle vide Pour l'hospitalité! F° 23 74/76. 1832. Écoutez-moi - j'ai vu deux anges du Seigneur En rêve cette nuit. - Écoutez-moi : deux anges! F° 22 Vous n'avez jamais vu de ces, choses étranges, Vous souriez? - Malheur à vous si vous doutez! Leur oeil serein jetait de sanglantes clartés, Comme un ciel de juillet où brille un éclair sombre. Tous deux à haute voix comptaient ensemble un nombre. Le nombre vingt. Celui de vos ans. Et leur voix Après avoir fini, recommença trois fois. Puis ils parlèrent bas. Puis des pensers funestes Leur vinrent - chose horrible à des esprits célestes! Leur front pur devint morne et triste. Alors, ô Roi, Je devinai qu'enti-'eux ils se parlaient de toi! Soudain l'un d'eux cria : sais-tu-ce que va faire Don Carlos? - L'autre dit : il va tuer son père! Un écho qui venait de la terre, ou je crois Du ciel, ou de la terre et du ciel. à la fois, Reprit, en grossissant comme un bruit de tonnerre : Que va faire Carlos? il va tuer son. père! - Oui. Carlos, toi. - Je vis les deux anges debout Grandir avec ce cri qui montait de partout. La colère gonflait leurs puissantes poitrines, Et ton nom emplissait leur bouche et leurs narines. Moi, qu'ils ne voyaient' pas, éperdu de douleur, Je criai : Grâce! - alors comme un. chant d'oiseleur . Fait fuir deux passereaux, les archanges fidèles S'envolèrent tous deux avec un grand bruit d'ailes! 10 février Richelieu s'appelait le marquis du Chillon, Mirabeau Rignetti, Napo- léon Buonaparté. F° 24 148/160. Vers 1832. Un ange alors, s'abattant sur la terre, Prit les devants, Et s'écria. d'une voix qui fit taire Les flots mouvants : - Nul de ces morts n'a conquis la lumière. Tremblez, vivants! - Puis, formidable, il jeta leur poussière Aux quatre vents! 5 ' 148/152. 1832-35? Ces césar, ces pompée... Ces conquérans déjà placés plus haut que l'homme Dont les chars de triomphe allaient à travers Rome Avec un attelage immense d'éléphans. 1826-1851 925 L'orgueil est lion, la vanité est chatte. ... la terre change de pôles Les nations, de rois, l'humanité, de Dieu! Fo 26 74/27. 1831-32. Le golfe de Fontarabie Le soleil blondissait les voiles des nacelles, Les vitres scintillaient comme des étincelles... B-ORGIA inspiration intarissable du génie. De toutes parts La nature le presse et le fait déborder. Le naturaliste Perrotet affirme avoir vu à Samboangan des chauves- souris dont les ailes n'avaient pas moins de quatre pieds d'envergure. Ceux que Jupin veut perdre, il les rend fous ". La vieille en parlant mâchait sa langue avec ses gencives. Marquis... Vous êtes bien marquis de quelque chose, N'est-ce pas? - d'Astorga. L'enfant - Je n'étais pas toute seule. J'étais avec la grande poupée de la petite Paulin. Je frémis en songeant qué de choses -le sort Sur la tête d'un fou peut mettre en équilibre! Au premier vent qui change, au moindre bruit qui vibre, L'édifice effrayant s'écroule tout à coup, Et c'est ainsi - souvent qu'un monde se dissout.!. Océan, p: 364. sais-tu, comte du Puy, Quel est l'arrêt de mort :que l'on signe aujourd'hui? Et l'immense forêt que l'on dirait vivante, S'amuse à secouer ses.grands panaches- verts 15. Le monstre, pendant deux actes. Il paraît qu'au très, beau, jeune, etc. faut-il, s'il vous plaît, qu'on le mette Dans la ménagerie avec une étiquette? 926 'OCÉAN VERS F° 27 Vers 1832. La forêt, l'océan, la verdure et l'azur, Se baignaient l'un dans l'autre, et l'horizon obscur Était plein de plis noirs et de lignes profondes Où les touffes au loin continuaient les ondes. Le soleil rayonnant dans les gloires du soir Se posait sur un mont, magnifique ostensoir. quelqu'un plane au-dessus Pour l'homme Jéhova, pour la femme Jésus. Elle est Comme la rose, à qui-l'aube à peine avait lui, Qui se sent, pauvre fleur, pour le plaisir d'autrui, Arracher à la vie, à sa tige, à sa feuille, Et verse son parfum sur la main qui la cueille. 8 . Pour rendre heureux les enfants et tout ce qui m'entoure, Je regarde la nuit les étoiles tranquilles Et je sens pénétrer dans, mon coeur par mes yeux L'ineffable douceur dü ciel mystérieux. Fo 29 Voici la:loi, disait Jésus-Christ aux apôtres. '- Se châtier soi-même et pardonner aux autres. Donc ne me parlez pas des censeurs d'aujourd'hui, Pour eux-même indulgens, sévères pour autrui. Fo 30 ' Vers 1835. Bruits plus doux que les bruits qui tombent du zénith. lundi 2 h. Rougemont 16 mardi 1 h 1/2 P. plus préoccupé du battement des coeurs que du mouvement des esprits. M.C. Un prêtre... bon vieillard, fort poltron médiocre martyr Peu tenté du martyre Qui s'était marié 'devant la guillotine. oeil mystérieux invisible veilleur. . cet oubli vertueux Qui rend à leur-insu les,fronts majestueux ". 1834-35. 1832-34? 1826-1'851 927 Fo 31 = Vers 1835. et quelquefois j'aventure mes pas :. - Dans ma funèbre promenade O Dante, jusqu'aux bords du'gouffre hasardeux Où tes strophes de marbre aux chapiteaux hideux Dressent leur sombre colonnade. La nature est la source et ton âme est la poupe. ... comme une fleur tardive' Dont novembre flétrit la beauté maladive. F° 32 1836-38. Les culs-de-jatte ont jeunes les Maintenons que les grands rois ont vieilles. D'avance, et c'est peu de chose, - -Scarron fit Louis cocu: - Les-culs-de-jatte bnt la rose 'Les. grands rois le gratte-cul: Scarron, d'avance, étrange chose! - Fit Louis quatorze cocu. Donc les culs-de-jatte ont la rose' Et les grands rois le gratte-cul. damus, domine, . septem feminae et sex homini octo nemini'B. Fo 33 Vers 1836. Donc, courtisans impurs,.voilà comme vous êtes! O lâches intrigans!.démons! maudits! allez!. Vous ne.,me pourrez pas conduire où vous voulez. Tout noble coeur s'indigne à votre vuè infâme. Oh! qu'il n'est pas, aisé de perdre, une jeune âme! A vous, surtout! - fût-On près du. bord arrivé, Il suffit de vous 'voir polir être préservé. Comme le feu 'répand une fumée épaisse, Toujours 'autour dé vous volis répandez sans-cesse La crainte et le dégoût de vous être pareils! En le voyant, mon père... J'ai'senti tout d'abord ce dégoût vertueux Que l'homme droit ressent pour l'homme tortueux. Air des Alpes... Air qui portes la voix des abîmes béans Aux neiges éternelles, Air sonore et profond où les aigles géans Volent à- pleines ailes! F~ 34 148/157. Vers 1835. la foule Te contemplait de loin dans ton rayonnement, Sur l'estrade en drap d'or debout superbement, Entouré de lauriers et de bannières blanches. Soudain on n'a plus vu sous tes pieds que des planches, Et l'on s'est étonné du peu de temps qu'il faut Pour que le piédestal se change en échafaud. F° 35 137/227. 1849-50. Alors on entendit, palais [dôme] des Invalides, Un bruit pareil au bruit que ferait l'escadron, De trois cents chats captifs [grattant] dans ton vaste chaudron! 6 ' 70/52. 1830-32. Cf. Ch. Cr., IV. De ce banquet d'un jour où nous nous asseyons, Et que vous éclairez, Seigneur, de vos rayons, Chaque année est un mets que, du soir à l'aurore, Tout homme de sa place avidement dévore. Mets etc. Jusqu'en [sic] que décembre en grelottant arrive, Et le prenne, et l'emporte avec plus d'un convive. Janvier, c'est l'hiver. L'homme commence en larmé, l'année en pluie, Tout ici-bas commencé tristement Comme si tout savait comment il faut finir. Nous sommes ballotés par tous lés vents,' Nous nous réfugions dans toutes les pensées, dans tous les systèmes... Nous demandons asile à tout, même aux cavernes, Même aux antres profonds où le vice, où l'orgie, etc. Mes jours pleins d'ennui, d'amertume etc. passent tristement sous mon toit assombri, - et pourtant sans trouble et sans mélange, Des enfants pleins de joie et de sérénité Les beaux jours innocents rayonnent à côté. 1826-1851 929 Un jour ils se diront de ces mêmes années (si tristes pour nous hommes) O jours charmans! ô fleurs hélas! trop tôt fanées! Oh! qu'on était heureux alors etc. Et nous, vieillards amers et, tristes, nous rirons De voir leurs yeux s'éteindre et se rider leurs fronts. Une pensée austère,,.et lugubre, et profonde, c'est qu'en ce monde dans le bien, dans le mal, etc. Misérable ou triomphant, L'homme passe, toujours envieux de l'enfant! F° 37 67/48. Vers 1843. Il chasse le remords qui s'en va, noir 'fantôme, Et voyant un rêveur qui marche dans le chaume, L'aborde, et lui donnant un fer sous son manteau, Lui dit : va, c'est ton tour, vengeur! puisqu'il me chasse, Puisque Dieu, du palais où règne son audace, Sort avec le remords, entre avec le couteau! F° 39 176/15. 1845-50. Il était devant moi, muet, les yeux en flamme, Souriant et béant; figurez-vous, Madame, L'objet le plus charmant et le plus convoité Contemplé par un oeil épris de sa beauté, Un faon gras,et dodu regardé par un tigre, Un liard regardé' par le marquis d'Aligre " F° 40 1834. Ô cathédrale immense! ô clocher, monstrueux! Grande tour bourdonnante aux bases évasées! Ruche de pierre ouverte à l'essaim des pensées! 1835-40. Le destin, qui nous prend par nos passions mêmes, Mêle au même réseau les sorts les plus extrêmes, Le conquérant qui va d'Arcole à Waterloo, Le prêtre au coeur de feu que la cendre recouvre, Le roi, pasteur du peuple,' envieux dans son Louvre Du vrai pâtre qui chante 'à l'ombre d'un bouleau, Et le pêcheur; de l'onde insouciant monarque, Qui s'en revient assis au rebord de sa barque, Laissant pendre ses pieds dans l'eau. Pauvres autels ornés par des sculpteurs de proues. F° 41 F. 42 1835-37. -Je vis, extase sublime, ' Le voile bleu de l'abîme Se déchirer à mes yeux, Je me 'levai, plein 'de crainte, - J'aperçus, vision sainte, Les' ouvertures des cieùx. Près de moi tout était sombre, mais J'entendis dans ces ténèbres Quelqu'un me parler tout bas. Fo 43 129/11. Vers 1850? Tu connais mes travaux, mes rêves, mes labeurs, Mes amours, et mon âme, après tant d'aventures, Pleine d'inscriptions et pleine de ratures. Au sommet des monts noirs Vois l'aube épanouie! Rêver! chercher! sonder les mystères de l'être, Dieu, l'homme après la mort et l'âme avant de naître, Le moi, l'éternité que le doute assombrit, Ces problèmes profonds' et noirs où la pensée Les trouvant sur sa route, entre et rôde glacée, Ces cavernes où va l'esprit! Quoi! plonger dans cette ombre où l'esprit nous emporte Et n'en jamais sortir que 'par la même porté! Entrer, errer, fouiller et ne rien voir jamais! 4 129/15. 1845-50. Le prêtre : Seigneur, jadis un homme, ayant la, foi pour base, Était un temple ouvert à toute sainte extase, Où votre hymne montait vers les cieux nuit èt jour, Où d'invisibles voix, qu'il avait en lui-même, Vous louaient, Dieu vivant, vous chantaient, Dieu suprême! Où toute idée était un vase plein d'amour! Il croyait. Depuis , les systèmes, les chimères, les passions, les voluptés, etc. le doute,. 1826-1851.. 931 Ayez pitié, de -lui - Seigneur, cette grande âme où sont tant de démences, Où l'on voit aujourd'hui des ténèbres immenses Comme les nuits du pôle et les Ombres des monts, Cette âme est maintenant, de rêves visitée, Comme une cathédrale en ruine, hantée Par! les spectres et les démons. Alors il se lévâ tranquille ét dit' : ô père! Écoutez-les. Aÿez pitié de moi, môn Dieu, Car je ne suis qu'un homme et je dois vivre peu, Mais je ne, suis pas ce qu'on-pense. F° 45 144/245. Vers 1840. Et nos. jours de bonheur et. de prospérités, Par un souffle-inconnu pêle-mêle emportés, .Ont la.vitesse des nuées. F° 46 1834-36. Toute lumière vient de Dieu : - clarté du jour, Rayon -intelligent, de, l'astre plein,d'-amour,, Regard splendide du poète!. F° 47 1836-38. C'ést là que dort ce juste, homme religieux. ' Lés projets,qu'il.poussait, insensés ou possibles, Toutes voiles" au 'ent vers des ports invisibles. l'illusion changeante Iris qui joué à l'oeil 'sur' la face de tout.' À peine si parmi les jasmins et lés roses, On distingue la place où gisent tant de choses, Une pensée, un coeur, un homme anéanti, Hélas, tout :ce qu'y voit le passant solitaire .C'.est :une croix qui sort de terre Mât de ce navire englouti. La terre prie et le ciel aime, La belle illusion. riait à;mon; côté. et me disait . tout homme passe et tombe, Surface avant la mort, poussière après la tombe. Surface avant, poussière àprès. F° 48 147/89. 1834-36? Ta vie est sombre, hélas! ta 'joie est éphémère, L'ombre est sur tes chemins... - Fils, ne reproche rien à ton père, à ta mère. Prie et baise leurs mains. Oui, le noeud de la vie est un fatal lien, La joie est éphémère, Exister, c'est souffrir... - fils, ne reproche rien A ton père, à ta mère! Ouvre le livre saint que Dieu même inspira, . Et lis ces mots funèbres : Qui maudit ses parents, sa lampe s'étèindra Au milieu des ténèbres. 9 129/61. 1848-50. Vivants, songez! méditez! tandis qu'il en est temps encore! Car voici ce que dit le poète pensif : Oh! de quel oeil les morts regardent ce que font Ceux à qui Dieu donna le ciel bleu pour plafond! ou : les morts, qui sont sous cette pierre, D'un oeil fixe et 'rêveur regardent ce que font Ceux à qui Dieu donna le ciel bleu pour plafond. Les prophètes n'étaient que d'avèugles rêveurs Avant que les rayons de Jehovah frappassent Leur sourcil, sombre arcade où les visions passent. Les prophètes ... ardents. L'éclair de leur pensée illumine au dedans Leur sourcil, sombre arcade, où les visions passent. F. 51 1838? Car, tristes âmes abaissées, Coeurs rongés d'appétits secrets, Nous jugeons les grandes pensées , 1826-1851 933 Avec nos plus bas -intérêts! Car dans nos villes couronnées De tant d'impures cheminées.. - Qui du ciel souillent, les rayons,. Le plus vil foyer qui s'allume De sa vapeur immonde enfume Le front sacré des panthéons. Fo 52 , Vers 1840. Arnal Ah! madame.! ah! fort bien! Souffrez un compliment à la mode romaine. On. quitte Pulchérie avec beaucoup de peine Mais on aborde Iris avec un vif plaisir: 3 70/109. 1835. Dans un des carrefours du monde, Pilori qu'on voit de partout, Au bruit d'une fanfare immonde, Dont l'orchestre était dans l'égout, Affreux souvenir qui nous pèse! Voilà ce qu'en mil-huit cent- seize, Du haut d'un 'tréteau profané, Montrait:aux passans l'Angleterre Ce charlatan -qui court la terre, Vêtu de'rouge'et- galonné. ' 4 Vers 1840. Je regarde le ciel Car je ne vois là-haut ni. tombeaux, ni; décombres, Ni fureurs, ni combats, , Et les choses qui sont dans le ciel sont moins sombres, Que celles d'ici-bas. et ceux qui vont derrière l'insensé; Ramassant ses paroles, -. Se montrant l'un à l'autre, avec un ris moqueur Pour tout ce qui le.-touche, . Les fragmens de lui-même et de son propre coeur Qui tombent de sa bouche. - Le rire du méchant, sinistre et vénéneux, Raillant l'âme en extase, Ressemble au bruit que font des sarmens. épineux Qui brûlent sous, un >vase 20. Quiconque ouvre un tombeau fera sortir la mort, Qui blesse aura sa plaie. Qui navigue se noie, et la vipère mord Celui qui rompt la haie. Fo 55 Vers 1832? qui rongent le mors Complète chez les morts! On entendrait hennir des chevaux invisibles, Quand il s'agit de relever une grande nation injustement outragée Comme d'ardens oiseaux dont il contient les ailes . Dieu garde dans sa main des heures solennelles Qui s'envolent au jour marqué. Voici, France une de ces heures! etc., etc. F° 57 148/187. 1837? Les templiers (selon Saint Bernard) ils portent une armure De foi vive au dedans et de fer.au dehors. Ils ont la dureté de la vie et du corps, Jamais de femme au camp ni de vin dans leur verre, Le front hâlé, l'oeil fixe et le regard sévère. FO, 58-59 139/189. Décembre 1840. Comptez souvent sans vos amis, ne comptez jamais sans vos ennemis. Ami ardent, ennemi ardent, le plus chaud des deux, c'est l'ennemi. Chose triste, mais prouvée à quiconque a vécu, la haine a une plus grande capacité de calorique que l'amitié. Morne poète, presque prophète - dès Louis XV il entrevoyait 89, dès 89 il apercevait 93. ....en 93 Penchant sur l'avenir sa vaste rêverie, On voyait par moments sur sa face assombrie Et dans. ses yeux obscurs, Passer, comme un reflet d'une lueur voilée, Je ne sais quelle vague et confuse mêlée, Spectre des temps futurs! Il murmurait : il faut un bras! il faut un maître! Puis soudain sur son front on voyait l'espoir naître, Si... On verrait Pour défendre la tombe triomphale Se lever tout à coup la garde impériale 1826-.1851 935 Comme si son oreille, ô rêve! ô vision! Entendait haleter dans cette ombre terrible Le vent mystérieux de la forge invisible Où Dieu.faisait Napoléon! Vingt-cinq ans! le temps de commencer un chêne. Le temps de faire un homme ou de changer le monde! Pour nous un quart de siècle,! un quart d'heure pour Dieu! Angleterre . la France Faut-il que cette mère encor te remercie De lui rendre son enfant mort? décembre C'est le mois d'Austerlitz - et du couronnement Et c'est'le mois des funérailles! Le poète chante les bois, les prés, la nature, l'amour. Mais quand on insulte, la France, quand on menace.son pays..: Alors , Immobile et.debout sur son char olympique. Soulevant sous sa roue une poussière épique,. Le poète, rêveur formidable et serein,. Fait haleter la guerre et les clairons d'airain, Et la rumeur des camps et le bruit des mêlées Aux naseaux hennissants de ses strophes ailées. Vers 1840? Le sépulcre pour lui s'ouvre: la forme humaine Tout en s'y dissolvant s'y divinise -alors, Et, poussière au dedans, se fait bronze au dehors; -,Un monument sacré sur cette ombre abattue Se pose, et du cadavre il sort une statue! . 144/70. Date incertaine entre 1835 et 1845. Je tremble, ô vaste poète, O poète des géans, Lorsque je vois sur ma tête Tes branchages effrayants. Ton ombre où se meut un monde M'épouvante et m'éblouit. Les olympiens. de marbre Les dieux F. 60 Fo 61 Comme des oiseaux dans l'arbre Volent dans tes grands rameaux. Du fond de ma solitude Et de mon silence obscur Poète où le ciel rayonne Je t'offre Mon vers qui en secret La fleur des clairières donne Son parfum à la forêt 21. F° 62 148/153. Vers 1835. Hélas!... en peu d'années Ce que pensent les hommes, Ce qu'ils rêvent, ce qu'ils. disent, ce qu'ils font Comme c'est emporté dans un oubli profond! Le vieux roi dépossédé et captif.au conquérant Mon peuple, mes sujets, mes enfants, mes familles, Le vieil honneur des lois, les racines de tout, Les tombeaux des aïeux, les traditions saintes, Qu'est-ce que tout cela vous fait, à vous, passant! Fo 63 Vers 1838? Madame Charlemagne Madame Patriarche Le vieillard Dans ce même jardin Comme un oiseleur aux aguets, Tous les jours sur ce banc, pendant que les muguets Pourchassent les moineaux avec leur sarbacane, Les mains sous son menton, le menton sur sa canne, Le chapeau sur les yeux, les jambes faisant l'X, Il s'assied, contemplant la fenêtre d'Alix. Océan, p. 509; croquis. .... la rue où vont passant Carrosse, palefroi, mule et cheval de croupe, Les écoliers par bande et les soldats par troupe. F° 64 147/346. Vers 1845. Le serpent dans la cave attend qu'il ait des ailes. Crains l'être sans beauté, sans fierté, sans amour, 1826-1851' 937 Qui rampe avec l'espoir de s'envoler un jour! Crains ce jour-là, s'il vient! l'âme est toujours troublée, L'homme a toujours horreur de voir la haine ailée. -ou: La nuit fait peur, l'éclair glace l'âme troublée, Mais rien n'est effrayant comme 'la haine ailée. C'est Satan. ou : Ce jour-là, jour maudit, montre à l'âme troublée Cette chose hideuse à voir, la haine ailée! Fo 65 144/222. 1838-40. 'M. Philis, chanteur Mlle Glycère, danseuse Pauvre vieux aigle dans sa cage Laissant voir sa chair dépouillée, Sa plume saignante et souillée Pendait à travers les barreaux. 147/447. Vers 1845? C'était l'été, la nuit, la mer calme, un ciel pur, Nous étions sur la poupe assis, plusieurs, d'Athènes, Et nous considérions. les astres dans l'azur 22. il parle ainsi : Comme de la fournaise une noire fumée, La colère sortait de son *âme enflammée. Jadis, l'esprit rêveur, les paupières baissées, Je donnais audience à de grandes pensées. Les joies d'une âme triste. 129/135. 1838-40. C'est l'heure où dans les.champs s'appellent les corbeaux, Où la lune apparaît derrière les tombeaux Tandis que les chacals, les rats et les belettes Rongent les pieds des morts liés de bandelettes. F° 68 1840-42? Quelle prospérité veut-on qui s'enracine Dans la cendre des. morts? Fo 66 Fo 67 J'ai souvent contemplé la forêt Cette sombre cité des arbres et des plantes. Ils sentent dans leur coeur qu'émeut la nuit obscure ' Pénétrer par leurs yeux La tranquillité douce, intelligente et pure Du ciel mystérieux. F. 69 168/353. 1839? Nous serons des esprits le pôle et le milieu; Nous briserons tout sceptre et nierons tout génie; Nous raillerons en face et pendant l'agonie Louis qui s'est cru roi, Jésus qui s'est cru dieu! Fus 70-70 bis 70/98. Océan, 126, p. 166. Adieu, Paris, cité princesse, Palais d'ennui Où demain est - masqué sans cesse Par aujourd'hui! Adieu, Paris où tout est plâtre, Tout, peuple et roi, Plâtre l'église et le théâtre, Plâtre la loi! Ville où, pouvoir, science, idée, Rien n'est debout, Où de temps en temps une ondée Emporte tout! Adieu! - Que m'importe, mes maîtres, Votre fracas, Et ce sceptre qui va des prêtres Aux avocats! Et, professeurs, tribuns, ministres, Tout ce que font Et tout ce que disent vingt cuistres A l'air profond! Que m'importe vos temples vides, O mes pédants, Sans l'art dehors, maçons stupides! Sans Dieu dedans! Et votre Sorbonne importune Qui sonne creux! Et votre bavarde tribune, Tréteau peureux, Où sur la patrie opprimée On pleure à sec, Où vous sculptez la renommée En jupon grec! 1826-1851 939 Que me font vos poches souillées Que l'or emplit, Vos austérités débraillées . Au pied du lit Vos bannières de sang rouillées A chaque pli, Vos prétentions barbouillées D'un fard vieilli; Vos unanimités sifflées, Vox populi; Vos ambitions essoufflées , Au pied sali; .Vos popularités gonflées, Grosses d'oubli! 9 août 1836. Fo 71 1836. Océan, p. 515. Pour nous montrer Dieu - il sorte V Un rayon du berceau, de la tombe un éclair. La vie est une mer pleine de gouffres. Pauvres mères toujours, sans redouter les lames, Vôus' mettez Votre amour, vos coeurs, vos 'soins craintifs, Votre espérance èn Dieu, votre avenir de fèmmes, Tout ce' que vous avez, dans les bérceaux plaintifs. - ' Vous embarquez vos âmes ' Dàns ces frêles esquifs! L'herbe, les fleurs, les nuages, les arbres sont doux et fraternels pour l'enfant Car on sent palpiter pour l'humble créature Le sein universel - de l'immense nature, Maternel océan où vont tous nos ruisseaux, Qui berce en même temps sous les mêmes sourires Tous ces petits 'navires ' Qu'on nomme des berceaux! . Prends mon âme sur tes ailes, Laisse. mon coeur à tes pieds. Laisse-moi rêver, ô femme,. Un Dieu bon comme ton âme, Un ciel beau comme tes yeux 23! Oh! ma pauvre mère; dit-elle, je ne l'ai pas connue. Sa vie avait été bien sombre et bien abandonnée. Elle est morte en me faisant naître. Elle est morte sur mon berceau comme un nageur fatigué au moment où il met la main sur l'esquif qui l'aurait sauvé. Reçois, mon bien céleste, . Ô ma beauté, Mon coeur dont rien ne reste, L'amour ôté 24. Fo 72 129/78. 1836. Océan, p. 284. L'homme, tenant en main ou des dés ou des cartes, Joue avec la fortune un jeu mystérieux. Sera-t-il grand, petit, infâme ou glorieux,. Heureux ou malheureux, faible ou fort; pauvre ou riche? Jeu sombre. L'homme joue et la fortune triche. Quand un homme est heureux, ses ennemis sont tristes. Quand il est malheureux, il connaît son ami. Quand un roi te parle tout bas, Prends tout ce qu'il dit pour un songe. Donnez et recevez, sanctifiez votre âme! (ou : Donner et recevoir, c'est sanctifier l'âme.) Crois à ta conscience avant de croire aux codes. Le jour qui luit dans l'âme est le meilleur, crois-moi; La justice de l'homme est écrite en la loi; La justice de Dieu s'écrit au coeur du juge. Océan. 90, p. 129. F' 73 1839-40. Océan, p. 514-515. Quand la mère va errant sous les arbres du cimetière Mère, ne pleure pas, dit la grande nature. Ton fils est partout autour de toi. - Le sombre océan dit avec sa voix étrange : - Ne pleure pas. Ton fils est un doux alcyon. - Ton fils est un parfum, ton fils est un rayon, Disent l'aube et la fleur, rien ne meurt et tout change. L'arbre penché murmure : - il. est toujours vivant; Ton fils est un soupir qui passe dans le vent. Le ciel dit : - ton fils est un ange! La mère pleure et.dit : - j'aimais mieux mon enfant. Certes la fleur est douce, l'arbre est beau, etc. Mais j'aime mieux mon enfant que... J'aime mieux mon enfant, ô ciel, que tes étoiles . Et que vos anges, ô mon Dieu! 1826-1851" 941 Rendez-le moi, ruisseaux, fontaines etc. Ame du monde, rends-moi l'âme de mon foyer. Rends-moi mon enfant, Seigneur 0 Dieu .Qu'importe à ta splendeur profonde Une perle de plus dans l'ondé, Un 'astre de plus dans l'éther! Ce lit glacé' en proie au ver Qu'assoupit d'un bruit monotone La feuille qui tombe en automne, La neige qui tombe en hiver! Ce cri de ta douleur, ô mère, Dieu l'écoute. Mais il a ses lois. Vous regardez trop peu, quand vous êtes heureuses, La nature, les champs, les arbres du Seigneur, Vous êtes toutes dans vos enfants alors Dieu prend votre coeur Il le broie et le mêle à la création. Va, crie, pleure, regarde, aspire, Le bois profond, l'eau sombre où l'esquif s'aventure, La tour qui jette aux ans de solennels défis, La colline, le vent, le fruit d'or, la fleur pure, Tout désormais aura pour toi dans la nature Comme une- vague odeur de l'âme de. ton fils! Fo 74 - :1836-37. Nous sommes à nous deux le foyer, domestique, J'en suis la cendre, et toi la flamme.. Tant ce, feu pur jette une. pure flamme! Tant ce doux lys répand',un doux parfum.! Tant ce beau corps exhale une belle âme! Qu'on voit un four, figure 'effrayànte et sévère, Sur le seuil de, sa porte apparaître le père Avec d'horribles cris; et l'eclair dans les yeux, Et ses cheveux mêlés à ses doigts furieux. elle ' Marche mieux qu'un ange ne vole. je sentais S'entrouvrir mon front plein de rêves 25 les rêves et les fées Que le vent dans ma chambre apporte par bouffées 26- F° 75 67/163. 1840. Nous disons cela tandis que Venant de ma fenêtre au coin noir de ma chambre, Sur l'ombre qu'il franchit brillant plus vif encor, Un chaud rayon, changeant en mille étoiles d'or La poussière qui joue autour de mes vieux tomes, Fait resplendir aux, yeux l'univers des atômes. Fo 76 129/115. 1834. en frappant dessus sans cesse La haine fait d'un nom une cloche sonore. Si tu n'étais pas grand, ils ne seraient pas petits. Envieux. Cache les nudités de ta haine impudique. Tu n'ébranleras pas cet homme glorieux. Le jour a la splendeur, la nuit a l'harmonie. Le jour a le soleil, l'ombre a le rossignol. Fo 77 129/20-21. 1836-40. La nature travaille à tout ce que fait l'homme. je contemple la nature et je crois Je crois sentir, perdu dans l'herbe et dans la mousse, Dans sa grànde âme un peu de ton âme si douce! (Car) j'ai toujours aimé toutes ces douces choses, Tous ces dons gracieux, charmants et vénérés Qui font les vieillards saints et les enfants sacrés; L'innocence première et la candeur antique, Cette douceur qui plaît au foyer domestique, Et qui, faisant rêver les. coeurs religieux, Révèle on né sait quel voisinage des cieux! Double rayonnement de l'âme et du visage. Fo 78 1836. le couvent A cent fenêtres au midi qui.... Et dont les vitres allongées 1826-1851 943 Jetant leur spectre ardent dans le couloir obscur, Tandis que le soleil chemine dans l'azur, Dans les rayons de l'aube ou du couchant plongées, Se trament des pavés au mur. 9 - 129/161. 1840-45? Alors L'océan monstrueux fit d'immenses murmures; Les étoiles du ciel, devant'mon oeil rêvant, Tombèrent à grand bruit comme les figues mûres Qui tombent d'un figuier agité par le vent. Le ciel se referma comme un livre qu'on roule. Une main apparut, la foudre m'éblouit, La main prit l'eau, là terre et les êtres en' foule, Les ôta de leur place, et tout s'évanouit. [cf. Apocalypse, VI, 13, 14] 0 1836. Vieillards... Cadavres ébauchés, par les ans pour la tombe. Madame la Dauphine Dieu qui fait si souvent, tant 'ses fins sont profondes, Peser sur l'innocent, isolé dans Sion, La part visible aux yeux de l'expiation, Condamna cette femme à pleurer, ô misère! Comme fille toujours et jamais comme mère! Louis XVI, le jour de sa noce fatale, etc. Toute Eve a une pomme. Qu'elle convoite, qu'elle cueille ou qu'elle mange. Ou qu'elle nous fait manger. F° 81 Vers 1845. Quand le voyageur, seul dans l'immense campagne, Marchant au crépuscule à pas plus incertains, Sent que l'orage vient et que la nuit le gagne, Et qu'il entend tomber de montagne en montagne Les longs écroulements des tonnerres lointains. Et parmi les rameaux penchants, les feuilles vertes, Dans le vague lointain des clairières désertes, Quand le ciel répand l'ombre et le jour à la fois, Ces lueurs de soleil qu'on voit au fond des bois. F° 82 144/257. Vers 1840? Une fourmi qui' traîne une mouche dans l'herbe. L'univers est un gouffre et l'âme est un abîme. La patrie est un point et l'homme est un atôme. Ne me comprenant pas ils m'appellent barbare. (Barbarus hic ego sum qui non intelligor illis) 27 Laissons faire le temps, le temps mystérieux! Océan. p. 516. Homme, à quoi bon,tant de peine? Pourquoi tant de sueurs, de labeurs, de travaux? Que te sert de t'essouffler pour de misérables intérêts? Car tu ne te reposes jamais Car tu mènes le boeuf avant le jour au sillon. Car A l'heure où l'oiseau dort dans les forêts perdues, On entend, sous ton fouet qui les presse et les suit, Sonner les clairs grelots des mules éperdues, Courant aveuglément dans les routes la nuit! A quoi bon tout cela? ne faut-il pas mourir? Ne faut-il pas s'en aller dans l'ombre? Moins de labeur et plus de contemplation. Cherche Dieu dans ton âme! Aime! voilà la loi. F° 83 147/58. Vers 1840. Sentir dans mes cheveux cette petite main! Vois! les brumes du soir, sous le souffle des nuits, Se dispersent dans l'air comme des plumes blanches. Une étoile paraît dans l'ombre entre les branches. 4 129/73. 1845-50? ... il espérait en Dieu, Ayant toujours lui-même usé de la clémence. Il priait, l'oeil au ciel, pour tout un peuple immense, Comme un grand chêne épand son ombre sur un bois. Et, groupe suppliant, tous, en foule à la fois, La veuve en deuil. qui pleure et qui se désespère, L'orphelin dont les yeux cherchent partout un père, 1826-1851 945 L'étranger sans abri, le mendiant rêveur, Le coupable, implorant sa grâce, humble faveur, L'aveugle, l'indigent courbé, le misérable, Embrassaient les genoux de ce roi vénérable! F° 85 129/99-100. 1840-45. Chélifa - le Bédouin rêve et dit': Elle plaît au regard, elle est charmante à voir Comme l'ombre d'un bois ou l'étoile du soir Depuis quelques instants levée, Comme la plumé blanche ôu le; bec entr'ouvert De l'autruche qui fait son nid dans le désert Et chante auprès de sa couvée. Zinat-al-Nissa, jolie figure, âge moyen, yeux noirs, longs cheveux, petits pieds, petites mains. Favorite de Firuz-Shah. 6 147/203. 1845-46. contre Ninive 28 Roi d'Assur! Roi d'Assur! Regarde tes palais et regarde ta- ville. Personne dans la ville et personne au palais. 'Appelle donc ton peuple, et dis : amenez-les! - Ton peuple s'est allé cacher dans la montagne. Plus un prêtre à l'autel! plus un esclave au bagne! Tout s'est évanoui! - Les pierres de tes murs Tombent comme de l'arbre on- voit choir les fruits mûrs. Le'chacal inquiet flaire ces noirs décombres. Tes gardes sont couchés devant les portes sombres Qui gardaient ton sérail, tes femmes, tes trésors. On les croit endormis et l'on voit qu'ils sont morts. - Tout s'est évanoui! - . Ville disparue. F° 87 1836? Les étoiles. du ciel, braises mystérieuses, Agitaient leurs clartés folles et furieuses. ... avec sa racine Cherchant sous le granit -un abri calme et sûr Ce chêne a remué les pierres du vieux- mur, Comme une chaste enfant qui, pour qu'il s'y dérobe, Dérange avec son pied les longs plis de sa robe. Fo 88 - 1838-40.. Océan, 130, p. 171. Les funérailles de Daphnis à Hécate Par instants la vapeur sombre Du brasier toujours accru Semblait former comme l'ombre De ce beau corps disparu; Le bûcher saisissait l'âme Et l'épurait, et la flamme Montait vers l'Olympe bleu; Car tu le sais, ô déesse, Le ciel tire à lui sans cesse La chevelure dû feu. Fo 89 Océan, p. 521. Copie Daubray. Bonaparte Ouvrier formidable, et qu'on voyait, grande ombre, Passer et repasser sans cesse en la nuit sombre, ' Les mains pleines du poids des grandes actions, Dans la fournaise en feu des révolutions. De son marteau sonore et de ses bras puissants, Douze ans il a frappé des coups retentissants. Sur l'Europe, éclairé par le brasier qui fume, Que n'a-t-il pas forgé sur cette immense enclume! Fo 90 Après le 27 avril 1837. Océan, 92, p. 131. Toi qui seule toujours, planes au fond du ciel,. Quand sur la terre en proie. aux- hommes pleins de fiel, Sur la terre que le deuil couvre, Tu descends un moment,. lasse d'un vol trop haut Justice, oiseau divin, tu te poses plutôt Sur un chaume que sur un Louvre. à la cuisine du Marquis de Fuentes hymne. - le pain qu'il trempe en ta fumée. [cf Ruy Blas, 1, 2] Fo 91 1838-40. Plus la lune s'élève, auguste et souveraine, Plus le ciel s'éclaircit, plus la terre se tait. Il.sentit en parlant.que son esprit montait Vers une région de plus en plus sereine. 1826-1851 947 Océan, p. 507. Faites, ai je pensé, pour moi je ne crois,pas Que la haine soit bonne. Plutôt que... que... etc. Que d'être l'araignée étreignant dans ses toiles La mouche au vol joyeux, je pense qu'il vaut mieux Regarder les étoiles: Je crois qu'il est meilleur, etc. (la nature). L'injure - N'a rien qui déshonore. En le heurtant toujours, la haine fait d'un nom Une cloche sonore. '. La corde est là qui pend, et le premier venu En passant' la secoue. les sentiers des fourmis Traversent ceux des hommes. Moi j'erre dans les bois. De là j'entends mon nom qu'on agite à grand bruit Bourdonner sur la ville. F° 92 1840-42. Il gèle. Le chemin uni comme un manège, Brille au soleil. Le vent siffle à travers les mâts. Et là-bas... J'aperçois à travers un tourbillon de neige, Un kiosque rococo qui se poudre à frimas. . Vers 1840.' Océan, 62, p. 101. Ô temps! si l'on pouvait dans ton urne profonde Puiser des jours nouveaux comme on puise de l'onde, . J'en voudrais bien encor! Je dirais à la vie : oh! que ta fleur renaisse! Et je reposerais sur mon front la jeunesse, Cette couronne d'or! Océan, p. 505. Et l'eau, ce don du ciel, L'eau, qui couvrant la plaine ou suintant d'une -voûte, S'épand tantôt par flots et tantôt goutte à goutte, F° 93 948 OCÉAN. VERS L'eau qui baigne la fleur, L'eau qui de ses baisers presse la terre aride, Seule chosé ici-bas qui sans vieillir se ride Et pleure sans douleur! F° 94 Vers 1835. Les jeunes, les beaux meurent! Hélas! qui connaît l'avenir! etc. Depuis Adam, sur la terre, A travers le genre humain Passe le fatal mystère Que contient ce mot : demain. Pas d'aube mélodieuse Pas d'étoile radieuse, Au levei paisible et beau, Qui ne soit vite obstruée Par cette sombre nuée. Que dégorge le tombeau. F° 95 1837-39. Et nous sentons le mal se dissoudre en nos âmes Quand, ô poète saint, sur nos vices infâmes, Ainsi que le soleil sur la> neige qui fond Tu fixes ton regard éclatant et profond. À la noce de Chimène Avec Ruy Diaz le Cid', Chimène eut sa gorgerette Pleiné de fleurs et d'épis 29. la fête... Et qui, le soir, jette en l'air des poignées De fleurs de feu. Que disais-tu, ' Newton... Quand sur les hommes, foule obscure, amas sordide, Tu rabaissais ton oeil, fixe, clair et splendide, Aux étoiles habitué. Voie-lactée Fo 96 1833-35. Enfans... quand vous serez hommes... etc, Frappez avec le front plutôt qu'avec le pied. 1826-1851 " 949 Que l'humble banc de pierre où l'indigent s'assied Soit plus saçré pour vous qu'un trône. Ce qu'on donne au malheur, c'est. Dieu.qui le reçoit. Donnez l'aumône au pauvre, au pécheur, quel qu'il soit, L'indulgence, cette autre aumône! 67/132. 1840-42. Comprendre, ou du moins croire! - ô problème! ô mystère! Perpétuel effort dé l'âme sur la térre! Étudier le germe, étudier le fruit! Sonder le bleu du ciel et le noir de la nuit! Toujours rêver! F° 98 . 176/30. Vers 1846. Océan, p. 516. Tu connais comme moi ces choses de la rêverie presque impossibles à exprimer. Un refrain de chanson qui vous revient sans cesse, L'horloge dont le bruit vous suit comme une voix, Un vers latin qu'on dit dans une heure cent fois Tantôt d'une façon, puis d'une autre -manière; Mille ornières où va la bête routinière Tandis que dédaignant ce que les sens lui font, La pensée est ailleurs dans quelque ciel profond! F° 99 Vers 1845. Les vendangeurs antiques Qui marchant deux à deux portent sur leur épaule Un long bâton qui plie au poids des raisins mûrs. Mon esprit est calme, mais une révolution ou une passion et soudain Ma' pensée à qui' rien ne pèse En vers de feu va tournoyer Comme au" soufflet d'une fournaise" Les étincelles du brasier. Ô roi! ô Louis seize! ô carrosse du sacre or, pourpre, soie, - acclamations dont le panache ondoie Traîné par huit chevaux au panache mouvant - et bien souvent Dans l'ombre côtoyé par l'invisible roue D'un tombereau hideux que le pavé secoue! Fo 97 F.100 147/382. Vers 1845. Océan, p. 518. Jamais, fût-ce en avant, fût-ce vers la lumière, On ne fait faire un pas de force au genre humain. ou: Fût-on Napoléon, Voltaire ou Robespierre, Jamais, fût-ce en avant, fût-ce vers la lumière, A moins que Dieu ne pousse et n'aide votre main, Ou ne fait faire un pas de force au genre humain. Au verso, ébauche de Contemplations. III, 2. Vers 130-134. Poésie I, p. 332 `. F. 101 144/274. 1840? Le soleil pénétrait la vague souple et bleue. Les alcyons sont deux sur les flots verts et souples, vole.en essaims, et les cygnes par couples. Le lion, le poète et l'aigle vont tout seuls. .Homère, le lion et l'aigle vivent seuls. La mer immense emplit l'horizon jusqu'aux bords, L'immensité de Dieu remplit la mer immense. 02 70/78. Vers 1840. Celui qui démentant ce qu'il pense en son âme, Déclare le méchant juste, et le juste infâme, Celui-là, c'est un homme abominable à Dieu. F.103 1840-45. Sages qui feuilletez les vanités humaines. Que peut devenir, la pensée Quand déjà les sens sont usés? La volupté, bouche glacée, Eteint l'âme sous ses baisers. Fo 104 69/196. 1840-45. Oh! n'enviez pas, mes frères, Le riche au coeur ténébreux, L'impie aux voeux téméraires, - Le méchant, qui semble heureux! * Éditions Robert Laffont, collection Bouquins. 1985. 1826-1851 951 Dans vos douleurs méritoires, N'enviez pas leurs victoires, Leurs succès qui durent peu,. Leurs faux biens, leurs grandeurs vaines, Et leurs prospérités pleines De la colère de Dieu! Si vous saviez, ô fidèles, Quel lendemain ils auront! Leurs âmes qui n'ont plus d'ailes Dans l'abîme tomberont! F.105 67/158. 1838-40. Lecteur, je connais fort l'homme dont vous parlez 70 jeune encore - front haut ... dont Un sourire assez doux corrige l'oeil sévère. un homme Doux et ferme, fidèle à ses ennemis comme A ses amis. Pourtant incapable de haine, mais tout mépris. ... toujours Vêtu de noir depuis qu'il a perdu sa mère. Répondant rarement aux lettres.qu'il reçoit. et se faisant raser Chez le barbier du coin comme les grands d'Espagne. Fo 106 70/12. 1846? Seigneur! Seigneur! je viens à vous plein d'épouvante. Moi, votre serviteur, fils de votre servante, Homme faible et chétif et qui doit vivre peu ". Nous ne comprenons pas ce qu'on fait sur la terre. Qui donc pourrait juger ce qui se passe au ciel? Fo 107 144/38. 1840, ou plus tard? je songeais ' A ces hommes puissants, colosses de l'histoire, Qui flottent lumineux au souffle de la gloire, Qu'on regarde passer dans leur rayonnement, Rois, conquérants, héros, et qui, subitement, Saisis par le destin ou leur propre démence,' Tombent précipités d'une hauteur immense. F° 108 1840-42. Midi - beau temps - Les villages dans l'eau miraient leurs toits candides. Le soleil pénétrait' de ses rayons splendides Le -flot vitreux et clair; L'ombre des grands vaisseaux chargés d'agrès sonores Errait sur les coraux et sur les madrépores Dans le fond de la mer. A midi. Soleil et vent sur les routes. Une fournaise de poussière. Car rien n'est plus facile, et tu dois le savoir, Que de me tromper, moi qui m'en reviens le soir Les yeux fixés sur les. étoiles. À l'angle d'un vieux mur un sphinx vous questionne 32 Fo, 109-110 1840-45. J'ai devant ma .croisée un bois sombre et profond [religieux] Les collines, les eaux, les plaines, les forêts Sont meilleures que l'homme. Comme.de la parole il use mal souvent, A l'onde heureuse et pure, Aux herbes, aux grands bois remués par le vent, Dieu donne le murmure. Afin de réveiller dans le coin le plus doux Des âmes repliées Les choses d'autrefois qui se plaignent en nous Vaguement oubliées. Seigneur... Je regarde passer sur le bois sérieux Agité, mais paisible, Cette brise de l'air, souffle mystérieux D'une bouche invisible, Qui porte à toi, son Dieu dont rien ne le distrait, Les bruits que tu recueilles, Et dont chaque bouffée ouvre dans la forêt Des cavernes de feuilles. Je reviens calme des bords de l'océan Mon âme... ,1826-1851 953 Elle s'est échangée avec le gouffre amer. La mer, grande et hautaine M'a 'jeté son écume, et moi, j'ai dans là mer 'Jeté- touté ma' hainè.. Ceux qui parlént - mal du' sourd lequel ne peut entendre, ceux qui Mettent devant les pas de l'aveugle des choses Qui peuvent le faire tomber. F~ 111 1838-40. Ce' qu'il allait chercher, vous le savez, étoiles, Qu'enfant il contemplait sur lés nocturnes voiles, D'un oeil mouillé de.;pleurs,, Et vous, son bois natal qui, vous mirant aux ondes, Retenez au passage en vos feuilles profondes .L'odeur vague des fleurs! Ce qu'il allait chercher, lili, l'ignorant poëte, Dans°ce pays de miel qu'on rêve et qu'on souhaite, Sous ce ciel riche et beau, Dans ces vallons si doux, dans ces forêts si pures, Tu le sais, sombre mer qui maintenant murmures Autour de son tombeau! Ce qu'il. devait trouver dans son île adorée, " C'était l'affreuse mort, la mort- prématurée, La tombé à vingt cinq ans, Sans bruit, sans l'escadron que la bataille effare, Sans le deuil des guerriers, 'sans la noble fanfare Qui sonné au front des camps! C'était, près d'un rocher que les flots amers gardent, Un de ces noirs combats que jamais ne regardent Les yeux de Jehova, Puis une balle au' ventre et 'le râle à la bouéhè, Et le sourire froid d'un ennemi farouche Qui se venge et s'en va. F~ 112 1838-40. toute chose d'en haut, Que 'ce, soit la puissance ou que ce soit l'idée Toujours avec colère, est d'en bas regardée. Tout pouvoir à tout homme, hélas! semble oppresseur. Le sujet hait le roi, le roi hait le penseur. F° 113 1838-40. Vous ne voyez pas même, en votre enivrement, Le mendiant qui passe avec sa barbe en friche. Vous êtes jeune, beau, bien habillé, fort riche, Et vous vous amusez! C'est tout simple, pardieu! F° 115 Océan, 125. Louis ", je te connais. Quoi que dise l'envie Je ne crains rien pour toi. Tu dépenses ta vie En festins, en chansons, en tendres rendez-vous. Jeune, tu ris; vieillard, tu seras grave et doux. Au champ dont le Seigneur est le semeur et l'hôte, Ami, tu viendras -tard, mais tu viendras sans faute. Frère; entre les meilleurs nous te verrons briller. Il est plusieurs saisons où l'on peut travailler; On prend part en tout temps à là tâche des anges. Tel manque à la moisson qu'on retrouve aux vendanges. 26 octobre 1839. 144/41. 1840-42. Stamboul, assise au fond du golfe d'or J'ai vu Constantinople assise au bord des mers Dans son délabrement terrible et magnifique. Naples qui dort . Londre J'ai vu Paris qui pense et Rome qui trafique. Rome qui prie F° 118 70/97. 1840. Oui,.mon respect pour vos grandeurs est nul, Gens du Sénat et de l'aréopage. Caligula fit son cheval consul Et Léon-Dix fit cardinal son page '°. F° 119 1840. Les siècles m'ont bâtie assise par assise, Plus auguste qu'un panthéon, O France! Charlemagne a posé la première, Et j'attends maintenant cette dernière pierre La tombe de Napoléon 75! F° 120 146/50. Août-septembre 1847. L'ennemi vient - F° 117 1826-1851, 955 il investit la ville - La famine et la mort pressent les assiégés, Comme ils n'ont plus de pain; ils mangent des racines. Derrière les talus et lestas de fascines L'assiégeant cauteleux avance pas à pas; Dans la tranchée où vont et viennent les soldats La terre ouverte à vif ressemble au flanc d'un zèbre. F° 121 1840. pour moi.la queue. du paon A des regards.mystérieux ton nom, Seigneur De chaque étoile blanche, azurée ou sanglante, 'Sort un ardent ruisseau de lumière tremblante Qui vient aboutir à notre oeil. la planète avec son cône d'ombre La comète, astre paon, dans la nuit pâle et bleue, Ouvre splendidement les flammes de sa queue, Où les étoiles sont des yeux. [au v° des passages versifiés d'Ecclésiaste, V, VIII, 'IX, X] F° 122 67/90. 1840. La femme qui porte dans son sein un grand homme le sent. ' Le gland qui doit être un chêne tressaille dans le flanc de la terre autrement que le grain de mil Ciel! on ne faisait pas des choses plus infâmes quand Perse était là avec ses tenailles ' ' ' quand Juvénal... poëté souverain debout, formidable, - Par eux suivi d'un oeil oblique, - Au réchaud du boùrreaù sur la place publique Faisait rougir son vers d'àirain. F° 123 1836-37. Reims - Saint-Denis '. sacre - funérailles . Reims qui vit se lever tant d'aubes! Saint-Denis Où tant de soleils se couchèrent! ... et qui toutes deux s'inclinant L'une sur des grandeurs, l'autre sur du néant, S'inclinent sur la même chose! F° 124 1836-37. Océan, p. 519. . Le peuple... c'est de la poussière. C'est l'air C'est l'eau sur la grève C'est au pied du passant la poudre qui se lève. Hélas! tout cela est tranquille longtemps. Mais ne vous y fiez pas. L'eau dort, le sable joue autour des caravanes, L'air s'embaume en courant sur l'herbe des savanes, Jusqu'au jour où la voix qu'écoute l'océan Dit au sable, à la vague, au vent que rien n'arrête : Poussière, deviens trombe! onde, deviens tempête! Air, deviens ouragan! F° 125 67/7. 1840-42. Je vole dans l'ombre sans bruit, Mon maître est Dieu; mon nom est nuit, Et j'ai des ongles à mes ailes. F° 126 147/51. 1846. Elle s'en va, chantant à gorge déployée. Sa course folle égaie et trouble les vallons, Et de toutes les fleurs, dans l'herbe non frayée, Fait s'envoler les papillons. F° 127 148/192. 1840-45. Ils tenaient La plaine; nous tenions le bois et sa lisière. Nous en vînmes gaiment aux mains. Dans la visière Ils avaient le soleil et nous avions le vent. Leur chef était hardi, le nôtre était savant; Nous étions tous divers d'armes, et de langages. On était, en comptant les hommes des bagages, Des deux parts à peu près autant de combattants. La partie est restée indécise longtemps; Puis la chance a tourné. Leur armée éblouie A croulé tout à coup comme un nuage en pluie, Et tout s'est dispersé... nous avons fait un pas Et nous étions vainqueurs. Comment? je ne sais pas. La prouesse est finie, et nous estimons, sire, Plus aisé de la faire encor que de la dire. F° 130 Océan, p. 520; copie Daubray. Temps où... Où déjà l'on voyait, aube encor vague et sombre, 1826-1851 957 Derrière la montagne, effrayant amas d'ombre, . Poindre Napoléon, Le Seigneur... Il nous prend nos flambeaux et les écrase à terre. 'Il éteint... Les Bourbons dans le sang, les Condé dans la fange. (Berri) . Livre L'époux à Ravaillac et la veuve,à Judas.36 Charles X,alla à Holyrood Confrontant leur faute à sa faute S'expliqua avec les Stuarts. Où étiez-vous, Bourbons, quand Bonaparte apparut? Vous ne faisiez rien pendant., qu'il. faisait tout. Que faisiez-vous, hélas! famille inaperçue',. Quand penché sur l'Europe, à grands coups de massue, Coups que l'histoire encor dans le lointain entend, Superbe, il enfonçait, colosse haletant, Dans l'esprit orageux des peuples et dans l'onde Des Révolutions débordant sur' le monde, Arcole, Marengo, Saint-Jean d'Acre et Lodi, Ces pilotis géants, où, bâtisseur hardi,' D'avance il asseyait, que le 'flot gronde 'ou dorme, Le rêve' monstrueux d'un édifice énorme. Fo 132 ' 147/92. 1846. Penseurs, qui venez dire aux hommes Le mystérieux avenir, Ne vous lassez pas! que Dieu sème En vos coeurs force et volonté! Son jour' approche; il est le même Que le jour de' la liberté! Voici l'aube! la nuit s'écoule'. Enseignez, penchés sur la foule. 'Attendez sur le haut dés tours. La nuit s'en va. ' Voici l'aurore! Enseignez, enseignez encore! Attendez, attendez 'toujours! Ô passant, dit le pâtre rêveur, tu regardes ces écroulements. Dieu jadis Visita cette ville au milieu des tonnerres. Fo 133 147/22. Après le 11/7/46. Trumeau Les Chinois ont des chats comme les autres hommes. Un mandarin lettré devait de grosses sommés; Il ne savait comment s'acquitter. Il avait Un chat qui chaque nuit dormait à son chevet. F° 134 1840-45. Océan, p. 366. Oh! que vous regardiez le couchant ou l'aurore, Français, le vrai drapeau de France est tricolore; Mais il prend. notre gloire entière dans ses plis, Il est pour Fontenoy comme pour Austerlitz;- Il sait tout consacrer comme il sait tout absoudre; Sur sa zone de pourpre il a l'aigle et la foudre, Et sur sa zone blanche il a les fleurs-de-lis. Rien n'y manque, ô drapeau! seule vraie oriflamme! Le vieux coq de Brennus, effaré, l'oeil en flamme, Y brille dans l'azur comme' dans un ciel bleu. . 129/155. 1840. Océan, 141, p. 184. Mon fils, "on a souvent entrevu dans ces bois Des spectres qui parlaient dans l'ombre à demi-voix. Des voyageurs, passant la nuit dans ces clairières, Ont entendu des morts réclamer des prières; Parfois, comme l'oiseau par une hydrè attiré, Ils ont suivi, tremblants, hagards, l'oeil effaré, Des fantômes hideux, pâles comme des marbres, Qui s'évanouissaient en entrant sous les arbres. 7/202. Océan, 97, p. 136. Partout l'Ombre, partout le désert froid et mort; Les monts semblaient de grands décombres; Un ancien pont allait de l'un à l'autre bord Entre deux escarpements sombres; J'y passai; le couchant d'un lointain reflet d'or Éclairait les arches massives Comme ce pont croulant, mais qu'on traverse encor, Le souvenir rejoint deux rives. 11 nov. 1850 [surcharge 1840?] Fo 138 67/174. Env. 1845. À Rome Tandis qu'une foule vulgaire d'hommes sans âme rampe et végète sur le pavé des rues Des figures de marbre et de pierre et d'airain Fo 136 F° 137 1826=1851. .959 Le terme, la statue au geste souverain, Nymphes, déesses, dieux, formes surnaturelles, Vivent sur les frontons et conversent entr'elles. Fo 140 69/93. 1840. les rois sont là-haut' débout: Leur glaive Sinistre et flamboyant, sur le siècle se lève. La pâle humanité croit que tout Na. finir, Et ne voit plus, comme Eve interdite et frappée, Qu'à travers les lueurs d'une effrayante épée Le vert éden de l'avenir! 41 144/184. 1843? :.. vous voyez d'ici le paysage. C'est une plaine rousse et des châtaigniers verts, Avec un grand chemin qui serpente au travers. Les tableaux que je vois, vous les voyez aussi :. L'étang, le pré; les boeufs paissant dans la jachère; L'idylle d'un bouvier avec une vachère; Des chevaux jusqu'au ventre entrés dans l'abreuvoir; De beaux enfants faisant la prière du soir, Et puis tout ce que verse à notre âme qui rêve Le soleil- qui se couche et l'aube qui se lève. Et pour le petit' pied, et pour' la taille mince Figurez-vous Pepa, du théâtre du Prince. Fo 142 139/397. Océan, 122. A Mlle L.B. " Vos vers sont un lac pur. Tout s'y mire. Leur onde Réfléchit.le bois vert, l'astre d'or, l'aube en feu, Et sur leurs bords charmants et dans leur eau profonde On voit vivre la fleur et l'on sent vivre Dieu. 1° janvier 1842. Le Temps : ennemi terrible; chose étrange! parce qu'il fuit. Deux choses sortent incessamment de la bouche de Dieu, une parole, l'évangile, un souffle, la création. F° 143 1840-44. C'est là que tout enfant, comme un aigle qui rêve, Tantôt sur un grand mont, tantôt sur une grève, Debout, grave et joyeux, Il composait, du ciel levant les triples voiles, Des rayons du soleil ou des feux des étoiles La splendeur de ses yeux! F. 144 1842-44. Océan, 138. Force dômes bossus"comme des calebasses, Une porte cintrée entre deux portes basses, C'est la mosquée Achmet. Entrons-y, s'il vous plaît. Bête et barbu, l'iman est un homme complet. Assis sur son gros cul, il lit dans un gros livre, Et frappe par moments sur un tambour de cuivre. Cet être vénérable ignore tout. Aussi, Comme il a le coeur vide et le cerveau moisi, L'Egypte le mettrait dans sa boite aux momies; Il serait parmi nous de trois académies. F° 147 67/169. Vers 1845. Qu'il passe par l'esprit d'un peintre chimérique 98 D'ajuster un visage au cou d'une bourrique, Puis des plumes d'autruche ou de pluviers dorés Amis, en voyant l'oeuvre, à coup sûr, vous rirez. F. 151 1838-40. Océan, p. 398. Pauvre oiseau nu! Sa voix douce Charme Dieu qui le bénit. Dieu le couve dans sa mousse, Et sa petite aile pousse, Pendant qu'il dort dans son nid. N'a-t-il pas la providence Ce grand oeil ouvert sur tout? Le trône et l'échafaud ont le même squelette. Oh! si l'esprit pouvait lire Dans les soupirs d'un cyprès,. Si la mort pouvait sourire, Si la tombe pouvait dire, N'est-ce pas que tu dirais : 1826-1851.- 961 -F° 152 Vers 1846. . À M'' B. - 39 En vain mille - rivaux - voudraient d'un trait de flamme Atteindre votre coeur prompt à les oublier. Un mari sage et bon sauve votre jeune âme. L'amour a le carquois-et vous le bouclier. F0.153 143/106. Vers 1845. Voilà, sans m'expliquer, et vous savez pourquoi, Ce que je dis à vous, ce que je dis à toi, Toi, face vile, infâme, impure, indigne, en somme, Du soufflet d'une femme et du crachat d'un homme! 67/166. Vers 1845. Océan, p. 388. Car Dieu tout à la fois et sans se contredire;. Dans notre coeur profond que rien n'a tout entier, Met L'instinct du voyage, et l'amour du foyer Car une intime -loi, bien rarement troublée, - Unit l'arbre immobile à la semence ailée. 1845-46. elle y songeait sans cesse *Partout, le jour, la nuit, aux champs, à la maison; Il était sa pensée, hélas! non sa raison. Donc, regarde la vie avec sérénité. Vois-la.telle qu'elle est, faite d'iniquité, De misère,- de deuil 'et de trahisons viles, Mauvaise dans les champs et pire dans les villes. Il faut, sur cette terre où le malheur nous suit, Où tout est précipice, abîme, embûche et nuit, Accoutumer son âme à rêver d'autres choses Que des amours portant des guirlandes de roses. F° 157 129/131. Vers 1845. Océan. 27. Phidias, Jean Goujon, Michel-Ange, Coustou, Maîtres du marbre blanc, créaient presque des âmes; Rêveurs, ils contemplaient toujours toutes ces femmes Qui portent sur leur front la beauté, pur rayon, Et que le flot vivant de-la création, Plein du souffle de Dieu, devant nos yeux amène, Exemplaires divins de la statue humaine.. F° 154 F° 156 Fo 158 1842-44? Comparant ma pensée avec les bois épais, Dans les champs, dans les prés, j'erre et je vis en paix Avec.la sereine nature; Et le petit enfant, candide et fraternel, Vient me questionner comme l'oiseau du ciel Qui vient boire dans une eau pure. F0 ' 159 69/190. 1846-47. Quinze ans le monde s'étonna Contemplant cette renommée Debout sur notre France armée Cette grande flamme allumée Au sommet de ce sombre Etna! 60 148/215. 1844-45. Océan, 109. Le vieux ... Ô dur renversement des choses naturelles! Quoi! c'est toi que voilà! quoi! c'est moi que voici! Il n'est pas juste, ô Dieu, que cela soit ainsi! C'est fini:- Fini! - Quoi! tu n'es plus où nous sommes, Enfant! tu n'entends plus le bruit que font les hommes! Est-il possible, enfant! que tu n'entendes plus! Quoi! je suis triste et vieux, soixante ans révolus M'ont blanchi, m'ont brisé, je suis une ombre obscure! Toi, tes cheveux sont noirs, ta face est jeune et pure, Tes yeux étaient remplis d'un rayon du matin!... C'est une chose étrange, hélas! que le destin Ait dérangé la place où nous mettaient nos âges, Que, malgré la raison et les justes présages, Il te prenne, et me laisse avec mon noir dégoût, Et que tu sois couché lorsque je 'suis debout! Fo 164 67/289. 1843-44. Je vis venir à moi dans les broussailles Une guenille informe, un manteau d'arlequin Rapiécé de haillons comme un vieux baldaquin, Quelque chose d'affreux. Sous cette carapace Cheminait une vieille à l'air fauve et rapace. Fo 166 147/88. 1844-46. Seigneur, je souffre trop. Je ne puis vous cacher ce qui se passe en moi! Je ne puis vous cacher ces lugubres batailles Ce désespoir profond. Quand Dieu souffle sur l'homme, il ouvre ses entrailles Et le voit jusqu'au fond. 1826-1851- 963 F. 167 148/151. Vers 1845. . Le clou rongé de rouille Est là dans 'ce vieux. mur depuis plus de cent ans. ... l'hirondelle au printemps Venait faire son nid dans cette brèche ancienne Bien avant ta naissance et bien avant la mienne. FO, 168-169 129/127. 1844. Océan, p. 525. - La fontaine Molière 40. L'une est la. fantaisie et l'autre est la pensée. Deux déesses. Deux soeurs: L'une rit, l'autre songe. Leurs bouches Charmantes toutes deux et toutes deux farouches. Elles aiment ' Les lacs virgiliens, les antres frais, l'asile Où rit le vieux Silène, où dort le beau Mnasyle, L'air qui toujours se plaint, l'eau qui gémit toujours, Et les vastes rameaux des bois profonds et sourds. ... mêlent leur doux visage Aux projets de l'enfant, aux chimères du sage; Et la nuit, quand il dort, viennent, chaste faveur, Baiser le large front du poète rêveur. Toutes deux vont glanant sur terre et dans les cieux. Toutes deux 'd'ornements divins et gracieux Aiment à rehausser la gaze de leurs voiles; Mais l'une y met des fleurs et l'autre des étoiles. Elles mènent et emportent à travers l'espace comme des oiseaux étranges Les hippogriffes bleus, les Pégases dorés, Tous ces chevaux divins, frissonnants, effarés, Qui, fils des anciens luths et des lyres nouvelles, Sur les parnasses verts ouvrent leurs grandes ailes. Puis elles redescendent à terre Et le matin le pâtre errant dans les clairières Voit dans l'ombre du taillis... Où le ciel disparaît dans les branches jalouses, Voit leurs pieds nus empreints au velours des pelouses. Oh'! les chastes beautés! oh! les pudiques soeurs! Comme elles vont des prés foulant les épaisseurs! Comme elles ont l'amour de la nature! et comme, Déesses qu'elles sont, elles méprisent l'homme! Ce sont elles pourtant, ces vierges aux fronts purs, Que deux magiciens font vivre dans nos murs Et que montrent aux yeux de la foule accourue Molière sur'la scène et Pradier dans la rue! F. 170 129/82. 1845? Seigneur, châtiez et récompensez dès ce monde les méchants seront confondus dès cette vie ... et les bons récompensés Et les vivants, alors, voyant le juste heureux Et le méchant frappé sur la terre où nous sommes, Diront : c'est que sans doute un Dieu juge lés hommes! Après tant de choses passées, Tant de pas perdus dans le bruit, Le vieillard aux veines glacées Met de l'ordre dans ses pensées Quand il sent approcher la nuit. Il est comme celui qui mène La caravane à l'abreuvoir, Et qui, de l'arbre à la fontaine, Prend des mesures dàns la plaine Pour dresser les tentes le soir. Fo 171 69/169. 1852-53. Le grand arbre sera traîné près des 'fournaises Et les femmes mettront, pour augmenter les braises, Ses branches sous l'urne d'airain. les rois Prendront feu comme une herbe sèche flèche et l'archange sonnera du grand clairon Les lâches en livrant leurs frères et leurs pères, Disent : chacun de nous de crainte est affranchi. Vivons. Ce n'est pas nous que mordront les vipères, Nous sommes les amis du sépulcre blanchi ". pierres angulaires ' colères Riches, le pauvre a droit dè manger et de boire. C'est quand la bouche a faim que l'âme devient noire. Les petits. enfants, les pauvres femmes etc. ne sont pas faits pour ramasser les miettes sous vos 'tables, etc. 1826-1851, 965 Voilà ce que dit la terre, ce que disent la mer, le vent Ce que dit la montagne atix forêts de sapin Ce que sur lés côteatix redit,la, vigne mûre, Et voilà-ce.que murmure Le blé ' dont on fait le pain. Nous entendons quelqu'un derrière nous dire : C'est ici le chemin. 67/324. Vers 1848. .... La mer au gré du vent Ridait sa sombre moire où se jouaient les algues. - Je ne sais trop comment amener l'abbé Salgues 42, Seule rime possible à ce mot du démon. Mais si je remplaçais algue par goémon? Vous mettrez goémon, lecteur; moi; je passe outre. Le douanier. enfonça sa casquette de loutre Et vit un bâtiment filer à l'horizon. Fo 173 67/326. 1846? Mon père m'apparaît l'épaulette étoilée La large plaque d'or aux écailles pourprées .... .jeune, éclatant à voir, Son panache, qui flotte à la brise du soir, Sur son front tour à tour se redresse et se couche, Comme un feu de berger qu'agite un vent farouche. Bruit, foule et multitude, L'homme au temps est jeté; Dieu, c'est la solitude Et c'est l'éternité! Fo 174 - 129/104. 1845? Pareil à ces volcans, puits où fondent les marbres, Et dont le souffle brûle autour d'eux tous les arbres, Son oeil rempli d'éclairs n'a ni cils ni sourcils 43. Fo 175 142/16. 1846? Dieu! nous sommes perdus si tu ne nous délivres! Ils viennent, ces soldats et ces hommes nouveaux! Ils ont l'épée au poing, ils soufflent dans des cuivres, Les uns mènent des chars, les autres des chevaux, Et tous sont furieux comme des hommes ivres. F° 172 Fo 176 67/5. 1844-46. Océan, p. 288. Ce gibet où l'agneau rend' un céleste oracle, Vous le déracinez du milieu: des rochers. Vous le multipliez par un affreux miracle, Et du bois de la croix vous faites des bûchers. Fo 182 129/133. Juillet-août 1846. la comète peut-être si nous étions moins loin et si nous pouvions distinguer Verrions-nous passer dans le ciel Traînant à son talon infâme Cet effrayant globe de flamme, Satan, le forçat éternel! 85 147/102. 1846? ... Je tremble quand, parmi ces funèbres études, Le vent de nuit, soufflant du fond des solitudes,. Passe sur mon esprit. 86 147/103. Vers 1840. Au temps où les sculpteurs antiques Ciselaient sur les grands portiques Le centaure au double poitrail. Fo 187 70/6. 1845-46. Océan, 23. Oh! dans les temps anciens, mère des Nations, Vieille Asie obscure et voilée, Les peuples, flots chargés de généreux limons, Coulaient incessamment des flancs de tes vieux monts, Comme l'eau d'une urne fêlée. 88 77/126. 1846-47. Océan, 32. Ce vieux chêne,est si grand Qu'à l'horizon nocturne il semble un monticule. Souvent je suis venu le voir au crépuscule Quand Vénus à travers ses branchages brillait. .La verdure profonde et large de juillet Pend à cet arbre immense en haillons magnifiques. Autour de lui, forêts, vallons, champs pacifiques, Palpitent; on entend des murmures confus, Et des fourmillements de feuillages touffus; 1826-1851 967 On croit tout bas dans l'ombre ouïr souffler des lèvres. Il n'est point de berger, poussant moutons ou chèvres, Qui ne presse le pas en passant là les soirs; Car un esprit caché vit dans les rameaux noirs, Dans la -mousse et le jonc, dans l'herbe et la broussaille, Et la sombre nature au fond des bois tressaille. Fo 190 67/101. 1846-47. J'entends sans' cesse bourdonner ces mots sinistres à mon oreille : « Nous,, Étienne Denys duc Pasquier, pair de France, « Chancelier, président de la Chambre des pairs, « Ouï la cause, ouï le rapport des -experts, « Ouï le procureur général en ses dires... » Tous les plus grands forfaits, tous les plus grands délires! Fo 191 147/73. 1846? Ô beaux jours, trop vite partis! Rien n'est charmant comme l'aurore. Les parents tout jeunes encore, - Les enfants encor tout petits! Fo 192 Août 1847. Un trône est, si l'on ôte La soie ou lé velours, un échafaud tout fait. Le' soir, quand la mer monte et dévore ses grèves, Quand une lueur flotte au pôle boréal, A cette heure -où, parmi les astres et les rêves, L'oeil plonge dans les cieux, l'âme dans l'idéal. Fo 194 168/474. 1847-48. le siècle - les magistrats - les prêtres - les princes etc. les mères - les vierges En ce siècle ôù tout a des procédés pour être Les vierges - ont un chic qui les fait épouser. À madame D.- À Mme Doche'^ Je ne connais de vous, madame, Les vers souvent sont copiés, pue l'esprit, le talent et l'âme. Pauvres bons mots estropies, Rien de plus, hélas! mais voyez Par des copistes infidèles. Comme. lés gens sont infidèles! Comme les gens sont infidèles! On me fait parler de vos pieds; On me fait parler de vos pieds. Je n'ai jamais vu que vos ailes. Je n'ai jamais vu que vos ailes. lustres à lames plates - - Par.quels copistes infidèles pupitres à in-folios Nos vers sont-ils donc copiés! etc. F. 195 144/183. 1849-50. Océan, p. 528. L'enfant ignore. Hélas! la mère tremble et prie. L'avenir... Apparaît, sombre et triste, à son coeur maternel. O tempêtes! écueils; inquiétude, amère! C'est l'océan qu'on voit dans l'oeil bleu de la mère, Ce qu'on voit dans l'oeil bleu de l'enfant, c'est le ciel. ou : L'enfant rit, mais l'angoisse est au coeur maternel. O tempêtes! écueils! Avenir! vie amère! Ce qu'on voit dans l'oeil bleu de l'enfant, c'est le ciel; C'est l'océan qu'on voit dans l'oeil bleu de la mère. F° 196 1848? ... Mystères de l'âme Et secrets du coeur! Âme des poètes... incessamment Occupée à trouer la cloison qui sépare Le monde extérieur du monde intérieur. 147/101. Juillet-septembre 1848. Paix au pauvre pasteur, kabyle ou bas. breton, Qui chasse ses troupeaux avec un long bâton, Qui souffle dans des peaux ou dans des calebasses, Qui le soir danse et chante au seuil des huttes. basses, Et regarde; oubliant les heures qui s'en vont, L'un le désert sans fin, l'autre la mer sans fond! Paix à l'esprit qui rêve et gloire au coeur qui pense! F. 199 67/115. 1849-50. Chaque bête des bois, des déserts, de la grève, Est un fantôme obscur qui marche dans un rêve. Les animaux, troupeau vaguement endormi, Marchent confusément, ne vivent- qu'à demi. L'homme vit tout à fait. F° 202 1848-50. Secrét de toute chose entrevu par toute âme! Malheur à celui qui Dompté fatalement par un amour vainqueur, Met hors. de sa maison la moitié de son coeur. F° 197 1826:1851 - 969 F° 203 147/91. 1848-50. Un jour je vis passer Diane au fond des bois, Diane, la déesse effarée et superbe; Elle marchait courbant à peine les brins d'herbe; Elle avait dans les yeux les lueurs, des forêts. F° 205 1848-50. Vous ne savez donc pas qui je suis, imbéciles! Allez-vous-en parler latin dans les conciles, Chantez vêpres, chantez la messe, et coetera, Fabriquez un bon Dieu du bois qu'il vous plaira, En chêne, en chataignier, en sapin, en,érable, Donnez-lui, comme à vous, l'air bête et vénérable, Fabriquez un enfer plein de turcs africains, Moines, aux vieilles gens montrez ces mannequins, Mais ne prétendez pas, baladins pitoyables, Nous faire peur, à nous soldats, avec les: diables, Qui vous sortent fourchus, velus, noirs, encornés, De l'esprit, et les chants qui vous sortent, du nez! F° 206 144/73. 1848-50. Ils vont à l'opéra comme ils vont à la messe, Et le reste du temps sont aveugles et sourds; Toi que l'extase;tient.dans une sainte ivresse,. Contemple sans cesse, Ecoute toujours! F° 207 1848-50. Salle d'Astrée 4' La jeune et belle marquise de Castres veuve charmante grasse blanche et blonde Il lui arriva devant son amant un de ces petits événements inexprimables que madame de Sévigné, avec sa hardiesse de grand écrivain et son insolence dé grande dame, dit en toutes lettres, dont le président de Chevry régalait les ambassadeurs, et qui arrivaient à madame de Créqui chaque fois qu'un écuyer lui pressait la main. Elle rougit au bruit, ne sait où se mettre, Il fit ce sixain : Ce ne sont point là des désastres Pour les amours, ces dieux enfants; Un noeud secret joint, ô de Castres, Vos appas à ces accidents; Astreus, le père des astres, - Est aussi le père des vents. Toute honteuse au bruit que fit la chose, Oh! cria-t-elle, et Blanche devint Rose. F° 208 142/20. Été 1848. .... Et si quelqu'un leur donne asile, S'il se retire en quelque ville, Nous irons, des cordes aux mains. Nous lierons, après la bataille, Une corde- à chaque muraille, A chaque toit, petit où grand, Et nous traînerons, pierre à pierre, Et nous traînerons tout entière Cette ville dans le 'torrent. F° 209 147/452. 1848-50. Ô moissons de la mort! Vous marchez dans les plaines, Sombres épis s-mêlés à mille fleurs hautaines, Bannières,.cimiers d'or, drapeaux et pavillons, Vous flottez, vous allez jusqu'à l'heure fatale Où du sommet des monts l'aube effarée et pâle Vous verra tous fauchés, jonchant les noirs sillons. - les drapeaux sombres Qui semblent enflammés de la pourpre des soirs. F° 210 144/63. 1849. ... Le grand lion rêveur qu'on dirait endormi, Paisible et par moments frissonnant à demi, Aspire au fond des bois dans un calme superbe Cette sombre fraîcheur qui s'élève de l'herbe. F°211 Vers 1848. Haine des méchants, des traîtres, des lâches, etc. ...Dans ma poitrine sombre et de colère pleine, Avec un soin pieux je garde cette haine Comme un serpent sacré. F° 212 144/150. 1848-50. Ces hommes insensés, infirmes et superbes, Ce qui les guérira, ce ne. sont pas des herbes, Ni des baumes tirés de l'arbre ou de la fleur, Ni des simples cueillis à l'heure des orfraies, 1826-1851 971 Ni l'huile et l'élixir qu'oh verse sur les plàies, C'est 'votre parole, ô Seignéur! ' F° 213 148/189. Vers 1848. ... Mon père sous le tien fût mis en jugement, Je n'examine pas si ce fut justement, Mais on le condamna d'une façon oblique, Puis on l'exécuta sur la place publique... Fo 214 148/194. Vers 1848. Mais Eussé-je ' même agi, si j'en étais capable, De cette façon rare, effrontée et coupable, Eussé-je en ce mépris du devoir singulier . Eussé-je oublié tout, vous roi, vous chevalier, Vous devriez encor vous souvenir, en somme, Que je suis une femme et vous un gentilhomme. 15 -. - 176/26. 1849-50. ' vie rustique (axi "ornes de paysans) elle disait : Lorsque le maître meurt, mettez un crêpe aux ruches Sans quoi l'abeille d'or s'en va de la maison. ... dans un coin l'aïeule en cheveux blancs Bat d'un maillet de bois sur une table, en pierre La lande verte encor mêlée à la bruyère Pour en briser l'épine et la donner aux boeufs. Dans l'âtre noir flamboie et fume un feu tourbeux. (près de la mer) l'odeur marine Qui sort des champs fumés d'algue et de goémons Fo 216 - 67/355. 1848-50. je t'envoie, ami, sans peur, sans retenue, Ma pensée en chemise et même'toute nue; Car volontiers la muse, - -ou ce qu'on nomme ainsi, - Laisse tomber sa jupe 'et n'en prend nul souci. En chemise elle est femme, et -nue elle est déesse. Fo 217 129/66. 1846-47. L'envie habite au sein des sombres multitudes. Toujours, à chaque siècle, et qu'il s'appelle Rome Ou la France, un grand peuple a pour âme un grand homme. Ô Paris, Babylone, Écoute-donc alors, prostituée! Fo 218 129/67. 1849-50. Océan, p. 290. Ô chimère impossible! ô rêve! ambition! Vivre en la solitude avec tout ce qu'on aime! Et paisible, oublié, caché, bonheur suprême, Envoyer, dans sa joie et du fond d'un beau lieu, La bienveillance à l'homme et la prière à Dieu! Fo 222 69/74. 1848-49. pas de vengeance sur les ruines. et, plûs clément le peuple est plus grand que le lion. Un cadavre pour lui n'est pas une pâture, Le lion, à l'odeur des morts sans sépulture, Peut venir quelquefois, et le peuple jamais. Aristote suivit pendant vingt ans les leçons de Platon sans en manquer une seule. Fo 223 144/42. 1846-47. Vous vous enfuirez dans vos bouges Chassés par d'immenses sifflets, Et de blêmes devenus rouges Sous une grêle de soufflets. Fo 224 67/347. 1845? Invocation Viens, plein d'enthousiasme et d'admiration, Comme le bouc lascif devant le vert cytise 46, T'épanouir devant cette énorme bêtise! Jouis dans ton fauteuil: ou sur ton tabouret, Q bâtard de Platon que Zoïle avoûrait, O consanguineus, bélître médiocre, Rustre épris d'une muse aux cheveux couleur d'ocre Marouffle ténébreux, cuistre au jargon obscur, Fait pour dire Quia lorsque nous disons Cur! Fo 225 67/301. Vers 1850. C'est une vérité si douloureuse, hélas! 1826-1851 973 Qu'il 'semble en la disant que les penseurs blasphèment, Nous aimons nôs enfants bien plus qu'ils ne nous aiment. L'étrange obscurité des bois religieux. F° 226 1850. La ville, de murmures pleine, Qui bourdonnait si haut le jour, Ecoute la nuit à son tour Le bourdonnement de la plaine. F° 228 70/91. Nos. vacarmes et nos tapages Sont, madame, un bien triste bruit. Venez briller dans nos orages!- Soyez l'étoile et nous la nuit. 21 Xbre 1850 - avec deux-billets de l'assemblée 4' Ces cris, ces tumultes, ces rages, Sont, bel ange; un- bien triste bruit. Viens rayonner dans nos orages. Sois l'astre; nous sommes la nuit! Fo 230 1850. Océan, 30. La justice, l'amour, la force, -la beauté, Dans l'immobile azur des voûtes éthérées, Sont autant de lyres sacrées Qui chantent l'éternel 'pendant l'éternité. .ADDENDUM ' 79/241. 1840. Les. femmes de la cour en raffolaient. Vraiment C'était, sur ma parole; un mortèl fort étrange. Délicat et grossier, or et -clinquant, mélange D'un affreux saltimbanque et.d'un seigneur charmant. Tandis que jusqu'à lui s'inclinaient doucement Les plus hautes beautés éprises de sa grâce, Mon drôle dédaigneux se baissait vers les basses. ... Les plus galants. boudoirs s'ouvraient pour lui... Il était [à la mode Il était beau toujours, il n'avait jamais tort La soubrette et la duègne étaient à lui d'abord. Il embrassait Lisette, il cajolait Gertrude. La Montchevreuil l'aimait, quoique dévote et prude, F° 114 Plus que son confesseur, Madame de, Ligneul Plus que son nain, Flora plus que son épagneul. Il mettait galamment des mouches et du rouge. A midi dans un Louvre, à,minuit dans un bouge. Telle était son humeur, tel était son dèstin. La duchesse Amanda devant lui le matin Se mettait à genoux pour nouer sa cravate. Le soir Goton au nez lui jetait sa savate. F°' 128-129 1840. Océan, 140. Vous dites : De nos jours nul n'est impunément Calomniateur vil, impudent pamphlétaire. La loi force la haine et l'envie à se taire. La charte de juillet; code grave et jaloux, Met le droit de chacun sous la.garde de tous; La presse libre, fière, inquiète, morose, . Monstre aux milliers' d'yeux, regarde toutè chose. Qu'un gueux vienne insulter un juste, cent journaux Donnent confusément l'éveil aux tribunaux. Et coetera. Malheur à quiconque ose enfreindre!... Sachez que dans ce siècle un seul homme est à craindre, Un seul homme, est sacré, malgré plainte et clameurs, Celui devant lequel tremblent les imprimeurs, Celui qui peut en frais, chicanes arbitraires, Coûts et procès-verbaux, ruiner les libraires! Le reste, on vous le livre! - Oh! mais pour celui-là, Si jamais jusqu'à lui votre pamphlet vola, Vous ne trouverez plus un imprimeur qui veuille Auprès de votre nom signer un quart de feuille. Diable! n'y touchez point! vous. seriez hors la loi. Vous croyez à la presse, au procureur du roi? Bah! - Peignez votre siècle à la manière noire, Bavez sur l'innocence et crachez sur la gloire, Déchirez tout! Soyez le diable Légion, Niez famille, honneur, vertu, religion, Traînez le roi Louis-Philippe dans la boue, Souffletez Jésus-Christ sur l'une et l'autre. joue, Rimez en chenapan qui n'a ni feu ni lieu, Insultez l'empereur, maltraitez le bon Dieu, .N'ayez au cceur, que fiel, furie et frénésie, On vous laissera faire à votre fantaisie, Dire n'importe quoi touchant n'importe qui; Canoniser Marat, diviniser Fieschi, Et par les quatre coins incendier la ville, Pourvu que vous laissiez monsieur Cavé tranquille! Je relis après trente ans ces vers faits. en 1840, et je trouve inutile de les avoir faits. Pour.qui? contre qui? à,quoi bon? Aujourd'hui, je suis au grand point de vue de la vérité, et quand une chose me met en colère, elle en vaut la peine. H.H., mars 1870. LE MANUSCRIT 24.788 1852-1870 F° 1 " "148/278. 1853-60. Main blanche, au son '. Prénom Marthe. Lieu de naissance Le Paradis: Trombe - pluie immense lè ciel s'écroule en mer.; Effréné, flamboyant, fantasque, entier, cynique Et sublime; il était odieux aux pédants Comme toi; Rabelais,.et comme toi, Jordaëns. Le bois qui sert de manche à la cognée est traître 'À la-forêt.'- Si tu la dévoiles, je te démàsque. Si tu la démasques, je t'éventre. bateau à vapeur Les étincelles de la' cheminée qui tombent dans le flot noir semblent des étoiles qui vont s'éteindre dans le chas. `' orage -., L'éclair emplit d'un bout 'à l'autre les. nuages; Et la nuée, alors éventrée, àppai-aît ,.Avec des profondeurs de cave et de forêt, Ouvre subitement son, gouffre,.et, prenant forme, Montre une architecture intérieure énorme. Fo 2 69/171. 1852. Ils fuiront; ils fuiront hors du,palais superbe, Pareils au voyageur qui se hâte dans l'herbe Et quitte le chemin et court vers lé coteau A cause de la pluie échappée avec rage Et du vent de l'orage Qui gonfle son manteau. La rouille mord les hallebardes; arts. sciences De vos canons, de vos bombardes, génes progrès Il ne reste pas un morceau les idéals Qui soit assez grand, capitaines, Pour qu'on puisse prendre aux fontaines De quoi faire boire un oiseau. F° 3 1855-60? Océan, 24. Les prêtres du soleil, les vierges de l'aurore, Mêlaient le double choeur de leur groupe sonore, Jadis, devant le sphinx aux sourires amers, Tantôt aux bords du Nil, tantôt aux bords des mers, Sans ôter un seul monstre aux flots que les vents chassent, Et sans que leur musique et leur danse empêchassent Le fleuve sacré d'être insulté tous les soirs Par quelque vil passage insultant ses joncs 'noirs, Et de subir, apres les chants et les idylles, Le glissement du ventre affreux des crocodiles. F. 4 1853. Ta force est misérable et tes splendeurs sont viles. Tu n'es pas. Il suffit, pour jeter bas tes villes, L'arc romain, le fronton toscan, Et les créneaux hautains où tes drapeaux flamboient, D'un hoquet du Vésuve, et tes fleuves se noient Dans un crachat de l'océan., F° 9 147/299. 1853. Les hommes ont toujours torturé la colombe. Tout rédempteur, plus tard adoré dans sa tombe, Saigne sur ses bienfaits, par ses pleurs expiés, ' Le supplice est caché sous toute apothéose, Et l'auréole au front suppose Les clous aux mains, les clous aux pieds. tout ce que l'astronome Scrute, sonde, surprend, calcule, affirme et nomme. F° 11 67/68. 1852. Océan, 15. Dans cette rêverie où j'oubliais de vivre, Des visions passaient devant mes yeux- ravis, Sidon, Jérusalem, Babylone; et je vis 1852-1870 977 Apparaître à travers une brume. infinie Rome, et mon coeur battit. Rome au double génie, Géant aux yeux crevés qui porte deux flambeaux, Mêlant dans ses grandeurs ses lois et ses tombeaux, Le dur granit de Sparte ail marbre blanc d'Athènes, Ville des, orateurs, ville des capitaines, ' Tantôt dans là clarté, tantôt dans l'âpre'. nuit, Elle marche, et l'histoire aux yeux sereins 'la suit Tenant dans chaque main unè tête coupée, La 'nôtre, Cicéron, et la tienne, ô Pompée! Et moi je dis': aimez!"croyez! je suis semblable Au prêtre dont la main ne voudrait que bénir, Au pâtre qui croyant la nuit poindre, et venir L'heure où le maître veut que le troupeau s'abreuve, Crie et chasse à grand''bruit les buffles vers-le fleuve. 4 146/331. 1853-55. ' Règne de Louis XIV- L'âge du roi-soleil et de Phébus Louis, Grand siècle du vers roide et des têtes courbées, Temps où -toutes`-les fleurs du style sont tombées. F° 15 67/67. Fin 1853. 'ruelles écrouelles truelles Vous aussi, venez, reines, cruelles Comme la volupté, faibles comme la chair, Mères des noirs Hamlets et du Masque de Fer, Catherine la russe avec ta houppelande, Anne avec ton enfer de toile de Hollande 2,. Toi, spectre Brunehaut, toi, goule Médicis, Pâle Isabeau vendant ton roi fou Charles. Six, Lascive Marguerite aux' amours inquiètes Dont le lit convulsif se vide aux oubliettes, Tudor liant Stuart d'une corde aux poignets,. Toi, sanglante Marie, et toi, sanglante Agnès, Caroline de Naple -aux débauches funèbres, Ô fantômes hideux, sortez de vos ténèbres, Venez à.la. lueur de mon regard qui luit,, Et dressez-vous pareils à ces femmes de nuit Qui, le soir, agitant les linceuls. en guirlande Apparaissent dans l'ombre au milieu de la lande! F° 16 147/576. 1853-54. Vous qui soufflez dans nos décombres; Haine, amour, orgueil, bouches d'ombres, Ouragans dés passions sombres, Agitateurs du genre humain, F° 17 1854. ô Histoire Toujours, dans le passé, comme aujourd'hui, le glaive. Le squelette éternel sur les peuples se lève, Partout, au sud, au nord; Sparte pâle s'appuie au tombeau; Rome sombre Est au licteur; Venise a pour conseil dans l'ombre Les dix doigts de la mort. F° 19 1854. Dans cette obscurité qui flotte et qui se creuse, Les noirs papillons sphynx de l'ombre monstrueuse Volent d'un vol lourd et dormant; Une face apparaît, le vent chasse des formes, La libellule arrive avec ses yeux énormes Et nous regarde fixement. Toutes les visions de l'insondable grève Approchent et s'en vont, effroi de l'oeil qui rêve; La pâle horreur au front terni Passe; le songeur voit, sous des souffles funèbres, Croître et s'évanouir dans ces vagues ténèbres Les figures de l'infini. Hautain, dédaignant tout, que, ta nef vogue ou sombre, tu veux fuir. L'air dont vivait Adam t'étouffe. Ta colère Dit : toujours la même aube! On manque d'air ici. Tu dis. avec colère Toujours la vieille aurore! Pensif, il répondit à l'archange nocturne.. Jupiters Vénus louches astres chassieux essieux O vivants qui coulez comme l'eau des fontaines On entend dans la nuit vos paroles hautaines Tâchant d'humilier les cieux. F° 22 256/42. 1855. La fille de Jersey passa, l'éclair aux yeux, Des fleurs dans son panier; comme c'était dimanche, Elle avait le chapeau des îles de la Manche 1852-1870. 979 Fo 24 . 146/170. 1853-54. Océan, 20. Pour qui donc me prends-on qu'on parle de la sorte? Je suis l'homme de fer. O vieux hurleurs crasseux, Moines, tas de niais et tas de paresseux, Faites de l'huile sainte avec l'huile d'olive, Vendez des oremus, mettez de la salive A vos doigts pour tourner les pages du missel, Tondez vos crins, mangez de la bouillie au sel, Brûlez d'un air béat vos baguettes, de cire,. - Mais sachez.que je suis le baron votre sire! Ne venez pas croiser la route où nous marchons. Prosternez-vous devant le casque, capuchons!. Voici l'aigle : hiboux, prenez votre volée. L'épée est mon missel, mon froc c'est la mêlée. Je suis l'homme qui vient portant au poing l'effroi. Les chevaux effarés sôufflent autour de moi. Allez, psalmodiez, braillez comme des`ânes.- Midi met une flamme au bout des pertuisanes; Je n'ai jamais porté, moi, que ce' cierge-là! 5 68/115. 1851-53. Océan, 19. Aux fils des croisés Ainsi dans cette grande armure,. Maroufles, vous vous abritez! Et son formidable murmure Ne vous a pas épouvantés! Ô nain Triboulet, tu leur manques! Ces gueux sont les maîtres céans! Bien. Ébattez-vous, saltimbanques, Dans l'ombre que font les géants. Vous- vous dites fils de ces hommes Par la.femme forte conçus, Dignes à la fois des deux Romes, Faits pour César ou: pour Jésus! Ces hommes disaient : Que Dieu m'aide! Ils prenaient dague, estoc, poignard. Ils combattaient, c'était Tancrède. Ils parlaient, c'était Saint-Bernard. Passant les mers, les monts, les plaines Comme :un essaim prodigieux, Ils allaient, gens et capitaines, L'épée au poing, l'esprit aux cieux! Qui les poussait vers la Judée? C'était ce rêve étrange et beau, Briser les chaînes d'une idée Enfermée au fond d'un 'tombeau. Mais vous! 147/343. 1853. Océan, 112. Loin des rayonnements, des triomphes, des fêtes, Loin,de tous, les heureux riant sur tous les faîtes, Parmi les cyprès et les houx, Mes strophes par. moments avec extase flottent,. Le malheur, hallier noir où tant de voix sanglottent, Est le lieu des chants les plus doux. Calme! attendrissement! asile! en ces ténèbres Où gronde, âpre et saignant l'ïambe aux yeux funèbres, L'hymne de l'amour prend'son vol. L'ange obscur de la nuit fait avec la même ombre Le cri que jette aux bois l'orfraie oblique et sombre, Et la chanson du rossignol. F° 27 1856. Vous voulez me diminuer, peine inutile' L'homme ne peut souffler l'astre. D'ailleurs qu'y peut-il gagner? Je ne suis pas une piastre Pour qu'on cherche à me rogner. F° 29 68/181. 1854. Océan, p. 291. L'homme est la sombre mouche errante qui s'enfuit. Oh! que de fois mon âme a tressailli, la nuit, Quand l'eau.pleure, quand la nef sombre, Quand on voit frissonner au vent universel, Formidable et liée aux quatre coins du ciel, La toile de l'araignée Ombre! F° 30 Avril-mai 1853. Océan, p.404. C'est l'heure où le fantôme effacé quitte Électre, Où l'ombre quitte Hamlet, -le prince au coeur saignant. Le blême point du jour lève son front de spectre Derrière l'herbe noire et l'arbre frissonnant. [au v° ébauche pour Châtiments, II, 1] F. 26 1852-1870 981 Fo 31 66/86. 1854-55. Statues - chevaux de bronze - spectres équestres Je l'ai dit quelque part dans je,ne sais quel livre Le colosse d'airain 'dans- l'océan billon Se noie et fond; il flotte; échoue à la monnaie, Et reparaît courtier de commerce, il 'vend,- paie, Fraude et, vert-de-grisé par l'ombre.et le brouillard, De bronze devient cuivre et de héros liard. F° 33 256/50. 1854. Avant que l'archipel de la Manche existât 5, Étretat À l'époque où Jersey, baignant un flanc dans l'onde Qui la tient tout entière et l'étreint maintenant, Etait par -l'autre flanc. liée au. continent, Quand un clair filet d'eau lui servait de limite, Au temps où l'on jetait au-devant de l'ermite Une botte d'ajoncs pour passer le ruisseau; Quand on sautait de Herm à Serk sans être oiseau; F° 34 129/36. Début 1854. Détruire l'homme, tel est le but. Les éléments s'y efforcent. L'homme les aide. L'océan a les vagues et la foudre, nous inventons les flottes et le canon. (empereur) Les navires hideux -é heurtent dans l'horreur; Ils criblent en hurlant l'écume de mitraille; Et l'homme à la tempête ajoute la bataille. Fo 36 1855. Océan, 37. Derrière l'horizon lès rocs montraient leurs têtes, Et j'entendais le bruit monstrueux des tempêtes, Et dans le fond des cieux où ces clairons sonnaient Sur le grand chariot océan que traînaient Des millions de flots, les cavales de l'ombre, Je voyais se dresser l'ouragan, cocher sombre. Ce que disent au fond du crâne, ce caveau, Le squelette raison et le spectre espérance. F° 38 147/139. 1854. Sous le crâne, crypte sans flamme, Plafond du noir cachot de.l'âme, Elles éclairent l'orgueil nu, Et, jetant des lueurs au doute, Font pénétrer sous cette voute Le flamboiement de l'inconnu!. Poèmes végétation où Pan respire Ah! jetez la sonde aux abîmes la coupe Des mots que le vent entrecoupe Sortent de leurs lèvres d'airain. F° 39 1855. S'il faut à l'art un roi, la nuit; en écoutant Le vent plaintif gémir dans l'arbre palpitant, Plutôt que Richelet, nous préférons élire. Dieu, le luthier qui fit cette terrible.[ineffable] lyre. Abîme! La mer est, les flots sont, le flot n'est pas. Mystère! Dieu les hommes l'âme êtres l'être F° 40. 147/524. Vers 1856. L'archet de l'opéra qui dans ses vastes sons Tord le groupe lascif des danseuses cambrées; Les grandes nuits d'Isis par Chicard 6 célébrées. Ou le roi de Siam sur son éléphant blanc. ... Portant l'habit royal, manteau d'alcyons bleus. F. 44 147/531. 1855. Bien! lâche, lave-toi! bien, lave-toi, maudit, Et laisse tes secrets dans ta vaisselle plate! La cuvette [le lavabo] connaît à fond Ponce Pilate. 5 147/361..1853-54. Océan, 131. ... Au tournebride, Je vis un édifice énorme, étrange, hybride, Donjon d'un bourg quelconque omis par Vosgien, Je ne sais quel tas sombre et carlovingien, Des tours, des clochetons, des toits en colombage Faits par madame Dîme et monseigneur Jambage. 1852d870 983 Jadis une potence ornait chaque guichet. Dans l'ombre à chaque pas mon cheval trébuchait, Par bonheur, lé maudit progrès sous les poternes En place de pendus avait mis des lanternes. câprier prier cactus lotus aloès je reclouais Les clous d'or du fermoir d'un coffret d'aloès. F. 46 68/118. Vers 1854. La royauté commet toutes sortes de crimes', Met les règnes chaos sur les siècles abîmes, puis l'expiation vient; il le faut. qui est frappé? - ô providencé ô loi sombre des enfants, des vierges, etc. Et des reines alors, dans 'l'ombre où leur front penche, Recousent leur robe blanche Pour monter à l'échafaud. Fo 47 1856. Oreste Hamlet les penseurs, les songeurs - Dans les fatalités plongeant 'leur oeil farouche, Ils se montrent entr'eux et le doigt sur la bouche, Le meurtrier, l'empoisonneur, Des temps mystérieux ils ouvrent les registres, Et comparent, Argos, à tes- couchants sinistres La pâle lune d'Elseneur. F° 48 147/331. 1853. Cf. Massin, XII, p. 1529. La pluie épanche ses rosées; Le vent de nuit tord les buissons; Les âmes frappent aux croisées, Et disent : c'est nous qui passons. Océan, p. 407. Que de fois, poursuivi d'un tourbillon de rêves, J'ai lancé mon cheval au galop sur tes grèves 8, -O sauvage océan, Écoutant [regardant]; dans un hymne aux clameurs éloquentes Les vagues se mêler. [délirer, écumer] ainsi que les bacchantes Dans l'antique Paean! Et pensif j'écoutais les vagues- éloquentes Se parler, se répondre ainsi que les bacchantes - Dans l'antique Paean! 147/345. 1854. ... Et l'on voit dans la nuit se tourner vers la mort, Dur pourvoyeur des catacombes Qui va, jetant au vent les âmes et les os, Comme vers le semeur le bec noir des oiseaux, La mâchoire ouverte des tombes. 1854. Océan, 96. Tout marche; c'est la loi de l'homme. Planer, ramper; entrer, sortir; Paris suivra Corinthe et Rome; Londres suivra Carthage et Tyr. Ainsi flottent nos destinées, Pendant que, foules entrainées, Allant d'où nul n'est revenu, Nous errons, battus des tempêtes, Nous te regardons sur nos têtes, Ô nuit, dessous de l'inconnu! Tout marche. Il est seul immobile, Lui, le songeur du firmament, Que le prophète et la sibylle Contemplent éternellement. Jamais les gouffres sur leurs dalles N'entendent sonner ses sandales; Il ne change jamais de lieu, Tandis que l'ombre enfle nos voiles, Et c'est vous que j'atteste, étoiles, Clous de la semelle de Dieu! F° 52 6/218. Océan, 61. 'La branche de houx Jeanne disait : toujours je te serai fidèle, Et je t'adorerai toute une éternité. Un moineau franc Éternité! La branche de houx Et Jean lui répondait : tu seras toujours belle; Dieu dans le marbre blanc a sculpté ta beauté. Une éphémère Éternité! La branche de houx La jeunesse est sans fin! chantons! s'écriait-elle; Après le doux printemps vient le joyeux été. Fo 49 F° 51 1852-1870 985 Un feu follet Éternité! La branche de houx J'ai de l'or, disait Jeanne, et des troupeaux sans nombre, Le riche est toujours grand, puissant, et respecté. Une fumée Éternité! La branche de houx Elle mourut; sa bouche avait ce souffle sombre Qui semble un bruit-de l'ombre et de l'immensité. 'Une étoile Éternité! 24 janvier 1855. [Au v° une'version antérieure de Contemplations, I, XXIII] 3 147/133. 1854-55. Misère-prostitution-ignorance-les riches Et le soir ils courent aux antres Et, pleins de la sombre Vénus, Ils s'en vont regarder des ventres - Et des cuisses et des seins' nus; Et l'ombre est 'triste en sonnant l'heure, Et sur ses filles Ève' pleure, Spectre sinistre du chemin. Par le corps vil l'âme est tuée. Hélas! toute prostituée Est mère du grand deuil humain. Et cette nature immortelle De quelle façon pèse-t-elle Sur la lugubre humanité? Ô sombre meute [émeute] des tempêtes. F° 54 147/132. Vers 1855. Envie, affronts sans fin ni trêves, . Haines aux regards effrayants! Je t'entends passer dans mes rêves, Nuage des chiens aboyants. F° 55 1854-55. Ô noir Machiavel! es-tu ce que tu sembles? Machiavel - Ta pensée apparaît sinistre à tous les yeux; Ton livre a par moments des sens mystérieux Dont frissonne le moins timide, Comme on se sent parfois, la nuit, d'horreur glacé Lorsqu'on tâte en des lieux oùle meurtre a passé Une herbe vaguement humide. Fo 56 144/99. 1855-56. les grottes et les baumes Car les prophètes noirs songent au seuil des antres; Les lions en ont peur, et rampent sur leurs ventres Devant ces fronts qu'emplit l'esprit silencieux; Au fond le Sinaï surgit dans l'ombre horrible; Dieu fait sur ce piton terrible Tourner le gond.d'en bas de la porte des cieux. Fo 57 147/339. 1854. Un arbre qui servit autrefois de gibet A monsieur de Montluc, suivi de sa sequelle, Vieille fourche aux rameaux trop nombreux, à laquelle On a pendu jadis beaucoup de huguenots est là... sur une éminence - ... et l'on voit le bois, quand on passe en rêvant, Se dresser sur le haut de la colline au vent, Et, difforme, pareil au haillon d'un vieux crible, Trembler, noir et piqué de trous blancs, l'arbre horrible. Fo 58 147/352. 1856. (catastrophes) L'Etna flamboie et dans sa robe Prend Catané au front rayonnant. 2 La comète dévore un globe. 1 L'Océan ronge un continent. Fo 59 1855? Hommes, O voleurs du miel des abeilles des plumes de l'eider Et de la plume des oiseaux. du lait de la vache nos questions Nos doutes, nuages funèbres, Montent au ciel pleins de ténèbres Et redescendent pleins d'éclairs. 1852-1870 987 F° 60 . 1854? comète traînant sa queue hochequeue Ô sphères, ô concerts, tourbillons haletants, Souffles de l'infini,- vents, fluides! j'entends Vibrer l'iniménse lyre bleue. F° 62 Fin de l'exil? Hélas! dépareillé, «décomplété, je vis. fléaux prédits la maison de Thogorma vers l'aquilon Que César et que Pompée Te passe au fil de l'épee, Plus de maïs, plus de blé, Le vent sombre éteint ta lampe; Ah! peuple ingrat, pleure et rampe! Moi, l'Éternel, j'ai parlé! [en marge :] le futur vaut mieux F° 63 142/21. 1854. Ahmed cria : par Dieu, qui ne dort ni ne rêve! Le sage est fort. Il a, quand il, va dans la plaine, Un lion pour cheval et pour bride un serpent. Vanneau anneau panneau chicaneau ... je crée est moins que : je pardonne. C'est le signe d'un front qui passe l'ordinaire Que d'attirer, ainsi que les monts, lé tonnerre. F° 64 144/100. 1854? Alors fêtes, Paris, bals, théâtres et maintenant Des bruits, des cris, des huées, La nuit, la mer, la terreur, Des lueurs dans les nuées Et des ombres dans l'horreur. 5 146/398. 1854-55. En ce temps-là Cettigne avait pour prêtre et pour archimandrite Nicanor Niegus; homme d'un grand mérite... Caravanes - la diffa (repas du matin et du soir) 66/207. 1854-55. Océan, 492. Chatou - 1838 (été) ? ou Priscum (vérifier) Urbis amatorem Fuscum salvere jubemus Ruris amatores 9 - Ordre à Fuscus, ami des villes, d'être en joie. Signé, l'ami des champs, Horace. - Je t'envoie Pour bonjour ces deux vers stupéfaits dans mon trou D'être nés à Tibur pour renaître à Chatou. Je fais Ruy Blas, et lis Horace dans l'entr'acte. Que ma traduction ne soit pas très exacte, C'est tout simple, fais grâce à mes deux vers vaincus, Car je suis moins qu'Horace et toi plus que Fuscus. 69/91. 1853-54. Pour Dieu pensif qui voit les coeurs dans les poitrines, Le parfum des jasmins et des lys de Sâron Sort du fumier de Job, et l'odeur des latrines Du lit de roses de Néron. parce que parce que Parce que mon enfant est couché sous la terre' Avec les vers de terre et que ses os ont froid. F° 68 1855. passé! amours! rêves! chimères ailées! Tout s'en va. Qui te rejoint? Que de choses envolées Et qui ne reviendront point! Ne vaut-il pas mieux mourir? F° 69 146/247. Vers 1855. Oh! comme par moments, je te hais, vil soleil, Qui réchauffes l'armure exécrable, et câlines Sur la huque en drap d'or le fer des chapelines. F° 70 256/55. 1856. temple antique - brouillard -. Barbu, farouche, fauve, au centre du fronton F° 66 F° 67 1852-1870 989 Un masque de Bacchus couronné de corymbes .,Baigné d'un jour plus gris que la lueur des limbes Riait. F° 71 1854-55. Jadis On essayait d'ôter' la bataille aiix'Achilles; La virginité pâle et sombre de Scyros Était comme une tombe essayée, aux héros; Mais ils s'en échappaient pour entrer dans la vraie; Aux ramiers de Vénus ils préféraient l'orfraie. F° 72 74/2. 1856. Océan, 80. Histoire Est-ce Dieu qu'on entend parler quand le destin Dit aux jeunes Césars, aux jeunes Alexandres : - Roi, tu vas sous tes pas faire voler en cendres Les villes, les autels, les rois, le genre humain. Va! reçois tout de moi. Je mets tout dans ta main. Je te donne l'éclair, la foudre, la victoire, La puissance, le glaive et le sceptre, et la gloire, Étoile bonne à mettre au front de ton cheval. 3 147/384. 1854-55. Peine. de mort - guillotine des deux ombres Que font sur le pavé ces deux grands poteaux sombres L'une, et c'est toujours là ton double front, terreur, Jette aux pauvres l'effroi, l'autre aux riches l'horreur. Le sombre avenir dit à l'homme : Toi transparent, et moi masqué. F° 77 1855-56. Océan, 39. Les formes, les aspects sont des spectres qui flottent Sur l'unité; ceux-ci chantent, ceux-là sanglottent; Mais les besoins, les jougs, les sentiments sont uns; Les miasmes hier ont été les parfums; La fauvette est féroce et la tigresse est tendre; La nature est un gouffre, un centre où tout doit tendre. Dans la création nul être n'est exempt' De la dette 'd'amour, de la dette de sang; Et dans tontes les lois chacun à son tour entre; L'antre a des jeux de nid, le nid ades cris d'antre. F° 78 105/367. Vers 1855. Histoire Ils vous disent :... vos libertés, vos lumières, vos progrès - fléaux sans nombre. Votre peuple est une hydre au fond d'un égout sombre. Vos révolutions sont les terribles jeux De l'élément sanglant dans le chaos fangeux; Vos chants ont pour refrain la mort; ' vos philippiques Hurlent et font errer des têtes sur des piques., .- etc. et vous lui répondez : vos autels, vos religions, Vos rois sont des bandits, vos trônes sont des crimes. Et vos religions sont des antres de nuit. Fo 79 68/85. 1855. Grain de mil Schamyl 10 l'an mil Arbres coupés gisants sur terre Sombres cadavres du travail! Les liserons, ces vases de rosée Juvénal - à Syène " - Continuez; soyez fermes, virils et fiers. Soyez dans les jours noirs, soyez dans le temps sombre La protestatiôn du rayon contre l'ombre. Le bras Canopique du Nil le vent Du deuil et du nuage immense dissolvant [ici une ébauche (début et fin) de Contemplations, III, 27, 12 juillet 1855.] Aux premiers jours du monde beauté et bonté .descendirent du ciel mais ayant rencontré l'homme se transformèrent Fo 81 147/489. 1854-56. Un donjon en ruine, au fond de la vallée, Assombrit. de sa larve âpre et démantelée Un beau lac transparent plein de poissons d'azur, Dans les joncs que sous l'eau remue un souffle obscur 1852-1870 991 -Leur dos d'argent frissonne, et, saumons, carpes, truites, Glissent, et font trembler l'ombre des tours détruites. ... à un oiseau, l'hiver, mouillé Où vas-tu, quand le ciel est noir de tous côtés? Où donc, ô petit être, est-ce que tu t'essuies? A la robe des anges invisibles, répond l'oiseau. .. F° 82 176/13. 1856-58. Et les filles d'Edom qui portent sur leur tête leur cruche où grimace un nain bossu parmi des grappes de raisin Pôlichinelles de tous les peuples anciens et modernes : Maccus, Pappus, Bucco, Casnar, Pulcinella, Punch, ' Karagheuz, Papa-moscas ... Ô gai chardonnerèt peint de mille couleurs;' Lissant de ton bec noir tés plumes tout 'en fleurs, Chanteur, doux arlequin du carnaval des roses,... F° 83 1855. On croyait voir Euryanthe Ou sonnant du cor Quand cette belle 'riante Secouait ses cheveux d'or. F° 84 148/69. 1853-60. Je suis de fer, sur moi vous n'aurez pas de prise; Ce fut [?] votre t dont je me ris d'abord Je suis à claire-voie et je vous gêne fort; Le vent pousse une porte.et non pas une grille. F° 85 - 148/103. 1858? ... Il suffit d'un. forfait pareil pour-que les hommes Tombent du rang suprême où Dieu les avait mis. L'azur' clément se change en gouffres ennemis; Le vent jette indigné le miasme à leur bouche; La lumière irritée en éclairs s'effarouche... F° 86 ' 68/57. Vers 1855. - réaction J'entends sonner au cou des peuples la clarine; ' Ils rentrent à l'étable au sombre appel du'soir. O peuples etc. évasion la fille publique - Sombre. Spectre. vision la veuve des passants - Fo 87 1856. Homme plein de vices. Tu regardes le ciel, l'aube, l'étoile, l'azur, la nuit vierge, la vertu de l'aurore Tu sens frémir ton âme horrible Sous cette chasteté terrible De l'abîme et de l'infini. Fo 88 146/271. 1856-58. duel de Turnus et de Florian [Materne] 1 z (Yvetot, 900 ans). (Alsace, 2 400 ans) Le chêne d'Allouville et le,chêne d'Antrage Sont deux rudes géants; le vent qui les outrage Sort difficilement de leurs bras furieux, Et s'en va l'aîle, basse et boitant dans les cieux. Fo 89 147/390. Ô rive où nul ne passe et que ronge l'écume, Flots sans barque, rochers sans fleurs, arbre vieilli, Astres dans la nuée; 'église dans la brume, Vous nommez-vous.1:hiver? - nous nous nommons l'oubli. 22 juin 1855. bals masqués Tous les spectres du bruit, du rire et de la joie. F° 91 1856-58. Méchanceté de l'homme! . O sombres actions vainement averties! Remords dont on entend siffler le fouet d'orties! O tyrans qui riez au bruit des pas du temps, Et: qui ne voyez pas, sanglants, repus, contents, Tandis.que vous,songez couchés sur les victimes, Se pencher un front d'ombre au-dessus de vos crimes! 2 1858-60? Moi je suis indulgent plus que lui, le ciel bleu, L'aube, avril, tout cela vaut qu'on y songe un peu, Et les petits oiseaux, quel détestable exemple! Le jeune mois de mai, c'est l'éternel doux temple Où, vaguement raillés.par les merles siffleurs, Ceux qui s'adorent vont se cacher sous les fleurs. 1g52-1870 ' 993 F° 94 148/72. 1856-58. ... De larges rochers'bruns apparaissent hideux, Par moments sous le flôt, parfois hors de l'écume, Et ces bons charpentiers disent : moi, j'ai l'enclume, Moi, j'ai le soufflet sombre aux noirs poumons grondants, Moi j'ai la vrille, et moi la scie aux mille dents, Et nous travaillerions gaiment à la carcasse De ce vieux galion,que l'ouragan fracasse. aéroscaphe - on- eût cru voir. Le sombre emportement d'un monde dans l'abîme. F° 96 144/188. 1854. Le groupe éclatant des trompettes " les étoiles fuiront (à ce bruit). Et l'on verra courir sur.le. plafond des cieux Ces flamboyantes araignées. Maison appelée Sur-le-Grès/Surgrès 8 - 176/48. 1856-58. .1. Tel était ce bandit, grandiose après tout, Et digne, en vérité, des cavernes antiques. Je vous entends- d'ici, marchands dans vos boutiques, Chers avoués lettrés, notaires élégants : - Ces bandits! ces affreux montagnards! ces brigands! Ah! disons donc du-mal de's voleurs, je vous prie. Pardieu, si vous viviez' au fond d'une Asturie, Je voudrais bien savoir ce que vous feriez, vous. Vous finiriez par être un peu cousins des loups.. Vous qui vendez faux poids et qui faites l'usure, Et qui de l'indigent grignottez la' masure, ' Bourgeois, soyez moins durs aux pauvres scélérats; Le destin les fait ours, mais vous, il vous fait. rats. 147/131. 1855. Un vent sinistre, fauve, âpre; rauque, en fureur, Échevelant la terre et l'ombre dans l'horreur, Gonflant les eaux noires et. grosses, Soufflera sur la tombe et sur. l'être- à la fois, Et,-hideux, roulera les feuilles hors des bois Et, les cadavres hors des fosses. F° 101 F. 102 147/350. 1854-55. Laisse les flots battre la plage! -O songeur! songeur, que veux-tu? tout se relèvera Ô Dieu, si j'étais une flamme. Sur cette terre des vivants! Si je pouvais semer mon âme Comme on sème une graine aux vents! F.103 147/491. L'homme est comme un bourreau debout dans la nature. L'aube chaque matin voit l'homme qui torture Le grand, le beau, le vrai, Qui raille la justice et l'insulte et s'en joue, Et le ciel souffleté rougit comme la joue De Charlotte Corday. au levant Un long nuage étroit rougi par l'aube sombre Semblait un poisson d'or dans un océan d'ombre (matin du 11 )(bre 1855). F° 104 . 146/224. 1856-58. Les types Et quel. est celui-ci, diable? Le diable . - C'est un guerrier. Pourvu qu'un sexe l'aime et que l'autre le craigne, Tout - est bien. Ce gaillard est le dieu Mars. Il règne. Il est le papillon joyeux du régiment, Par les quinze ans d'Agnès regardé doucement, Ardemment contemplé par les trente ans d'Orphise, Il est sergent. Bourgeois, que ceci vous suffise. Un groupe de beautés l'adore, un tourbillon De déesses l'entoure au front du bataillon, Les amours et les ris l'escortent, il rattache L'essaim des Cupidons au croc de sa moustache. Et toutes les Vénus et toutes les Hébés Qui flottent mollement des soldats aux abbés. L'Olympe tout entier'le suit au corps de garde. Les étoiles font cercle autour de sa cocarde. Le tambour bat, les coeurs battent, France, en avant! C'est lui. 1852-1870 995 L'amour et le drapeau se gonflent dans le vent; C'est lui. Il ne craint qu'un séul homme au monde, la duègne. Ce menton barbu-là lui fait peur. F° 105. 69/65. 1854. Louis XI - Borgia - Torquemada - . temps monstrueux! On eût dit que la fange, essayant d'être mère, Voulait substituer à l'homme une chimère. Toute corruption germait sur ce fumier. Le dernier n'était pas- plus vil que le premier. 08 147/417. 1855. Qu'êtes-vous, fantômes?; Je nie, Je crois, je doute. Votre oeil luit. Etes-vous l'immense ironie De l'apparence et de la nuit? Ôtez vos masques, spectres blêmes! Faut-il que dans tous nos problèmes, Tremblants,. nous vous rencontrions?. Etes-vous démons ôu colombes? Etes-vous du drame des tombes Les formidables, histrions? - Qu'apportez-vous à la pensée? L'effrayant vertige ou l'essor? F, 109 - 147/428. 1855. Nuit, *qui viens aider sur terre ' Les éléments destructeurs, Spectre qui te laisses faire Par tous ces noirs malfaiteurs, Où sont le phare et l'étoile? Où sont le mât et la voile? Fo 110 147/287. 1855. Amoureux je regardais l'ômbre Car l'abîmé 'met l'âme en rut. Viens, me cria-t-il, viens,' te dis je! Viens, suis-moi! c'est l'illimité, C'est le gouffre, c'est le prodige, C'est la sinistre immensité. Viens! c'est l'horreur! c'est l'épouvante! Où jamais la forme vivante N'a hasardé son oeil de chair! Viens! F. 111 144/130. 1854. Il faut faire le plus de bien qu'on peut. Nos pères s'en trouvaient fort bien, et nos grands pères Et les vieux qui vivaient ayant tous ces vieux-là. la profondeur est bonne Car... eau profonde porte barque terre profonde porte blé. la même terre Est riche au laboureur et pauvre au vigneron. Et les arbres des bois et les herbes des friches. F0112 67/293. 1856-58. Océan, 100. Moins sonôre, moins pur, moins radieux; en somme A peu près la même âme et presque le même homme. Mais presque, 'c'est l'abîme, à peu près, c'est le mal. On est beaucoup moins ange, un peu plus animal. Voilà comme on déchoit. Pourtant n'allez pas croire Qu'on soit un drôle; non, on n'a pas 'l'âme noire. On est ce qu'on était, par la vie arrangé : Où croissait la chimère, il croît du préjugé. On est une personne honnête et point méchante; Seulement dans le coeur on n'a plus rien qui chante. Qu'est-ce qu'on a perdu? L'idéal. Rien de plus. Car la vie use l'homme en ses flux et reflux. Et toujours le principe avec le fait cômpose. La vertu, c'est un' vers que le sort met en prose. Fo 115 147/155. 1856. Océan. 119. Vie - apparences - visions de l'immensité C'est le même infini qui, mer bleue, ombre épaisse, Roule, apporte, retire et rapporte, sans cesse, Dans son flot que son flot poursuit, Le jour éblouissant, fantôme d'étincelles, Vivant et frissonnant sous ses millions d'ailes, Et le cadavre de la nuit. 1852-1870 997 Oh! qui, n'a pas tremblé quand l'heure la. rapporte, Quand-passe cette grande et formidable morte, Les yeux fermés, sourde à nos voeux, Traînant comme des joncs les longs frissons de l'ombre Avec les vents, les bruits, les nuages sans nombre, Et les astres. dans ses cheveux!, Fo 117 146/161. 1856? L'été quand les eaux coassent Dans les halliers, pleins de voix, Cela fait aux gens qui passent Prendre un sentier hors des bois. dans ses havres Le noir faiseur de cadavres L'ivrogne de sang humain. Et quant à,faire la 'guerre A monseigneur Godefroi Je ne le conseille guère Même à de pires que toi. Fo 118 1856-58. Cônfessons la justice avec la vérité! .Puisque la' tyrannie est une majesté, - Puisqu'à peine voit-on une lueur qui brille, Puisque le ciel immense est couvert d'une grille, Puisque sur le ciel bleu l'homme met une grille, Puisque les rois ont, fait du monde un cabanon, Dussions-nous en mourir, disohs tout-!* ô Zénon ", Il est temps de cracher ta langue du front du maître... F. 121 147/204. 1854-55. Océan, p. 387. Dieu calme et sombre écrit sur l'infini splendide Les constellations, phrases du firmament; Jamais on n'aperçoit la- main; mais par '- moment On voit errer, au fond, de l'ombre inabordable, La comète, sa plumé énorme et formidable. 22 146/163. Été 1856. la montagne Le saint. Tu n'es pas juste.. - Le comte . - r Paix! je suis- l'homme de nuit. J'arrive vite et droit, et je frappe, et tout fuit; Et je hais la justice, aimant peu' les boiteuses 15. F° 123 1856-58. Elles viennent, vous embrassent, Vous éblouissent et passent, Souriant, pleurant, rêvant, Vous consolent, vous désolent, Et que de choses s'envolent Dans ces visites du vent! F° 124 1856-57. Océan, 60. Elle passa devant la boutique du juif. Les bijoux y brillaient à la lueur d'un suif; Les coins obscurs avaient des flamboiements de mitres. Blanche, elle regardait comme une mouche aux vitres; Et rubis insolents, grenats, saphirs moqueurs, Taillés en forme d'astre ou de lys ou de coeurs, Chrysoprase ironique, émeraude narquoise, Cymophane, topaze, améthyste, turquoise, Aigue-marine, onyx, pyrite, diamant, Raillaient, en chuchotant entre eux confusément, Avec leurs dents de perle et leur rire d'étoile, Son jupon de futaine et sa jupe de toile. F° 126 147/436. Vers 1855. Point du jour. La terre est. noire, l'onde est grise; L'arbre n'est pas encor réel; Pas de nuage, pas de bise. L'étoile est toute seule au ciel. F° 127 1855. : Je.suis rein' d'Angleterre J'm'en fiche. J'ris, j'bois, j'mange et j'digère, Et j'm'en fiche. Je dis de vaincre à mes soldats, Tant pis pour eux s'ils ne l'font pas. Et voilà. Je ponds des princ's de Galle, J'm'en fiche, Boustrapa m'flanq'la gale Et j'm'en fiche. -1852-1870 999 Et je regarde de travers La p'tite Nini que bais'Bébert Et voilà. 28 Le géant chante 16 Pan a' fait les éléments C'est de son sôufliè 'noir qué l'ouragan est fait. Le rocher est son fils, la nuée est sa fille; Il lutte : avec cette âpre et farouche famille, L'éclaboussant d'écume ou de feu l'empourprant; Il les prend, les étreint, les lâche,.les reprend, Les bàise 'et les 'féconde' en ses vastes demences. Quel- redoutable prix à. ces oeuvres 'immenses! - [au.v0 ébauche pour Masferrer] F° 129 69/240. 'i859? ... C'était avant le Trèize vendémiaire 17. Simon Candeille alors dans la Belle- Fermière Faisait évanouir d'aise lès muscadins;,, Vaux-Hall offrait ses parcs et Marbeuf ses jardins; Paris dansàit la nuit, et, pour 'reprendre haleine, Allait rire à Jocrisse ou souper chez Balaine;,- F. 130 69/33. Vers 1855. Soldats, C'est la première fois que la Peur, ignorée De vos stoïques devanciers, Mêle ses poings crispés et sa face effarée- - Aux crinières de vos coursiers. Fo 131 67/226. 1860. Ce' que je veux, le voici : l'évident, l'absolu, seule autorité ... Le vrai dans les esprits et, le bien dans les coeurs; Ne plus souffrir, ne. plus. haïr, ne plus combattre; Le monde gouverné par Deux et Deux font Quatre; Un- flambeau, la science une loi, la, nature.- F° 132 67/258. Vers 1858. Entelle étourdissant Darès d'un coup de ceste 18, Le" cardinal Maï lavant un palimpseste, Bruxelles prodiguant du, bronze à Belliard, D'Aligre retrouvant dans sa poche un liard Ne sont pas.plus heureux F° 133 1858-60. Une oie auprès d'un aigle Une femme charmante, un sot mari C'est la règle, Le sort met toujours l'ombre à côté du rayon; II mesure la peine et l'expiation, Hélas! à la splendeur des plus divines choses, Et la laideur du ver à la beauté des roses. F° 135 Vers 1858. Océan, p. 260. Pour moi, c'est ma coutume et mon tempérament, Je souffre et je me tais; je sais stoïquement Laisser saigner mon coeur, laisser pleurer mon âme. Quand m'a-t-on entendu me plaindre d'une femme? F.136 147/2. 1850-52. Les détonations De tout votre Parnasse, antique taupinière, Être réduit en cendre, être mis en poussière Comme hérétique, au nom de Phoebus Apollo, Jebrave tout, depuis le tonnerre Boileau, Jusqu'à monsieur Nisard, allumette chimique. F. 138 144/121. 1856? Quand j'étais à Jersey, dans l'île fatidique, Où devant l'Océan l'âme éperdue abdique, Des syllabes passaient dans les souffles du vent, Et Dieu resplendissait sous la nature sombre. Je voyais des clartés sortir des fleurs dans l'ombre. Une voix me parlait dans le soleil levant. F° 139 176/19. Vers 1860. Océan, p. 259. . Pour m'endormir, mon cher, Il faut que j'aie autour de la tête de l'air; M'enfouir dans un lit de plume m'effarouche; J'étouffe en y songeant; le soir, quand je me couche, Je prends mon oreiller candide dans mes poings, J'en fais un fronton grec en rabattant les coins, Puis je pose mon front au sommet du triangle, Et je m'endors ainsi perché! Sinon, j'étrangle. F0142 147/214. 1858. Océan, 85. - dans. un cimetière Sur ces fosses éternelles, Dieu t'épaissit,- bois profond, 1852-1870 1001 Pour qu'on voie errer des ailes Aux lieux où les âmes sont; Pour qu'un bruit chàrme ces pierres; Pour que le vent sur les bières Puisse agiter des bercéâux; Et faire sur une tombe' Germer la graine qui tombe Du nid des petits oiseaux! Fo 143 146/413. 1856? ... Princes. Et quant à vos petits, me croit-on assez fou Pour m'éblouir, moi rustre et manant dans mon trou, Quand leur pied,s'affermit ou quand leur front se dresse, Pour célébrer, avec des larmes de tendresse, Le beau jour où l'on voit ces louveteaux mordant, Et pour m'apitoyer sur leur première dent! Que fais-tu là? = Je fais mon dernier brin de corde Dit l'homme. Le dernier, dit Robert [?], et pourquoi? Et l'homme répondit : - c'est que c'est vous le roi. - avais-je pas raison? Fo 145 148/219. 1856-58. Histoire Alors une- fumée affreuse 's'épandit; Capitaines, soldats, princes, peuples esclaves, Tout prit feu, tout coula comme un ruisseau de laves Et l'Europe apparut comme un puits. de l'Etna, La guerre alors, sonnant du clairon déchaîna Dans cette ombre un orage effrayant de bannières. Fo 146 147/563..1856? ... Et la comète court, masque au regard de braise, Nôir démon qui s'est. trop penché sur la fournaise Et qui s'enfuit avec du feu dans les cheveux. Fo 147 1856-58. Sais-tu notre malheur? C'est d'être tous oisifs. Nous ignorons. Fainéants Le czar Pierre eut raison. Sois d'abord ouvrier si tù veux être maître. Savoir un dur métier nous façonne au grand art' De régner, il se fit charpentier, et plus tard Trouvant une servante, il en fit une reine 19. 48 148/226. 1858? ô sombre instant! ô deuil! Il mourut. Regardez ma douleur éternelle; Vous trouverez toujours au fond de ma prunelle Cette heure-là figée en larme dans mes yeux. F. 149 148/343. Fin de l'exil? Un mourant Oh! ce dernier moment, le moment sombre, est beau! ... Si l'on allait Sortir de l'ombre avec de grands éclats de rire? les princes - les seigneurs - guerres injustes Qu'est-ce que leur épée? une prostituée. Pas d'armure qui n'ait quelque tache. Le droit, Le vrai, l'honneur, toujours faussés par quelque endroit, D'affreux viols, le sang du faible, qui ruisselle, Déshonorent la guerre en ce siècle! Il s'agenouille devant l'épée du Cid. O pucelle! F° 157 69/21. 1853-54. ... ces gueux de juges, je suppose, Vont à mon avocat faire perdre ma cause, Attendu que je suis proscrit, que j'ai raison, Et que je suis fort mal pour toute la maison, Les traitant 'de coquins, eux juges, et leur maître De bandit, et crachant, sur l'hosanna du prêtre. 1856-58. Océan, 26. ... ensemble! ensemble! ensemble! Janvier doit grelotter près du vieillard qui tremble; Mai doit s'épanouir près de l'enfant qui rit Autour de nous, selon l'état de notre esprit, Le monde doit avoir la figure de l'âme; Le ciel doit ressembler au cœur; l'homme est un drame Dont les choses, muets témoins, sont les décors; Il est entre eux et lui d'insondables accords; Le râle d'Ugolin veut l'ombre et l'oubliette; Il faut à Lear l'orage; il faut pour Juliette Et Roméo, tout bas soupirant : Addio! Un balcon de. Vignole ou de Palladio. L'unité c'est la loi; tout vit par l'harmonie. F° 159 1852-1870 1003 Fo 160 92/105. Été 1857. ... Faune rêve en sa grotte; il approche en silence Sa bouche d'un pot grec. dont un serpent fait l'anse; Il savoure, muet,, le vieux vin de Tibur..: Fo 161 144/212. 1856. Le pâle genre humain s'enfonça