Les Psaumes. Par Le Chevalier De Racan (Honorat de Bueil) (1589-1670) TABLE DES MATIERES PSEAUME 1 PSEAUME 2 PSEAUME 3 PSEAUME 4 PSEAUME 5 PSEAUME 6 PSEAUME 7 PSEAUME 8 PSEAUME 9 PSEAUME 10 PSEAUME 11 PSEAUME 12 PSEAUME 13 PSEAUME 14 PSEAUME 15 PSEAUME 16 PSEAUME 17 PSEAUME 18 PSEAUME 19 PSEAUME 20 PSEAUME 21 PSEAUME 22 PSEAUME 23 PSEAUME 24 PSEAUME 25 PSEAUME 26 PSEAUME 27 PSEAUME 28 PSEAUME 29 PSEAUME 30 PSEAUME 31 PSEAUME 32 PSEAUME 33 PSEAUME 34 PSEAUME 35 PSEAUME 36 PSEAUME 37 PSEAUME 38 PSEAUME 39 PSEAUME 40 PSEAUME 41 PSEAUME 42 PSEAUME 43 PSEAUME 44 PSEAUME 45 PSEAUME 46 PSEAUME 47 PSEAUME 48 PSEAUME 49 PSEAUME 50 PSEAUME 51 PSEAUME 52 PSEAUME 53 PSEAUME 54 PSEAUME 55 PSEAUME 56 PSEAUME 57 PSEAUME 58 PSEAUME 59 PSEAUME 60 PSEAUME 61 PSEAUME 62 PSEAUME 63 PSEAUME 64 PSEAUME 65 PSEAUME 66 PSEAUME 67 PSEAUME 68 PSEAUME 69 PSEAUME 70 PSEAUME 71 PSEAUME 72 PSEAUME 73 PSEAUME 74 PSEAUME 75 PSEAUME 76 PSEAUME 77 PSEAUME 78 PSEAUME 79 PSEAUME 80 PSEAUME 81 PSEAUME 82 PSEAUME 83 PSEAUME 84 PSEAUME 85 PSEAUME 86 PSEAUME 87 PSEAUME 88 PSEAUME 89 PSEAUME 90 PSEAUME 91 PSEAUME 92 PSEAUME 93 PSEAUME 94 PSEAUME 95 PSEAUME 96 PSEAUME 97 PSEAUME 98 PSEAUME 99 PSEAUME 100 PSEAUME 101 PSEAUME 102 PSEAUME 103 PSEAUME 104 PSEAUME 105 PSEAUME 106 PSEAUME 107 PSEAUME 108 PSEAUME 109 PSEAUME 110 PSEAUME 111 PSEAUME 112 PSEAUME 113 PSEAUME 114 PSEAUME 115 PSEAUME 116 PSEAUME 117 PSEAUME 118 PSEAUME 119 PSEAUME 120 PSEAUME 121 PSEAUME 122 PSEAUME 123 PSEAUME 124 PSEAUME 125 PSEAUME 126 PSEAUME 127 PSEAUME 128 PSEAUME 129 PSEAUME 130 PSEAUME 131 PSEAUME 132 PSEAUME 133 PSEAUME 134 PSEAUME 135 PSEAUME 136 PSEAUME 137 PSEAUME 138 PSEAUME 139 PSEAUME 140 PSEAUME 141 PSEAUME 142 PSEAUME 143 PSEAUME 144 PSEAUME 145 PSEAUME 146 PSEAUME 147 PSEAUME 148 PSEAUME 149 PSEAUME 150 PSEAUME 1 Ô bien-heureux celuy qui prit dès son printemps La vertu pour objet de ses premieres flâmes, Et qui n'a point hanté les forts esprits du temps, Dont la contagion perd les corps et les âmes! Ils disent que le sort regne seul dans les cieux, Que les foudres sur nous tombent à l'avanture; Ils disent que la crainte est mere des faux-dieux, Et n'en connoissent point d'autre que la nature. Ce poison des esprits corrompt toute ma cour, Et l'ame dont la foy n'en est point pervertie Avecque l'eternel s'entretient nuit et jour, Et rend grace aux bontez qui l'en ont garantie. Tel qu'on voit sur le Nil, loin des vents inconstans, L'arbre dont la grandeur nous plaist et nous etonne, De qui l'ombrage épais réjoüit le printemps, Et dont les fruits sans nombre enrichissent l'automne : Aux injures de l'air il n'est point exposé; Son tronc est venerable en la coste voisine, Et, par les pures eaux dont il est arrosé, Produit des rejettons dignes de sa racine. Ainsi l'homme qui fuit l'abord des medisans Et chemine en la voye où le seigneur l'adresse, De l'honneur qu'il acquiert en l'avril de ses ans, A pour sa recompense une heureuse vieillesse. Il met son assurance en la divinité; Il luy fait de son coeur son offrande et son temple, Et sa vertu renaist en sa posterité Par sa saine doctrine et par son bon exemple. Mais tout l'heur des mechans, leur gloire et leurs plaisirs, S'envolent comme font les sables des rivages, Qui servent de jouët à ces jeunes zephirs Qui ne sont point encore employez aux orages. De ces coeurs endurcis les cris sont superflus. Dieu rendra leurs langueurs sans fin et sans pareilles; Leurs pleurs et leurs soûpirs ne le toucheront plus : Sa justice est pour eux sans yeux et sans oreilles. PSEAUME 2 Où courent ces mechans? De quelle aveugle erreur Veulent-ils exercer leur rebelle fureur? Quel orgueil les anime? Dieu, qui des potentats est l'eternel appuy, Punit ce que l'on fait contre un roy legitime Comme fait contre luy. Ils disent, enyvrez de leur temerité : " secoüons nostre joug, domptons l'autorité Qui maintenant nous dompte. " Mais l'eternel mettra leur audace à mepris, Et d'un si vain complot ils n'auront que la honte De l'avoir entrepris. Ennemis du seigneur, qui son oint opprimez, Quand ses yeux et ses bras vous paroistront armez D'eclairs et de tempestes, De quels ruisseaux de pleurs le rapaiserez-vous Pour faire detourner de vos coupables testes Les traits de son courroux? Vous ne le verrez plus touché du sentiment Qu'il a quand sa bonté plaint de son châtiment La juste vehemence : Vos crimes ont banni la pitié de son coeur, Et luy feront changer son extréme clemence En extréme rigueur. Pouvez-vous ignorer que c'est luy dont les loix Font qu'avecque respect l'orgueilleux front des rois Luy rend obeissance; Que c'est celuy qui tient la foudre dans les mains, Et qui peut, quand il veut, me donner la puissance Qu'il a sur les humains? Ce dieu, dont vous tenez l'estre et la verité, M'a dit : " je veux, mon fils, que ton autorité Soit par tout reverée. Tu m'es egal en tout, et le seras sans fin; Je t'engendre en ce jour d'eternelle durée, Qui n'a point de matin. Depuis les bords du Nil jusques au Tanaïs, Les peuples soûmettront leurs coeurs et leur païs À ton regne paisible, Et resisteront moins les sceptres de là-bas Que des vases de terre, à l'acier invincible Dont j'armerai ton bras. " Princes, dont la grandeur se veut faire adorer, Abaissez vostre orgueil; souffrez sans murmurer La loy qu'il vous enseigne, Et qu'un libre respect face paroistre en vous L'aise que vous avez de vivre sous un regne Aussi juste que doux. Lors que Dieu courroucé vous tournera le dos, Qu'en des feux sans lumiere, en des nuits sans repos, Vous expierez vos vices, Ceux qui l'ont fait l'objet de leur affection Trouveront leur salut, leur gloire et leurs delices En sa protection. PSEAUME 3 Seigneur, qu'il s'eleve de monde Contre l'estat et contre moy, Sur l'assurance où l'on se fonde, Que je suis delaissé de toy! L'on a cette creance vaine, Que l'autorité souveraine Ne sauroit plus se maintenir, Que son propre fardeau l'accable, Et que ton bras infatigable Se lasse de la soustenir. Troublé de ces complots funestes, Lors que j'implore ton secours, Au travers des voûtes celestes Tu m'entens et m'aides toûjours; Et ces influences divines, Tout ce que là haut tu domines, Ces dignes sujets de tes soins, N'empeschent point ta main, armée Pour la monarchie opprimée, D'estre preste à tous mes besoins. Quelque rumeur qu'à mes oreilles Face eclatter cet attentat, Je dors en repos quand tu veilles Pour le salut de mon estat; Ta dextre affermit ma couronne, Et la troupe qui m'environne, Soient amis ou soient ennemis, Ne me peut servir ni me nuire : Toy seul peux sauver et detruire Le sceptre que tu m'as commis. Si pour moy ta grace est flechie, Ces mutins, ces lyons ardens, Pour déchirer la monarchie N'auront plus d'ongles ni de dens; Ton support calmera nos craintes, Fera voir nos cris et nos plaintes Se changer en remercimens, Les delices combler nos vies, Et nos plus ardentes envies S'eteindre en nos contentemens. PSEAUME 4 Si-tost que j'elevay ma parole et mes yeux Pour demander secours au monarque des cieux Contre ceux qui vouloient ma puissance detruire, Aussi-tost j'entendis et vis à mesme jour De ce dieu tout-puissant menasser et reluire Le courroux, la bonté la justice et l'amour. Continuë, ô grand dieu, de proteger ton oint; Fay-moy misericorde, et n'abandonne point Mon sceptre à la mercy de ce peuple infidele : Sous ta protection je n'apprehende rien; Le secours qui me vient de ta grace eternelle Luy rabat le courage, et releve le mien. Ô vous dont l'imposture et la presomption Entretient mes sujets dans la sedition En les preoccupant de vos fausses maximes, Sachez que vous serez à jamais odieux À celuy qui maintient les pouvoirs legitimes Contre les vains complots des esprits factieux. Dans le secret remors d'un si noir attentat, N'avez-vous point horreur des malheurs de l'estat, Quand l'astre qui voit tout y voit votre insolence? Et lors qu'au bord du Tage il a fini son tour, Ne regrettez-vous point dans l'ombre et le silence D'avoir fait eclater tant de crimes au jour? Miserables pecheurs! En vain vous presentez À ce dieu tout-puissant vos mets ensanglantez Quand vous estes souillez dans l'ordure des vices; En vain sur ses autels vous consumez l'encens : Il ne peut recevoir ni voeux ni sacrifices, S'ils ne luy sont offerts par des coeurs innocens. Mais lors que dignement la pieté des siens Presente à ses autels le plus beau de leurs biens, Sa liberalité le rend avec usure; Les graces que du ciel il verse à pleines mains, D'un equitable excès, sans borne et sans mesure Recompensent le zele et la foy des humains. Il leur fait succeder par d'humides chaleurs L'utilité des fruits à la beauté des fleurs; De fertiles moissons il dore les campagnes, Et, pour joindre la joye à la prosperité, Dans les vins doux meuris sur les aspres montagnes Accorde l'excellence et la fecondité. D'une sainte onction confirmant nos esprits Dans la foy qui nous rend de ces graces espris, Nous éclaire d'un jour eternellement calme, Et, pour comble d'honneur, ses bontez ont permis À son peuple d'enter l'olive sur la palme, Et cimanter la paix du sang des ennemis. PSEAUME 5 Escoute-moy, seigneur, en mon affliction; Dans ta seule protection Mon ame de tout temps a mis son assurance; Mes voeux ont esperé sur l'aisle de ma foy De s'elever jusques à toy : Ne trompe point leur esperance. Je vais dès le matin mes prieres offrir À toy seul, qui ne peux souffrir La noire iniquité ni l'impure licence : Mon coeur n'est jamais tant du monde detaché, Ni jamais si loin du peché, Que lors qu'il est en ta presence. Tu hais les menteurs et les hommes de sang, Dont l'ame, qui n'a rien de franc, Est de l'iniquité l'infame conseillere; Les crimes les plus noirs, que l'incredulité Couvre dans son obscurité, Sont dissipez par ta lumiere. Pour moy, que le peché chasse de ta maison, J'y rentre et fais mon oraison Aussi-tost que ta grace efface mon offense; Et je me voy remis par ma contrition En la mesme perfection Qu'avoit ma premiere innocence. Seigneur, guide mes pas, de peur que les pechez, Dont les pieges nous sont cachez, M'entraînent avec eux au goufre où tu les plonges; Sauve-moy des mechans, de qui l'impieté Remplit leurs coeurs d'impureté, Et leurs paroles de mensonges. Rien n'est de plus infect aux sepulcres ouverts, Où dans les corps rongez de vers Les loups et les corbeaux vont chercher leur pasture, Que ces sales discours dont le debordement Nous entretient insolemment De medisance et d'imposture. Punis ces malheureux d'une nuit sans matin, Dont l'ombre sans borne et sans fin Prive à jamais du jour leurs ames infidelles; Et face à tes enfans ton amour paternel Posseder un bien eternel Dans tes lumieres eternelles. Tu t'offres pour asyle à ceux que tes vertus Ont de tes graces revestus, Tu leur fais de ce monde obtenir la victoire, Et, malgré les jaloux de leurs prosperitez, Couronnes leurs felicitez Du visible eclat de ta gloire. PSEAUME 6 Seul arbitre de tout, qui seul me peux reprendre, Ne me vien point juger en ta severité; Je say quelle est ma faute, et ne m'en puis defendre Que devant ta bonté. Mon juste repentir, qui toûjours me talonne, Le jour trouble ma joye, et la nuit mon repos, Et l'horreur des tourmens me transit et m'estonne Jusques dedans les os. Permets que ta bonté, qui jamais ne se lasse D'assister tes enfans en leur adversité, Rasseure mon esprit, et me rende ta grace Avecque ma santé. Pressé d'une douleur qui n'a point de pareille, Mon courage accablé succombe sous le faix; Seigneur, jusques à quand fermeras-tu l'oreille Aux plaintes que je fais? Ne m'abandonne point pour l'horreur de mon crime, Pren pitié des ennuis dont je suis tourmenté, Non tant pour me sauver que pour sauver l'estime Qu'on fait de ta bonté. Combien qu'en cette vie elle soit toûjours telle, Soit pour les reprouvez, ou soit pour les esleus, Ceux qui seront jugez à la mort éternelle Ne s'en souviendront plus. Des biens que leur ont fait tes tendresses suprêmes Ils perdront la memoire en l'horreur des tourmens, Et dans leur desespoir n'auront que des blasphêmes Pour des remercimens. En vain cette bonté qu'à mon aide j'implore M'a fait dès le berceau tes graces eprouver; Elles seroient sans fruit, si je n'avois encore Celle de me sauver. Après tant de regrets, de troubles et d'alarmes, Si d'un juste remors tu peux estre touché, Voy comme toute nuit je me baigne de larmes En pleurant mon peché. Mes yeux esteints ont part à mes justes supplices, Ainsi qu'ils ont eu part à mes sales desirs, Et mon lit, autrefois le lieu de mes delices, L'est de mes deplaisirs. Pour combler de malheurs ma vieillesse affligée, L'audace des mechans me veut faire la loy, Et pense que jamais leur envie enragée Ne mourra qu'avec moy. Mais, seigneur, ta bonté, qui me rend l'assurance, De tous leurs vains complots me met hors de souci : Je connois que mes pleurs par leur perseverance Ont ton coeur adouci. Mes voeux sont exaucez, mes fautes sont remises, Ces infames auteurs de la division Ne verront reussir leurs folles entreprises Qu'à leur confusion. Loin donc, foibles mutins, dont l'aveugle manie Ne se plaist qu'à troubler mon repos en tout lieu! J'espere voir plustost vostre haine finie Que l'amour de mon Dieu. PSEAUME 7 En toy seul est mon esperance, Ô grand dieu, le support des tiens! J'attens de toy la delivrance De tes ennemis et des miens; Pasteur du troupeau des fidelles, Voy les bataillons des rebelles D'envie et de haine animez, Qui d'une brutale furie Comme des lions affamez S'acharnent sur ta bergerie. Si je suis convaincu du vice Que ces mechans m'ont imputé, Si jamais d'aucun artifice J'ay deguisé la verité, Si mon esprit et mon courage Se ressentent de cet outrage Par leur ruine ou par leur sang, Que ces malicieuses ames Me puissent mettre au mesme rang Des personnes les plus infames. Que si l'artifice et l'envie Dont ils traversent mon bonheur Ne se contentent de ma vie, Qu'ils m'ostent encore l'honneur, Et que, las de l'obeïssance, Ils foulent aux pieds ma puissance Qui regne souverainement, Et qu'enfin leur malice noire Mette d'un coup au monument Mes os, mon sceptre et ma memoire. Leve toy, reçoy nos victimes, Assiste tes bons serviteurs, Et de tes courroux legitimes Puny ces lasches imposteurs : Tu feras aux deux bouts du monde Admirer ta bonté profonde Et la justice de tes loix, Quand, au crime dont on m'accuse, Tu me sauveras à la fois De leur fureur et de leur ruse. Fay toy craindre à toute la terre, Remonte dans ton tribunal, Et d'une voix comme un tonnerre Sois juge du bien et du mal; Sauve et confond par ta justice Mon innocence et leur malice; Finy ma peine et leurs rigueurs, Toy qui peux avec connoissance Juger au profond de nos coeurs Tous nos desseins dès leur naissance. Puis-je ailleurs chercher mon refuge, Et le support de mes etats, Qu'au seul dieu protecteur et juge Des legitimes potentats? C'est luy qui d'un seul coup de foudre Mettra le mesme monde en poudre Dont il doit estre le sauveur, Et qui, pitoyable et severe, Ne nous sauve point par faveur, Ne nous damne point par colere. Mais quand les ames égarées Dans la nuit de l'impieté Ne veulent point estre éclairées Du soleil de la verité, Les armes qu'il tient toûjours prestes, Les traits flambans de ses tempestes Extermineront leur erreur, Et les palais et les cabanes Verront la mort et la terreur Voler sur leurs testes profanes. D'une tristesse inconsolable L'on voit leur esprit abatu, Lors que la fortune équitable A fait tréve avec la vertu : D'eux-mesmes ils ont fait éclore La vipere qui les devore Et qui les ronge incessamment, Et leur haine mal-avisée Preparera leur monument Dans la fosse qu'ils m'ont creusée. Alors je n'employerai mes veilles, Dans le transport de mon bonheur, Qu'au seul recit de tes merveilles, Dont je tiens la vie et l'honneur. Inspiré de tes saintes flâmes, J'imiteray ces belles ames Dont ta gloire est le seul objet, Et tes veritez confessées À la grandeur de mon sujet Feront élever mes pensées. PSEAUME 8 Ô sagesse eternelle, à qui cet univers Doit le nombre infini des miracles divers Qu'on voit également sur la terre et sur l'onde! Mon dieu, mon createur, Que ta magnificence etonne tout le monde, Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur! Quelques blasphemateurs, oppresseurs d'innocens, À qui l'excès d'orgueil a fait perdre le sens, De profanes discours ta puissance rabaissent; Mais la naïveté Dont mesmes au berceau les enfans te confessent Clost-elle pas la bouche à leur impiété? De moy, toutes les fois que j'arreste les yeux À voir les ornemens dont tu pares les cieux, Tu me sembles si grand, et nous si peu de chose, Que mon entendement Ne peut s'imaginer quelle amour te dispose À nous favoriser d'un regard seulement. Il n'est foiblesse égale à nos infirmitez, Nos plus sages discours ne sont que vanitez, Et nos sens corrompus n'ont goust qu'à des ordures; Toutefois, ô bon dieu! Nous te sommes si chers qu'entre tes creatures, Si l'ange est le premier, l'homme a le second lieu. Quelles marques d'honneur se peuvent ajouster À ce comble de gloire où tu l'as fait monter? Et pour obtenir mieux quel souhait peut-il faire, Luy que jusqu'au ponant, Depuis où le soleil vient dessus l'hemisphére, Ton absolu pouvoir a fait son lieutenant? Si-tost que le besoin excite son desir, Qu'est-ce qu'en ta largesse il ne trouve à choisir? Et, par ton réglement, l'air, la mer et la terre N'entretiennent-ils pas Une secrete loy de se faire la guerre À qui de plus de mets fournira ses repas? Certes, je ne puis faire, en ce ravissement, Que rappeller mon ame et dire bassement : Ô sagesse eternelle, en merveilles feconde! Mon dieu, mon createur, Que ta magnificence etonne tout le monde, Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur! PSEAUME 9 Je veux par tout chanter la gloire Du dieu qui me comble de biens. C'est de luy seul de qui je tiens L'honneur, la vie et la victoire. Seigneur, est-il rien de plus grand Que ton pouvoir, qui tout comprend Et que rien ne sauroit comprendre? Et, dans tout ce vaste univers, Quel autre sujet puis-je prendre Qui soit plus digne de mes vers? L'honneur que ta grace m'octroie À peine se peut concevoir. Ce que je te rens par devoir, Je te le rens avecque joye. Ta presence dans les combats Fait dissiper et mettre à bas Les troupes les plus furieuses, Et rien n'est exempt de l'effort De mes armes victorieuses Que par la fuite ou par la mort. De ce throsne d'où ta puissance Domine la terre et les cieux, Tu connois de ces factieux L'artifice et mon innocence; Et, non content que ton pouvoir Dès ce monde fasse pleuvoir Tes traits vangeurs sur ces infames, Tu fais que leur âge accompli Confond leurs esprits dans les flames, Et leur memoire dans l'oubli. Du debris des dards et des targes Et des bastions renversez Nous avons comblé leurs fossez Les plus profonds et les plus larges; Leurs drapeaux tapissent nos champs. La vanité de ces mechans Tombe du faiste au precipice, L'eclat s'en passe en un moment; Mais les marques de ta justice Demeurent eternellement. C'est sur la source du tonnerre Que tu poses ton tribunal Pour prononcer l'arrest final Contre les crimes de la terre. Là verront ces grands criminels, Par des jugemens solemnels, Leur peine à jamais prolongée; De ce lieu de vie et de mort Attend l'innocence affligée Son seul et dernier reconfort. Chantons les grandeurs immortelles Du dieu qui nous donne des loix; Celebrons ces fameux exploits Qui dompterent les infidelles; Publions à tous les humains Qu'il a des yeux, qu'il a des mains Armez de l'éclair et du foudre, Qu'il est tout juste et tout puissant Pour condamner et mettre en poudre Les oppresseurs de l'innocent. Le secours que ta grace accorde À ceux dont elle prend le soin Fait que mes peuples, au besoin, Implorent ta misericorde, Et, connoissant par les effets Les merveilles et les bienfaits Que produit ta magnificence, Diront par tout que ta bonté Partage avecque ta puissance La gloire de leur liberté. Sion, en toutes ses familles, A bien sujet de te louër, Lors que tu daignes l'avouër Pour la plus chere de tes filles. Pour elle tu mis au cercueil Les rebelles de qui l'orgueil Méprisoit ton pouvoir suprême. L'ambition les a perdus Et les a fait tomber eux-mesmes Aux filets qu'ils m'avoient tendus. Quand ta colere et ta justice Firent éclater ton pouvoir, Ces malheureux ne firent voir Que leur foiblesse et leur malice. Acheve donc d'exterminer Tous ceux qui voudront s'obstiner Contre l'équitable puissance; Par ta juste severité, Confonds leur desobeïssance Dans l'éternelle obscurité. Assiste ceux dont l'assurance Est plus en toy qu'en leur valeur; Ne permets pas que le malheur Trompe aux combats leur esperance; Que du pauvre et de l'affligé Le long ennuy soit soulagé, S'il met en toy sa confiance; Et puisse leur adversité Meriter par la patience La gloire de l'éternité! Mais, seigneur, permets-tu de vivre À cet idolatre obstiné Qui prefere au verbe incarné Des dieux d'argent, d'or et de cuivre? Ton fils fit-il pas voir à tous, Naissant et vivant comme nous Esclave de la sepulture, Que tous les hommes seront tels, Et que la terre et la nature Ne produiront point d'immortels? Dans ces adversitez pressantes Qui nous viennent de toutes parts, Les graces que tu nous depars Seront-elles toûjours absentes? Verras-tu sans compassion Le feu de la sedition Devorer nos plaines fertiles, Et l'avarice des méchans Ne plus rien laisser dans les villes Que la solitude des champs? Que ceux que leur mutinerie A fait armer contre l'estat Blâment cet injuste attentat Et tournent contre eux leur furie; Fay que de ces ambitieux, Dans leurs desseins pernicieux, L'esperance soit étouffée, Sans que jamais leur vanité Puisse relever leur trophée Du débris de nostre cité. Encore que, dès leur enfance, Ils se perdent dans le peché, Jamais leur esprit n'est touché Du repentir de leur offense. Dans leur aveugle ambition, Ils n'ont mis leur affection Qu'aux choses fragiles et basses, Et, dans leurs infames desirs, Se pensent comblez de tes graces Quand ils sont comblez de plaisirs. Tous les arrests que ta puissance Donne contre ces reprouvez Ont des motifs bien relevez Au dessus de leur connoissance. L'ignorance et l'aveuglement À leur debile jugement Fait tout entreprendre et tout croire, Et leur bras s'est déja promis De mettre en leurs mains la victoire Et sous leurs pieds leurs ennemis. À ce haut desir de vengeance, Qu'ils ont exercé sans raison, Ils ajoustent la trahison, L'injustice et la médisance; Et, bien que ces méchans esprits Ne parlent qu'avecque mépris Des nations que tu proteges, Ils s'assistent des plus puissans Pour mieux surprendre dans leurs pieges Les foibles et les innocens. Tel qu'avecque fureur et joye Le lion, pressé de la faim, Sort de sa caverne à dessein De ravir sa sanglante proye, Tels le profane et l'apostat Se couvrent du bien de l'estat Pour establir leur tyrannie, Et, sortant de l'humilité, Viennent avecque felonnie Opprimer nostre liberté. Ils s'imaginent que nous sommes Sans raison et sans jugement De croire que du firmament Tu puisses prendre soin des hommes. Pour détromper ces furieux, Fay leur connoistre que tes yeux Savent bien voir leur artifice, Et que tes bras ne sont armez Que pour maintenir la justice De ceux qu'ils avoient opprimez. Brise leur orgueil comme verre, Fay leur connoistre que ton soin Te rend seul arbitre et témoin De tous les crimes de la terre; Que, si pour un temps leur fureur Grave la crainte et la terreur Aux coeurs des peuples imbecilles, Ils en sont bien-tost dégagez Par le protecteur des pupilles Et des innocens affligez. Abyme ces esprits impies Quand ils sortent de leur devoir, Qu'ils soient sans bras et sans pouvoir, Que leurs rages soient assoupies; Dissipe cette faction, Qui ne s'establit dans Sion Que par des brigues illicites, Et fay que ton autorité N'ait que l'infini pour limites, Ni pour temps que l'éternité. Tous les voeux de tous les fidelles Te demandent avecque moy Que tu dissipes par la foy L'incredulité des rebelles; Que contre leurs complots malins Les veuves et les orphelins Trouvent en ta grace un refuge, Et que l'orgueil du mécreant, Qui déborde comme un déluge, Rentre par elle en son neant. PSEAUME 10 À quoy sert de donner tant de terreurs paniques Des miseres publiques À qui met ici bas sa confiance en Dieu? Mon ame, qui par tout a sa grace pour guide, N'est pas comme un oiseau voltigeant et timide Qui ne peut assurer sa crainte en aucun lieu. Sur ces monts élevez, dont les superbes testes Méprisent les tempestes Qui lancent ici bas les flâmes et l'effroy, Croiray-je que ma vie y soit plus assurée? Bien que je sois plus près de la voute azurée, Le seigneur en ce lieu n'est pas plus près de moy. Tant de traits décochez sur le champ des fidelles Par les arcs des rebelles À peine seulement me font siller les yeux; Celuy qui sur le throsne éleva mon enfance Contre ceux dont l'audace attaque ma puissance Combat du mesme bras dont il ploya les cieux. Là ce monarque, assis sur un trosne de flame, Jusqu'au fond de nostre ame Voit concevoir les bons et les mauvais desseins; Et, de-là meprisant l'adresse et l'artifice Dont nos sages mondains font valoir leur service, Des plus petits esprits en fait les plus grans saints. C'est de-là qu'il prepare aux ames criminelles Des chaisnes éternelles Après l'embrasement de tout cet univers; Et des rochers flambans d'un feu qui tout consume Sortira des charbons de soufre et de bitume Qui rejoindront leur flame à celle des enfers. Les vents qui nous rendoient, quand la terre s'ennuie, La rosée et la pluye, Ne souffleront dans l'air que cendres et que feux; Mais dans un ciel serain, loin de toute menace, Les siens possederont à jamais la bonace, Et pour leur récompense il previendra leurs voeux. PSEAUME 11 Ô dieu, qui des crimes des hommes Qui vivent au siecle où nous sommes Connois l'infamie et l'horreur, Sauve avecque mon innocence Mon honneur de leur médisance, Et mon esprit de leur erreur. De la passion qui les ronge Naist dans leur bouche le mensonge, Et dans leur coeur l'impureté; Veux-tu pas de ce mesme foudre Qui mettra l'univers en poudre Confondre leur impieté? Ils font gloire de la malice, De la fraude et de l'artifice, Dont ils nous pensent decevoir; Et dans l'excès de leur audace Il n'est ni crainte ni menace Qui les remette en leur devoir. Mais le seigneur tient sa promesse, Il nous découvre leur finesse, Tous leurs desseins sont confondus; Et loin de leurs pieges funestes Il releve aux honneurs celestes Ceux qu'en terre ils avoient perdus. Ses jugemens sont redoutables, Ses paroles sont veritables Autant que pleines d'équité; Et, dans le feu qui tout surmonte, L'argent dans la septiéme fonte N'égale point leur pureté. Ses assurances solennelles Font que les ames des fidelles Mettent tout leur espoir en luy; Et dans le glissant precipice De la chair, du monde et du vice, Il leur sert de guide et d'appuy. Mais ceux qui de leur sang illustre Ne font éclatter aucun lustre, Qu'une jalouse ambition, Murmurent contre sa puissance, Quand la vertu sans la naissance Remplit le throsne de Sion. PSEAUME 12 Jusques à quand, seigneur, veux-tu mettre en oubli Le soin de conserver ma couronne et ma vie? Ne m'as-tu donc sur le trosne establi, Que pour servir de bute aux assauts de l'envie? Tu ne vois jour et nuit sortir de ma langueur Que des soucis mortels et d'inutiles plaintes; Veux-tu bannir tes graces de mon coeur Pour ne le plus remplir que d'ennuis et de craintes? Jusques à quand veux-tu qu'un vainqueur insolent D'avoir sous ses lauriers mes palmes étouffées, Dans le malheur de l'estat chancelant Ose sur son debris élever des trofées? Si jamais je m'endors dans la nuit du peché Parmi tant d'ennemis armez pour me surprendre, Ô dieu tout bon, à qui rien n'est caché, Veille pour m'avertir, combats pour me défendre. Ne permets que ma perte et mon affliction Augmentent des méchans le plaisir et la gloire, Ni qu'en leur coeur plein de presomption Ils triomphent avant qu'obtenir la victoire. Pour moy qui mets par tout mon esperance en toy Comme au seul dont je tiens ma vie et ma couronne, Je veux d'un coeur plein d'amour et de foy Publier les honneurs que ta grace me donne. PSEAUME 13 L'insensé qui se plonge en l'ordure des vices Pour jouïr librement de ses sales delices, Dit qu'on craint sans raison ce qu'on ne connoist pas, Et que, s'il est un dieu, ce n'est qu'une puissance, Qui sans affection, comme sans connoissance, Voit les biens et les maux que l'on fait icy-bas. Ce blasphême a choqué la justice éternelle, Et la seule pensée en est si criminelle, Que chacun en son coeur le veut tenir caché; Mais il est si commun dans le siecle où nous sommes, Que celuy qui connoist tous les secrets des hommes À peine en trouve un seul qui n'en soit entaché. Les sepulcres ouverts, l'odeur d'une voirie, Les serpens irritez au fort de leur furie, Escumans le limon de leurs mortels poisons, N'ont rien de plus infect que ce qu'on voit produire À ces nouveaux docteurs, quand ils veulent détruire Les saintes veritez par leurs fausses raisons. Les meurtres sont entr'eux au rang des moindres crimes; Ils vont à pas comptez aux guerres legitimes, Où l'oeil de la vertu voit ce que nous valons; Mais quand il faut marcher pour leur propre querelle Et que ce faux honneur sur le pré les appelle, La vanité leur met des aisles aux talons. Ils ne peuvent regner où regne la justice; Par la profusion, le luxe et l'avarice, Ils ont rendu mon peuple un objet de malheur; Quand leurs exactions par la force establies Ont arraché le pain de ses mains affoiblies, Du reste de son sang ils pestrissent le leur. Ils font les espris forts dans l'horreur des blasphémes; Mais quand il faut mourir, ils sont si hors D'eux-mesmes, Qu'ils ajoûtent le trouble à leur timidité; Et commençant à craindre en commençant à croire, Quand la foy les éclaire au chemin de la gloire, Ils n'en peuvent souffrir la trop grande clarté. Mais ceux qu'un saint amour détache de la terre Sans trouble et sans frayeur entendent le tonnerre Qui menace en grondant nostre presomption; Et dans l'austerité, l'oraison et l'estude Leur esprit est plus gay que dans la multitude Que la pompe et la joye assemblent dans Sion. PSEAUME 14 Ô dieu de qui l'amour nous retient sans contrainte, Qui sera le mortel qui dans l'éternité Jouïra du repos de ta demeure sainte, Où la gloire est égale à la tranquillité? C'est celuy que jamais aucun vice ne touche, Qui se rend de luy-mesme et du monde vainqueur, De qui la verité toûjours est dans la bouche, Et de qui l'innocence est toûjours dans le coeur. Celuy dont le pouvoir regne sans tyrannie, Qui n'approche de soy que les humbles esprits, Et qui loin de sa cour bannit la calomnie, Qui de tes saintes loix parle avecque mépris. Celuy qui rend ses moeurs exemptes de censure, Celuy dont la candeur tient ce qu'il a promis, Qui sert sans interest et ne prend point d'usure Du secours qu'au besoin il preste à ses amis. Celuy seul des humains en la celeste vie Se rendra de tes biens le digne moissonneur; Et la mort, l'interest, la fortune et l'envie N'auront jamais pouvoir de troubler son bonheur. PSEAUME 15 Conserve-moy, seigneur : en ta seule puissance J'ay mis mon esperance; C'est elle seulement qui me peut assister. Je n'ay rien à t'offrir; ta sagesse supréme Te fournit-elle pas des thresors en toy-mesme À quoy le monde entier ne peut rien ajoûter? Je porte autant d'honneur aux genereuses ames Qui brûlent de tes flames Comme j'ay de mépris pour ces lasches humains, Ces devots des faux dieux qu'on ne vit jamais vivre, Que l'artiste ciseau taille d'or et de cuivre, Et que ta creature a créez de ses mains. Loin des sacrez autels ces sanglantes victimes Que l'horreur de leurs crimes Offre pour appaiser la colere des cieux! J'abhorre tellement d'effet et de paroles Ceux dont la vaine erreur sacrifie aux idoles, Que leurs noms seulement me semblent odieux. Dieu luy-mesme se donne et se fait l'heritage Qui me tombe en partage : Chacun juge mon lot sans égal et sans prix. Dans son immensité tout bonheur m'accompagne; Il n'aura pour confins ni fleuves ni montagnes, Puisqu'il comprend celuy par qui tout est compris. Doy-je pas reverer sa bonté sans pareille, Lors qu'elle me conseille À faire choix d'un bien si fecond et si beau, Qui dissipe l'ennuy dont mon ame est pressée, Et permet que sa grace, éclairant ma pensée, Dans la nuit du peché me serve de flambeau? Je chanteray par tout, dans l'excès de ma joye, Le bonheur qu'il m'envoye. Son nom m'est un sujet de merite et d'appas; Son immensité seule a rempli ma memoire, Et l'espoir assuré de revivre en sa gloire Est le seul qui me reste en la nuit du trépas. Là, pour me garantir de la mort éternelle, Sa bonté paternelle Me prend comme son fils en sa protection, Et là, dans la splendeur de sa magnificence, Me fait seoir à ses pieds, et fait qu'en sa presence Je reçoy les effets de son affection. PSEAUME 16 Ô mon pere! ô mon dieu! Ne rejette en arriere Mon ardente priere; Détourne le malheur qui me suit pas à pas. Si ma bouche n'est pure autant que veritable, Si je demande rien qui ne soit équitable, Ne me l'accorde pas. Ta grace peut juger dans le fond de mon ame Si jamais d'aucun blasme J'ay noirci la blancheur qu'elle conserve en moy, Et connoist si je puis jusqu'à la sepulture Faire parmi les fers, les feux et la torture, La preuve de ma foy. Tu sais que j'ay toûjours banni des compagnies Les noires calomnies Qui déchirent l'honneur comme glaives tranchans, Et sais si ma raison s'est jamais dispensée De suivre et d'approuver d'effet et de pensée Le conseil des méchans. Fay qu'à tes saintes loix mon ame obeïssante Ne prenne et ne ressente De clarté ni d'ardeur que de tes plus saints feux; Afin que franc d'erreur, de crime et d'artifice, Je merite ta grace et qu'avecque justice Elle exauce mes voeux. Donc, encore une fois, que la misericorde Que ta clemence accorde Face voir pour les tiens ton absolu pouvoir; Donc, encore une fois, ta justice et ta force Facent que ces mutins, auteurs de ce divorce, Rentrent dans leur devoir. Quand les vents furieux agitent les tempestes, Rien ne luit sur nos testes Que de frequens éclairs qui nous percent les yeux; Et comme la paupiere en défend la prunelle, Ne me défens-tu pas à l'abry de ton aisle De ces seditieux? Dans leurs prosperitez se nourrit l'insolence, De qui la violence Attaque impunément la juste autorité; Leur fureur me poursuit, leur nombre m'environne, Et leur ambition veut avec ma couronne M'oster la liberté. Les petits lionceaux, acharnez par leurs peres, Dans leurs affreux repaires En déchirant leur proye ont moins de cruauté, Que n'a pour déchirer les loix et la province, Et fouler sous ses pieds l'autorité du prince Un peuple revolté. Leve-toy donc, seigneur, et confond la malice De leur lasche avarice, Qui commet contre nous tant d'actes inhumains : Puisqu'on n'en peut avoir ni de paix ni de tréve, Que ta justice s'arme et reprenne le glaive, Pour l'oster de leurs mains. Ils flattent leur espoir de voir dans leur famille L'éclat dont elle brille À leurs derniers neveux passer de temps en temps; Mais pour moy, qui renonce aux richesses mortelles, Les thresors que là haut tu dépars aux fidelles Sont les seuls que j'attens. PSEAUME 17 Ô dieu qui rend mon bras le foudre de la guerre, Ma splendeur dans la paix, l'ornement de la cour, Et qui te rens toy-mesme, au ciel et dans la terre, Le seul et le plus digne objet de mon amour, Qui jamais ne me dénie De ta clemence infinie L'assistance et le support, Et, rassurant mon courage, Dans ces mers grosses d'orages Me sers de phare et de nort, Dans le débordement d'une injuste licence, Lors qu'elle m'opprimoit avec tant de rigueur, J'eus toûjours mon recours à sa toute-puissance, Et par elle toûjours je demeuray vainqueur. Déja ma mort estoit preste, Tout le ciel, noir de tempeste, Ne luisoit que des éclairs, Et pour avancer ma perte La terre estoit entr'ouverte Jusqu'aux gouffres des enfers. Je redouble mes voeux, j'augmente mes offrandes, Et mes feux des autels jusqu'au ciel élancez Font voir que ses bontez, aussi promtes que grandes, Ont écouté mes voeux et les ont exaucez. Quand il s'arme du tonnerre Contre l'orgueil de la terre, Son courroux est vehement; Il tonne, il éclatte, il gronde, Il étonne tout le monde Jusques dans son fondement. Les longs torrens de feu que pousse son haleine Brûlent tout, et par tout vont leurs flots débordans; Sous leur cours enflammé ne reste au lieu d'areine Qu'une grosse fumée et des charbons ardans. Le ciel sous ses pieds s'abaisse, Et dans une nuë épaisse, De qui les vents sont aislez, Descend le soleil des ames, Qui permet que de ses flames Les cherubins soient brûlez. Il paroist au milieu d'une noire tempeste, De qui de toutes parts sortent des tourbillons; Les nuages d'argent qui luy couvroient la teste Sur son trosne d'azur servoient de pavillons; Mais l'aspect de son visage Change en bonace l'orage; Le brouillard est écarté; Le seigneur luit de son lustre, Et pour dais ni pour balustre N'a que sa propre clarté. Que si la majesté qui paroist dans sa face Retient dans le respect des ames par les yeux, Il veut qu'à la terreur de la seule menace Tremblent également l'eau, la terre et les cieux. Par son bras armé du foudre Les ennemis sont en poudre, Leurs grands desseins sont à bas; Et les flames et la gresle Ont renversé pesle-mesle Capitaines et soldats. Sa voix comme un tonnerre effroya tout le monde, La mer en fut émeuë, et les flots entrouvers Découvrirent à nud dans le fond de son onde Le large fondement de ce vaste univers. Alors ses mains favorables, Le support des miserables, Me sauverent du danger, Et des armes, dont la rage, Comme les flots d'un orage, Venoit pour me submerger. Il sauva mon estat de ceux dont l'arrogance Méprisa le conseil de revenir à soy, Et dont l'inimitié mesuroit sa vengeance Au pouvoir qu'ils avoient de se venger de moy. Ce peuple brutal et rude Vouloit dans la servitude Me boureler nuit et jour; Mais Dieu, touché de mes gesnes, Ne me donna d'autres chaisnes Que celles de son amour. Celuy qui des humains est le souverain juge, Et qui de nos pensers est l'unique témoin, Est du foible innocent l'espoir et le refuge, Et celuy qui jamais ne luy manque au besoin. Il reconnut ma franchise, Et que mon ame soûmise Au respect que je luy dois, Ne s'estoit point dispensée D'avoir jamais de pensée Contraire à ses saintes loix. Je pourrois repousser par sa bonté suprême Ceux dont l'inimitié n'a jamais eu de bout. Mais je veux par mes soins me garder de moy-mesme Comme d'un ennemi qui me poursuit par tout. L'esprit de l'homme qui pense Se cacher de sa presence Se peine inutilement; À sa divine justice La vertu comme le vice Est connuë également. À l'exemple d'un dieu tout bon, tout équitable, Dois-je pas à jamais maintenir l'équité? Autant que son église est pure et veritable Je veux d'une ame pure aimer la verité; Et de ces peuples rebelles Qui dans l'estat des fidelles Ont tant de feux attisez; Je veux d'un coeur de vengeance Rendre à leur maudite engeance Les maux qu'ils nous ont causez. C'est par là qu'assisté de sa toute-puissance Je purgeray Sion des esprits factieux, Et de ce mesme bras qui soûtient l'innocence J'abaisseray l'orgueil des fronts audacieux C'est par ce dieu des batailles Que leurs camps et leurs murailles Sont traversez à la fois; C'est par luy dans la victoire Qu'on voit éclatter la gloire De mes penibles exploits. Par ces coeurs que la foy couronne du martyre Pour triompher au ciel du monde et des enfers, Les decrets dont il fit establir son empire Seront verifiez dans les feux et les fers; C'est le seul dont la puissance Est l'appuy de l'innocence; C'est le seul des immortels, Le seul qui tient le tonnerre, Et le seul à qui la terre Doit eriger des autels. Je veux suivre la voye et celebrer sans cesse Le celeste pouvoir de ce dieu que je sers; Il me donne à la fois la force et la vîtesse Des ours, des elephans, des chevreuils et des cerfs; Il fait que ma main armée, À la guerre accoûtumée, Tourne et dompte le coursier, Fait trancher le cimeterre, Et comme foudres desserre Les traits de mon arc d'acier. L'espoir de mon salut est dessous ses auspices, Mon sceptre et ma raison sont à ses loix soûmis, Et de la mesme main dont il punit les vices Il défend mon estat contre mes ennemis : Leurs troupes sont dissipées, De rondaches et d'épées Ils ont pavé nos sillons; Et le secours qu'il m'envoye Par le fer m'ouvre la voye À travers leurs bataillons. Je combats de pied ferme, et leur troupe reduite, Par l'invincible effort de mes braves guerriers, À ne plus esperer de salut qu'en la fuite, Couvre leur front de honte et le mien de lauriers. À bas auteurs de nos larmes, Qui voulûtes à mes armes Vos courages éprouver! De vostre cheute fatale Si juste et si generale Rien ne vous peut relever. Tu me donnes, grand dieu, la force et le courage Pour terrasser tous ceux qui s'adressent à moy, Tu mets dans les combats la gloire en mon partage, Et ne laisses pour eux que la mort et l'effroy. Au conflit qu'on leur prepare Tout le monde se separe De leur sinistre amitié; Chacun se rit de leurs craintes, Et toy-mesme es à leurs plaintes Sans oreille et sans pitié. Si l'on veut dans leur camp creuser leur cimetiere, La terre les reçoit avecque tant d'horreur, Qu'elle les abandonne, et leur lasche poussiere Semble encore en fuyant craindre nostre fureur; Leur sang détrempant les sables Rend les os méconnoissables De ces geans à l'envers, Et leur chair en ce meslange Ne laisse que de la fange Pour le partage des vers. Après qu'à mes besoins tes bontez toûjours prestes Ont remis sous mes loix mes sujets revoltez, Tu benis mes desseins, tu benis mes conquestes, Tu fais que mon estat s'accroist de tous costez; Et la terreur imprimée Par la seule renommée De mes actes triomphans A fait que l'obeissance Où les range ma puissance Passe jusqu'à mes enfans. Vivent donc ces grandeurs aussi justes que saintes, Qui relevent mon throsne au milieu des dangers, Par qui les factions sont à jamais esteintes Au dedans de l'estat et chez les estrangers! Ces revoltes étouffées Sous tant d'illustres trofées Détrompent la vanité De ceux dont l'espoir minute De relever par ma cheute Leur injuste autorité. Après tant de faveurs, après tant de victoires, Qui rendront l'avenir de ce siecle jaloux, Nos écrits de tes faits rempliront les histoires, Et nos voix de ton nom la terre en ses deux bouts; Dans cet âge de délices Où David sous tes auspices Prit le sceptre de Sion, Je publiray l'innocence Le progrez et la naissance, De sa sainte ambition. PSEAUME 18 Toy qui de l'eternel contemples les miracles, Les feux du firmament sont-ce pas des oracles Dont le silence parle et s'entend par les yeux? Et le pouvoir qu'ils ont dessus nostre naissance Peut-il venir d'ailleurs que de cette puissance Qui tient ferme la terre et fait mouvoir les cieux? L'ordre continuel dont depuis tant d'années L'on voit naistre et finir les nuits et les journées, Et mesurer leur cours d'un si juste compas, N'est-ce pas un chef-d'oeuvre où chacun peut connoistre Que ce grand artisan de qui tout prend son estre Ne fait point au hazard les choses d'icy-bas. Ces visibles effets d'une cause invisible, Ces supresmes grandeurs, cette essence impassible, Exigent de nos coeurs l'honneur qui leur est deû; Ils preschent aux gentils, ils preschent aux sauvages, Et dans tout l'univers il n'est point de langages Où leur discours muet ne puisse estre entendu. Cet esprit qui du temps précede la naissance, Afin de témoigner que sa magnificence Ainsi que son pouvoir est sans comparaison, De l'astre le plus beau qui sur la terre et l'onde Se fait voir tous les jours aux yeux de tout le monde, Luy-mesme en le faisant en a fait sa maison. Là sa grandeur fait voir à tout ce qui respire, Dans son trosne éternel digne de son empire, Sur des lambris d'azur briller des diamans; Jamais le blond Hymen, couvert d'or et de soye, Quand il a chez les rois joint la pompe à la joye, N'a fait dans leur palais luire tant d'ornemens. C'est de-là qu'à sa force égalant sa justice, Un jour il sortira pour détruire le vice, Tel qu'un puissant géant au combat préparé; Il atteindra par tout, tout craindra son tonnerre, Ses yeux verront par tout, et par toute la terre Rien n'est si tenebreux qui n'en soit éclairé. Il n'est point d'ignorant que ses oeuvres n'instruisent, Il n'est point de méchant que ses loix ne réduisent. Chacun diversement est appellé de Dieu; Mais les coeurs genereux qui peuvent sans contrainte Faire pour son amour ce qu'on fait pour la crainte, Comme les plus parfaits, auront le plus haut lieu. Ainsi qu'aux réprouvez la peine est assurée, Ainsi la récompense est aux bons préparée, Hors de tous les malheurs dont nous sommes troublez; L'or n'a point de beautez qui soient si désirables, Ni le miel le plus pur de douceurs comparables Au moindre des plaisirs dont ils seront comblez. Heureux sera le coeur délivré de tout vice, Qui, donnant à son dieu sa vie et son service, Se rend digne des biens qui lui sont destinez, Et qui, de sa raison connoissant l'impuissance, Quand il a des pensers trop remplis de licence, Les étouffe en son ame aussi-tost qu'ils sont nez. Et bienheureux encor qui, voyant la manie De ceux que le peché tient sous sa tyrannie, Ne veut que son dieu seul pour maistre et pour appuy; Qui par tout est pareil, et qui, se prenant garde Que celuy qui voit tout en tous lieux le regarde, Se gouverne en tous lieux comme estant devant luy. Souverain roy des rois, providence éternelle, Qu'en la mer de ce monde à toute heure j'appelle, Mon dieu, mon redempteur, mon ayde et mon support! Puisqu'à tous mes besoins tes bontez toûjours prestes M'ont déjà tant de fois retiré des tempestes, Acheve ton ouvrage, et me conduis au port. PSEAUME 19 En ce temps où l'envie opprime l'innocence, Du grand dieu de Jacob l'invincible puissance T'inspire dans la guerre un courage de roy; Et, s'il est inflexible à la misericorde, Qu'il nous refuse tout, pourveu qu'il nous accorde Les voeux qu'on fait pour toy. Que, de son throsne assis au-dessus des tempestes Soient à te secourir ses bontez toûjours prestes; Toûjours soit ton offrande agréable à ses yeux; Toûjours le feu divin dont elle est allumée En remonte aussi pur, quand elle est consumée, Qu'il est tombé des cieux. Que tes justes desseins ne trouvent point d'obstacles, Que tes actes guerriers soient autant de miracles, Que tu sois au conseil judicieux et prompt, Et que, pour tout soûmettre à ton obéïssance, Il égale ta force à la haute naissance Qui couronne ton front. Quand le dieu des combats te donnera la gloire D'avoir des ennemis remporté la victoire Que sa main équitable à tes armes promet, Ce grand jour qui rendra nos guerres étouffées Fera voir au Liban élever nos trofées Par-dessus son sommet. S'il exauce nos voeux et reçoit nos victimes, Ces coeurs qui ne sont grands qu'à faire de grands Crimes Auront le chastiment de leur témérité. Que doit-on redouter de ces ames rebelles, Si celuy qui combat pour les justes querelles Est de nostre costé? En vain leurs camps nombreux font par leurs insolences Nos campagnes gémir sous des forests de lances, Serrent leurs bataillons de piques hérissez : Nous sommes assurez, si Dieu nous est propice, De voir du mesme bras qui soûtient la justice, Leurs desseins renversez. Ces machines de bronze aux bouches redoutables Qui vomissent d'un coup cent morts inévitables Et jettent dans les rangs la flâme et la terreur, Ces tonnerres roulans qui font trembler la plaine, N'y feront autre mal que perdre avec la peine L'espoir du laboureur. Ces feux ne produiront que de vaines fumées : Le bras toûjours vainqueur du grand dieu des armées Fera mordre la poudre à ces audacieux; Et verront à leur honte, en cette injuste guerre, Qu'en vain ils opposoient les foudres de la terre À la foudre des cieux. Ô dieu! Dont les grandeurs n'ont rien que d'adorable, Conservez nostre roy, soyez-luy favorable; Faites, sous vostre appuy, son regne prosperer : C'est par luy qu'on verra tous nos troubles s'éteindre; Tandis que nous l'aurons, nous n'aurons rien à craindre Ni rien à desirer. PSEAUME 20 Ô grand dieu, d'où nous vient le bonheur et la gloire Qui, selon nos desirs, nous donne la victoire D'un peuple si nombreux contre nous révolté? En donnant à sa joye une juste licence, Mon roy ne doit-il pas admirer ta puissance Et benir ta bonté? Tu préviens ses desirs, tu préviens ses demandes, Tes largesses luy sont si justes et si grandes Qu'elles ont à l'utile ajouté l'ornement; De sa claire pasleur la perle orientale S'efforce d'égaler en sa pompe royale L'éclat du diamant. Quand il te demanda d'estre long-temps au monde, Tu promis que sa vie en merveilles féconde Des âges les plus longs égaleroit le cours; De son nom glorieux tu décores l'histoire, Et de ses actions tu veux que la mémoire Se conserve toûjours. Les rayons de grandeur qui sortent de sa face Moderent dans les coeurs l'insolence et l'audace, Et font que devant luy le respect est gardé; Nos fastes, racontant ses hautes avantures, Feront juger heureux dans les races futures Ceux qui l'ont possedé. Ta présence l'assure et le comble de joye; Le bonheur que ta grace à ses desirs octroye Affermit son courage aux desseins genereux, Et, quelques ennemis qui désolent la terre, Ne rens-tu pas le bras de ce foudre de guerre Invincible pour eux? Après avoir souffert leur désobéïssance, Ta main appesantie a puni leur offense Et terracé l'orgueil de ces grands criminels; Ta justice bien-tôt en fera ses victimes, Et sans se consumer ils expîront leurs crimes En des feux éternels. On verra sans effet éclôre leur malice. Toy qui des plus cachez découvres l'artifice, Confonds dès le berceau les desseins des méchans. Dans leur sang infécond s'éteindra leur famille, Et jamais ne verront tomber sous la faucille Les moissons de leurs champs. Leurs rangs sont dissipez, leur armée est réduite À ne plus esperer de salut qu'en la fuite, Tout cede à nos efforts lors que tu nous maintiens; Et chantent à jamais les bouches des fidelles, Que ton bras tout-puissant est l'effroy des rebelles Et le support des tiens. PSEAUME 21 Ô mon dieu, mon sauveur, veux-tu dans les ennuis Que je passe les jours, que je passe les nuits? Seras-tu donc toûjours infléxible à mes plaintes? Verras-tu sans pitié mes tragiques douleurs? N'arresteras-tu point, en assurant mes craintes, Les torrens de mes pleurs? Ô pere inexorable! ô pere tout-puissant! Veux-tu pour le pecheur condamner l'innocent? Veux-tu mettre ton fils au rang de tes victimes? Ta grace ou ta justice ont-elles donc permis Qu'un dieu se soit fait homme et meure pour les crimes Que l'homme avoit commis? N'as-tu pas pour les tiens la mesme affection De qui toutes les voix et les coeurs de Sion Exaltent la grandeur et la perseverance? N'as-tu pas pour les tiens la mesme charité Dont nos peres jadis eurent la délivrance De leur captivité? Quand ils t'ont invoqué, tu les as exaucez, Et moy je voy mes voeux jusqu'au ciel élancez Avecque mon encens s'en aller en fumée; Je suis plus méprisé qu'un chetif vermisseau; Mes jours sont à leur fin, lors que ma renommée Est encore au berceau. Tous ces gens sans honneur, tous ces lâches esprits, Ne me regardant plus que d'un oeil de mépris, Semble que de ma perte ils m'imputent le blâme, Et disent hautement afin de m'éprouver : Pourquoy le tout-puissant, qu'à son aide il reclame, Ne le vient-il sauver? Fay leur voir ton pouvoir, fay leur voir que je suis Celuy que la plus longue et la reine des nuits Devoit produire au jour pour le salut du monde, Celuy qui se rendra des enfers triomphant, Celuy qui dans les flancs d'une vierge feconde Fut le pere et l'enfant. Dés le premier moment je te donnay ma foy, Dés le premier moment j'eu mon recours à toy, Toy seul fus mon support, toy seul fus ma défense; Que si des affligez ta bonté prend le soin, Détourne ce calice, et fay que ta puissance Me secoure au besoin. Je ne voy qu'apostats contre moy revoltez; Leurs flames et leurs fers luisent de tous costez, Leur armée est sans nombre et leur haine sans bornes; Je n'entens que clameurs de cris injurieux, Et semblent ces mutins, en élevant leurs cornes, Des taureaux furieux. Nos ennemis communs ont conspiré ma mort, Leur rage contre moy fait son dernier effort; Mes os sont disloquez, ma chair est consumée; Et, courant en fureur sans ordre ni sans rang, Viennent comme lions de leur gueule affamée Se gorger de mon sang. Dans les longues ardeurs d'un invisible feu, Mon ame, se sentant defaillir peu à peu, De tristesse et d'amour également soûpire, Et, brûlant pour un dieu sans fin et sans pareil, Mon coeur en sa présence est comme de la cire Qui se fond au soleil. L'argile qu'un potier fait cuire en son fourneau Se pourroit comparer à ma livide peau; Mes membres sont tremblans, ma veuë est égarée; La force et la santé me quittent pour jamais; Je brûle, je consume, et ma langue alterée Se colle à mon palais. Bien que mes os en poudre entrent au monument, J'espere de revivre, et dans le firmament Consoler mes ennuis d'une éternelle joye; Et ma chair déchirée en ce corps langoureux, Dont ces chiens affamez pensent faire leur proye, Ne sera point pour eux. Ces esprits infernaux, ces tigres inhumains, Qui m'ont percé de cloux et les pieds et les mains, Ont encore à leur meurtre ajoûté l'avarice, Quand ils ont de concert, auparavant ma mort, Le jour que leur fureur apprestoit mon supplice, Jetté ma robe au sort. Ils font de mes ennuis leur satisfaction, Ils repaissent leurs yeux de mon affliction, Ils augmentent leur joye en augmentant mes peines. Contre ces factieux à toy seul j'ay recours, Et ne puis ni ne veux des puissances humaines Tirer aucun secours. Détourne donc de moy le fer de ces méchans, De ces chiens affamez à ton oint s'attachans; Sauve-moy des lions, sauve-moy des licornes, Et de tous les brutaux pleins de rage et d'erreur, Qui dans la seule foy doivent trouver des bornes Au cours de leur fureur. De ce bien-fait utile autant que merveilleux Nos freres apprendront comme les orgueilleux Peuvent estre soûmis à ta juste puissance, Et le sang de Jacob fera par tout savoir Que la protection de la foible innocence N'est qu'en ton seul pouvoir. Tu te feras par-là reverer des mortels Qui dans les lieux sacrez parfument tes autels, Et craindre ta justice à tous les autres hommes. Ils diront que ton bras, si terrible pour eux, Fut au siecle passé, comme au siecle où nous sommes, L'appuy des malheureux. Tu n'as point détourné ton visage de moy, Lors que mon oraison sur l'aisle de ma foy Obtint pour les humains la grace de leur faute; Et, quand dans ta maison j'exaltois ta grandeur, Fis-je pas resonner les voutes les plus hautes En leur vaste rondeur? Dans le pain consacré sur ta table rompu Ton peuple n'est-il pas divinement repû? Ton corps est sa viande, et ton sang son breuvage; Et d'un si merveilleux et si parfait bonheur Toutes les nations de l'Euphrate et du Tage Benissent le seigneur. Ceux même dont l'erreur sacrifie aux faux dieux, Se donnant comme nous au monarque des cieux, Comme nous prendront part aux honneurs du martyre; Et les coeurs épurez par les feux et les fers Soûmettront à tes lois le trosne de l'empire Qui regit l'univers. Ces fameux conquerans, ces vaillans potentats, Qui d'un sceptre d'acier regissent leurs estats, De ton celeste pain prendront leur nourriture, Et tiendront mesme rang en ce sacré repas Que les moindres, rendus par les loix de nature Esclaves du trépas. Pour moi, qu'il a tiré d'un abysme d'ennuis, Et que sa seule amour a fait ce que je suis, Qui ne regne et ne vis que par elle et pour elle Je veux que tous mes fils honorent pour jamais Celuy qui joint pour eux d'une chaisne éternelle La justice et la paix. PSEAUME 22 Loin de moy, tragiques pensées Dont mes infortunes passées Nourrissoient mon affliction! Puisque le tout-puissant est touché de mes plaintes, Dois-je pas esperer sous sa protection De bannir pour jamais mes ennuis et mes craintes? Ce pasteur tout bon et tout sage Nous conduit dans un pasturage Plein de délices et d'attraits, Et là des pures eaux d'une source feconde Nos esprits en repos en beuvant à longs traits, Noîront le souvenir des vanitez du monde. Lorsqu'il voit nostre ame égarée Et de son troupeau separée Se conduire à sa volonté, Qu'elle est preste à se perdre aux abysmes du vice, Son soin, pour l'obliger à benir sa bonté, La remet au chemin tracé par sa justice. Aussi, dans l'horreur des tenebres Et des ennuis les plus funebres Que la mort presente à nos yeux, J'iray sans m'effrayer aux antres les plus sombres, Quand pour guide j'auray le monarque des cieux, Qui peut vaincre la mort et dissiper ses ombres. Il me presente sur sa table Cette viande delectable Qu'il appreste pour ses éleus; Et de mes ennemis rend l'envie immortelle, Lors que par leur orgueil ils se verront exclus De ce mets qui m'éleve à la vie éternelle. L'excés des graces qu'il me donne M'honore autant que ma couronne, Dont il est l'équitable appuy : Toutes deux m'ont comblé de plaisir et de gloire Dans son sacré banquet, où, pour m'unir à luy, Son sang estoit le vin qu'il me versoit à boire. En la seule misericorde Que sa clemence nous accorde Est l'asyle des criminels; Sa grace et sa puissance ont nostre ame assurée De se voir au-dessus des flambeaux éternels Habiter la maison qu'il nous a preparée. PSEAUME 23 La terre est au seigneur, c'est l'oeuvre de ses mains, C'est-là que sa justice oblige les humains À meriter le ciel dans les peines du monde; Il a sur l'ocean posé ses fondemens, Et les ordres prefix par ses commandemens Est tout ce qu'elle oppose à la fureur de l'onde. Mais, bien qu'egalement tout soit en son pouvoir, C'est seulement là haut qu'il nous veut faire voir Sa beauté, sa grandeur et sa magnificence; Et ce lieu de repos, de gloire et de clarté, Est pour ceux dont le coeur garde en sa pureté Jusqu'au dernier soûpir sa premiere innocence. Ceux aussi qui pourront affranchir leurs esprits Des vaines passions dont le monde est épris, Et qui font que la terre est au ciel infidelle, C'est pour eux qu'il respand ses graces icy-bas; Et, quand l'âge accompli les conduit au trépas, Ce n'est que pour renaistre à la vie éternelle. Esprits qui dans la nuit, les flâmes et l'horreur, Estes toûjours en bute aux traits de sa fureur! Mort, qui rendez là bas les peines immortelles! Concierges éternels de ces sombres manoirs! À ce roy glorieux ouvrez vos cachots noirs, Que vous n'ouvrez jamais qu'aux ames criminelles. De quel roy glorieux nous vient-on menacer? Croit-on que sa splendeur ait pouvoir de chasser L'ombre de nos prisons éternellement noire? C'est celuy dont la croix, triomphant des pechez Qui tenoient dans les fers ses enfans attachés, Met en leur liberté le prix de sa victoire. Et vous, chers favoris de ce roy glorieux, Honorez son triomphe et son entrée aux cieux, Qui doit de son eglise affermir les colonnes; Par son heureux retour il vous comble d'honneur, Il augmente des siens le nombre et le bonheur, Et change des captifs les chaisnes en couronnes. De quel roy glorieux nous fait-on esperer De voir en ces lieux saints les graces éclairer? Quel est ce dieu vainqueur, qui tant d'heur nous Appreste? C'est celuy dont le bras, redoutable aux enfers, Vient d'ouvrir leurs prisons, vient de briser leurs Fers, Et va rendre les cieux riches de sa conqueste. PSEAUME 24 À toy seul, ô grand dieu, je leveray mes voeux; À toy seul mon bucher élevera ses feux D'une devote vehemence : Toy seul as de mon coeur borné l'affection. J'ay mis mon esperance en ta protection, Et mon salut en ta clemence. Si j'ay pour mon support ton invincible bras, Mes armes n'auront point la honte en mes combats De faire une lasche retraite, Ni je n'auray jamais la rage dans le coeur De me voir sous les pieds d'un insolent vainqueur Qui se rira de ma défaite. Ceux qui se sont faits grands par leur iniquité Dont le faste orgueilleux n'orne la dignité Que d'une fausse preudhommie, Plus leur haute fortune a d'éclat icy-bas, Et plus dans les honneurs qu'ils ne meritent pas Eclatera leur infamie. Ô dieu! Qui des vertus es l'asyle et l'auteur, Puisses-tu sur la terre estre mon conducteur Lors que mon ame est égarée, Et, dans ces lieux obscurs des vices frequentez, Faire que de ta grace et de tes veritez Elle soit toûjours éclairée! Si tu cheris les tiens comme aux siecles passez, Banni de mon esprit ces desirs insensez Secrets auteurs de ma tristesse, Et, dans la penitence à quoy je me soumets, Fay que l'eau de mes pleurs esteigne pour jamais Le feu qui brûle ma jeunesse. Si l'horreur de mon crime est indigne du jour, Fay moy voir des effets de cette ardente amour Qui fut par ton fils attendrie, Lors qu'il illumina ces pecheurs égarez Qui, n'estant pas encor de ta grace éclairez, Se perdoient dans l'idolatrie. Ce dieu dont la clemence égale l'équité Recompense icy-bas la vraye humilité De sa lumiere veritable, Celle qui nous conduit sur le throsne des saints, Celle qui nous conduit aux genereux desseins Où la gloire est indubitable. Regarde-moy, seigneur, d'un oeil benin est doux, Et sois, en t'opposant à ton juste courroux, Contre toy-mesme ma défense. Tu vois qu'au repentir dont mon coeur est pressé, La grandeur de ton nom si souvent offensé Fait la grandeur de mon offense. Le prince qui craint Dieu, Dieu l'assiste toûjours De solides conseils et de puissans secours, Et dans la paix et dans la guerre; Et par un mesme esprit sa sainte ambition, Mettant toute la terre en sa possession, Le détachera de la terre. Au prince qui craint Dieu, Dieu découvre à ses yeux Les registres du sort imprimez dans les cieux, Dont l'on n'a que des conjectures; Il fait qu'il participe à son divin sçavoir, Lors qu'en sa prescience il luy permet de voir Les secrets des choses futures. Aussi c'est à luy seul que mes bras sont offerts, Comme au seul qui pourra me délivrer des fers De la chair, du monde et du vice; Il nous rend à la mort la lumière et la paix, En des lieux où nostre ame est comblée à jamais De sciences et de délices. Voy d'un oeil de pitié la misère où je suis, Ren le jour de ta grace à la nuit des ennuis Où de plus en plus je me plonge; De tout secours humain mon esprit dénué À peine fait mouvoir mon corps atenué De la tristesse qui le ronge. Fay moy misericorde, ô dieu plein de bonté, Dans l'excés de la rage et de l'iniquité Des factions qui se fomentent : Voy-tu pas l'injustice au throsne s'établir? Voy-tu pas dans mon camp mes troupes s'affoiblir Et mes ennemis qui s'augmentent? Dissipe des mutins ce funeste attentat, Oste leur le desir de brouiller mon estat En leur en ostant l'esperance; Et fay voir, ô grand dieu, qui seul est mon appuy, Que jamais le malheur ne fait honte à celuy Qui met en toy son assurance. Ceux de qui la prudence est jointe à la vertu, Te voyant maintenir mon espoir combatu De tant de factions diverses, Chercheront leur asyle en ta protection, Qui, propice à mes voeux, fera voir dans Sion La fin de toutes mes traverses. PSEAUME 25 En ce temps de calamité Où la nuit de l'impieté Nous a tes graces éclipsées, Ô dieu! De qui je tiens la lumiere et la foy, Tu sais mes actions, tu connois mes pensées, Je ne veux point avoir d'autre juge que toy. Sonde mes plus secrets desirs, Et si mon coeur dans les plaisirs S'emporte avec trop de licence; Quand la contrition l'aura mortifié, Afin de rétablir sa premiere innocence, Qu'au feu de ton amour il soit purifié. Je fuis ces coeurs ambitieux Qui dans leurs complots factieux Partagent entre eux leur patrie, Et qui, tombant de l'une à l'autre extremité, N'ont jamais sans mépris ou sans idolatrie Rendu ce qu'ils devoient à la divinité. Pour moy, qui me lave les mains De ces pernicieux desseins Où la vanité les convie, Mon soin est d'admirer tes honneurs immortels, T'aimer et te servir le reste de ma vie, Et chanter ta loüange au pied de tes autels. J'admire dans mon oraison Les merveilles qu'en ta maison Tu fais éclater d'heure en heure Et, ravi des attraits qu'on gouste en ce sejour, Dans ce seul et saint lieu j'ay choisi ma demeure, Comme toy pour le seul objet de mon amour. Fay que par tes soins éternels Des crimes et des criminels À jamais je me garantisse, Et de ceux dont le coeur trop lasche et trop puissant Fait qu'en eux la vengeance égale l'avarice Quand ils mettent à prix la mort de l'innocent. Seigneur, je ne regrette pas De voir courir vers le trépas Mon plus bel âge qui se passe, Pourveu que mon esprit, comme au siecle passé, Puisse jusqu'à la fin, éclairé de ta grace, Cheminer dans la voye où tu l'as redressé. PSEAUME 26 Je verray sans regret l'astre de qui le tour Borne l'an et le jour Arriver au couchant de sa derniere course, Sachant que le seigneur n'a pas moins de pouvoir Que lors qu'il a fait voir Dans la nuit du cahos la lumiere en sa source. J'entendray sans frayeur les injustes projets Que feront mes sujets Pour secouër le joug de ma juste puissance; Sachant que le seigneur, par qui j'ay tant de fois Vaincu les plus grands rois, Saura bien les ranger à mon obeïssance. S'il faut qu'un seul combat vuide nos differens, Déja parmi les rangs Ses anges sont armez qui m'offrent leur service; Et sur mes pavillons je voy déja dans l'air La victoire voler, Qui ramène du ciel la paix et la justice. Que pendant ces discords j'ay de fois desiré Ce repos retiré, De qui tant de grands saints nous ont monstré l'exemple, Afin de mettre aux pieds du seigneur des seigneurs Mon sceptre et mes honneurs, Pour achever ma vie à servir en son temple. C'est-là qu'en sacrifice on offre à ses autels Tout ce que les mortels Reçoivent icy-bas de la terre et de l'onde; Et dans un plus parfait qui brusle nuit et jour Le feu de son amour Y purge nos esprits des vanitez du monde. C'est en ce seul asyle où gist nostre bonheur, C'est-là que le seigneur Est le plus attentif à nos justes requestes; C'est un roc immobile à la rage des flots, D'où l'on voit en repos Les vents de la fortune exciter nos tempestes. C'est-là que j'offrirai les biens les plus exquis Aux batailles conquis, Afin d'en conserver plus long-temps la memoire; Mais ce dernier combat où j'aurai surmonté Ma propre volonté Est le seul dont j'espere une éternelle gloire. Seigneur, si tout sanglant au fort de ma fureur Tu n'as point en horreur Les hymnes dont mon luth celebre tes loüanges, Dois-je pas m'assurer qu'ils seront mieux ouïs De ces lieux où je puis Joindre à la douce voix la pureté des anges? Mais où tendent ces voeux en l'âge où je me voy? Ils mourront avec moy, Si ta grace éclipsée est long-temps sans me luire; Semblables à ces fleurs que l'on ne peut sauver Des rigueurs de l'hyver, Et qui sans le soleil ne peuvent rien produire. Ne me cache donc plus ta divine splendeur, Et croy que ta grandeur Se fait plus admirer lors qu'elle me l'accorde : Ta seule autorité peut bien me condamner; Mais pour me pardonner Il faut qu'elle soit jointe à ta misericorde. Quand mon pere et ma mere au besoin m'ont quité, En cette extremité Tu m'as servi des deux avec plus de tendresse; En rendant à la fois tous mes desirs contens, Tu fis en mesme tems Paroistre aux yeux de tous ta force et leur foiblesse. Quand des langues d'aspic vomissant leur poison M'imputoient sans raison Un crime dont ma foy ne fut jamais capable, Ils en eurent la honte, et je fus glorieux, Lors que ces envieux Se rendoient imposteurs sans me rendre coupable. Leur fraude ne t'a pû cacher la verité; Ta divine clarté Découvre et voit toûjours nostre ame toute entiere; Et je suis assuré que la nuit du trépas Ne m'empeschera pas D'estre encor éclairé de la mesme lumiere. Ô toy de qui le coeur bruslant de son amour, T'occupes nuit et jour À servir ses autels d'effet et de pensée, N'espere qu'en luy seul; croy que son équité S'égale à sa bonté, Et qu'enfin ta vertu sera recompensée. PSEAUME 27 Seigneur, quand l'ennemy m'oppresse, À toy seul je leve sans cesse Mon ardente oraison : Témoigne que du ciel ton oreille attentive De ma voix dolente et craintive Entend les cris dans ta maison. Sauve mon honneur et ma vie Des traits qu'ont ces monstres d'envie Contre moy décochez; Ne permets que ma mort, que leur haine conspire Avec le malheur de l'empire, Croisse l'horreur de leurs pechez. Leur ame, pleine d'artifice, De la paix et de la justice S'entretient tous les jours; Tandis que de leur haine ils éclatent des crimes Contre les pouvoirs legitimes Biens differens de leurs discours. Mais toy dont la toute-puissance Voit dans les coeurs dés leur naissance Le vice et la vertu, Dois faire sur tous deux ta justice paroistre; Et l'un et l'autre reconnoistre De quelque habit qu'il soit vestu. Ces coeurs enflez de vaine gloire S'efforcent de ne te pas croire Auteur de ce grand tout; Mais leur presomption en blasphémes feconde Dessous le tonnerre qui gronde Ne sauroit demeurer debout. Je te benis, je te revere, Toy seul est le maistre et le pere Des petits et des grands : De ce monde, seigneur, ta bonté tutelaire Accorde à mes voeux le salaire Des services que je te rends. De toy je tiens en mon vieux âge Cet embonpoinct que mon visage Ne peut desavouër. Ta main qui sur ma teste affermit ma couronne Avecque la force me donne La volonté de te louër. Qu'avec un peuple plus sincere Le terme de nostre misère Puisse estre limité, Et que nous puissions tous habiter la province Qui n'a que toy seul pour son prince, Ni pour temps que l'eternité! PSEAUME 28 Vous à qui la naissance a donné les clartez Des saintes veritez Qu'on ne tient icy-bas que du sauveur du monde, Pour le remercier de ses dons immortels, De vostre bergerie offrez à ses autels Les aigneaux dont ses soins la rendent si feconde. Aux deserts du Jourdain j'entens déja la voix, Déja du roy des rois Le digne précurseur annonce la venuë, Et déja dans les flots ce prophete futur De nos premiers parens lave le sang impur, Dont la corruption jusqu'à nous continuë. Mais aprés tant de soins et de marques d'amour, Sa justice à son tour Abattra sous ses pieds l'audace de la terre; Ses forces paroistront à courber l'univers, Ses yeux ne nous verront qu'à travers les éclairs, Et pour voix son courroux n'aura que le tonnerre. Le Liban effrayé verra tomber à bas, Sous l'effort de son bras, Les cedres orgueilleux qui bravoient les orages; Ils seront égalez aux moindres arbrisseaux, Et sous eux les rochers sauteront comme aigneaux Quand la gresle et le vent battent leurs pasturages. Israël n'aura point de sujet de terreur De sa juste fureur, Dont alors son amour sera la seule borne; Ce dieu qui dans les monts éleve ses autels En chasse par la foy les erreurs des mortels, Comme fait les venins le faon de la licorne. Sa voix fait dans Cadés les montagnes mouvoir Quand son divin pouvoir Témoigne à ses enfans sa bonté tutelaire; Il separe pour eux ses beaux feux toûjours clairs De ces feux sans lumiere horribles aux enfers, Les feux de son amour des feux de sa colere. En d'agreables champs fertiles en moissons Il change les buissons Où le jour de midi n'entroit qu'avecque peine; Et la bische et le faon, qui loin de la clarté Pensoient sous leurs rameaux dormir en seureté, S'éveillent en sursaut au milieu de la plaine. Quelle incredulité ne rentre en son devoir Lors qu'on le voit asseoir Sur un throsne de flots produits par le deluge? Quelle pasle terreur ne s'assure en celuy Qui nous donne la force, et nous offre aujourd'huy La verité pour guide et le ciel pour refuge? PSEAUME 29 J'exalterai partout la gloire du seigneur, Qui sauve mon estat, ma vie et mon honneur, Et qui dans son asyle assure ma retraite; Ce dieu ne permet pas que le victorieux Triomphe insolemment, et raille ma deffaite D'un ris injurieux. Ta clémence, ô grand dieu, reçoit mon oraison; Ta clemence, ô grand dieu! Me rend la guérison, Et purge mon estat d'infamie et de blâme; L'enfer, qui contre moy fit ses derniers efforts, Ne se vantera pas de posseder mon ame, Ni la terre mon corps. Celebrez la grandeur de son nom glorieux, Vous qui devez jouïr dans la gloire des cieux Des honneurs preparez par ses bontez propices; Mesme dans la rigueur de son juste courroux Ne témoigne-t-il pas, en corrigeant nos vices, Le soin qu'il a de nous? Tant de frequens effets de son affection Assurent nostre vie en sa protection, Et nous donnent la paix au milieu des alarmes; Nos ennuis, dont elle est le remede et la fin, Font à peine durer le sujet de nos larmes Du soir jusqu'au matin. L'avenir, où mes ans s'avancent pas à pas, Promet à mes desirs tous les biens qu'ici bas L'homme peut esperer de sa bonté profonde; Et l'honneur que là haut mon dieu m'a preparé Ne sera point semblable aux fortunes du monde, Qui n'ont rien d'assuré. Et toutefois, seigneur, quand tu m'as delaissé, L'éclat de mon bonheur s'est si-tost éclipsé, Que la crainte en mon coeur en chasse l'assurance; Alors ta seule grace est ma felicité, Je te fais ma priere, et mets mon esperance En ta seule bonté. Tandis que nous vivons nous devons te prier, Celebrer les grandeurs de l'oeuvre et de l'ouvrier, Et faire de ton nom le sujet de nos veilles; Car nostre ame et nos yeux dans la nuit de l'oubli Sont à jamais privez d'admirer les merveilles Dont le monde est rempli. Ah! Ton juste courroux n'est plus si vehement, Je veux changer ma plainte en un remerciment, Et ne me plus couvrir d'un sac de penitence; Ta clemence a pour moy moderé ta rigueur, Le torrent de mes pleurs, en lavant mon offense, Met la joye en mon coeur. Ainsi purgé d'ennuy, de crainte et de peché, Mon esprit, tout-à-fait du monde détaché, Ne se veut employer qu'au recit de ta gloire : C'est l'assidu travail à quoy je me soûmets, Et ce digne sujet, si doux à ma memoire, Ne m'ennuira jamais. PSEAUME 30 Au fort de l'ennuy qui me presse C'est à toy seul que je m'adresse, Source éternelle de tous biens! Ô seul dieu, seul appuy de la foible innocence, L'équité de ton regne autant que ta clémence T'oblige-t-elle pas à proteger les tiens Quand ils sont opprimez d'une injuste puissance? Permets que mon ame éplorée Soit dans ta maison assurée De sa légitime terreur, Et que de ces méchans l'insatiable envie De honte et de malheur soit à jamais suivie; Confon leur imposture, arreste leur fureur, Et défen à la fois mon honneur et ma vie. Pren soin de ta vivante image, Quand elle entre dans le passage Du trépas à l'éternité; Eclaire-la, seigneur, d'une grace immortelle; Et, bien qu'à son époux elle ait esté rebelle, N'a-t-elle pas repris cette mesme beauté Qu'elle avoit quand ton fils mourut d'amour pour elle? Je confesse qu'avec justice Tu haïs ceux dont l'artifice S'adresse à tout autre qu'à toy. Moy qui say que ta voix est la verité mesme, Qu'en douter seulement est commettre un blasphéme, Je veux sur l'équité, compagne de la foy, Poser les fondemens de mon pouvoir supréme. Durant mes malheurs incurables Tes yeux benins et favorables Regardoient mon humilité. Des armes des vainqueurs ta bonté me retire, Et dans un air plus doux qu'à présent je respire, Non content de m'avoir rendu la liberté, Tu veux sur leurs estats élargir mon empire. Jette les yeux sur ma misere, Voy que la fortune prospere Veut déja me tourner le dos : Un malheur imprévû fait de mon coeur sa proye, Et dans les plus beaux jours que le ciel nous octroye L'envie et le mépris, jaloux de mon repos, Meslent d'ombre et d'ennui ma lumiere et ma joye. Tu vois que mon mal continuë, Et que ma force diminuë Comme s'augmente ma douleur; Et mon affliction, qui se rend si commune, Me touche beaucoup moins et m'est moins importune Voyant mes ennemis rire de mon malheur, Qu'en voyant mes amis pleurer mon infortune. Comme un corps sans coeur et sans ame Le monde me traite d'infame Et me montre avecque mépris; Et tel qu'est un vaisseau qui par un souffle agile Est formé d'un cristal transparent et fragile, Plus il est precieux, plus son riche débris Rend à le réunir nostre peine inutile. Telle est cette illustre province Où chacun pour se faire prince Se cantonne dans son quartier : La grandeur de son tout perd sa force et sa grace, Et l'espoir assuré parmy la populace Que l'on ne la sçauroit remettre en son entier Augmente aux factieux l'insolence et l'audace. Mais quand leur injuste courage Complote en l'excés de leur rage Ma prison, ma perte ou ma mort, C'est, ô dieu tout-puissant, en toy seul que j'espere; Par ton esprit de paix leur haine se tempere, Tu viens à mon secours, tu rens vain leur effort, Et me sers à la fois de sauveur et de pere. Confon leurs nouvelles maximes, Soy l'appuy des rois legitimes Et des illustres malheureux; Commets en bonne main les sceptres que tu donnes, Assure les estats sur de fermes colomnes, Et fay voir que ton bras, qui travaille pour eux, Sait l'art de rassembler le débris des couronnes. Couvre de honte ces infames Qui reprochent aux bonnes ames Qu'on te prie inutilement; Fay qu'à ces vains moqueurs le remors qui les ronge Leur face, en tous endroits où leur erreur les plonge, Endurer à jamais le mesme chastiment Qu'on prepare aux enfers à l'esprit de mensonge. Impose un éternel silence À ces méchans dont l'insolence Taxe nos plus justes desirs; Fay que, jaloux de ceux qui dessous tes auspices Ont pû se garentir de l'amorce des vices, Ils connoissent combien nos solides plaisirs Sont bien plus permanens que leurs moles delices. Fis-tu pas voir à tous les hommes, Comme à ceux du siecle où nous sommes, Et par ta vie et par ta mort, Qu'ils peuvent s'assurer que leur nef vagabonde Au-dessus de la nuë où le tonnerre gronde, Si ta grace éternelle est son pole et son nort, Sortira sans peril des tempestes du monde? Alors la plus noire malice Manquera d'ombre et d'artifice Pour tenir ma fidelité. Seigneur, ta providence à mes voeux favorable M'offre pour mon asyle un sejour agreable, Que la force des murs jointe à la pieté Ont rendu pour jamais aux méchans imprenable. Que de foiblesse avoit ma crainte! Que d'injustice avoit ma plainte Quand je murmurois contre toy! Aprés tant de tristesse, aprés tant de souffrance, Ta grace, qui se rend à ma perseverance, Fait voir que dans les coeurs la veritable foy Peut jusques au tombeau nourrir son esperance. Vous qui, francs d'espoir et d'envie, Joüissez, aprés cette vie, Du plus parfait de tous les biens, Qui de ces veritez reverez l'excellence, Admirez les effets de la foudre qu'il lance, Comme il sait relever l'humilité des siens, Et de ses ennemis confondre l'insolence. Et vous qui nous servez d'exemples, Beaux esprits dont il fait ses temples, Dignes images du seigneur, Quand le monde et la chair vous tendent leurs amorces, Faites avec vos corps de genereux divorces, Et lorsque ces mutins troublent vostre bonheur, Dans l'ardeur du combat renouvellez vos forces. PSEAUME 31 Heureuse est l'ame penitente, Quand, aprés une longue attente, Dieu veut sa priere exaucer, Et qu'au lieu de punir son vice, Sa bonté semble s'efforcer De le cacher à sa justice. Bienheureuse est encore l'ame À qui Dieu n'impute le blâme Des crimes qui luy sont remis, Et qui jamais ne se propose De celer ceux qu'elle a commis À celuy qui sait toute chose. Quand je luy cachois mon offense, Le remors de ma conscience Rendoit mon esprit si changé, Que sans sa bonté favorable Ce mal trop long-temps negligé Alloit devenir incurable. Ha! Seigneur, que mon artifice Te fit bien-tost voir la malice De mes desseins pernicieux! Le monde en étoit incapable; Mais plus j'estois juste à ses yeux, Et plus aux tiens j'estois coupable. Durant le temps que ta colere M'a fait recevoir le salaire Qu'avoit merité mon peché, Quelque rigueur qu'eust ta justice, Mon esprit estoit plus touché De la honte que du supplice. Enfin, l'ame toute confuse, Devant toy-mesme je m'accuse De t'avoir deux fois offensé; Mais, ô bonté qui tout surpasse! À peine je l'ay confessé, Que je sens l'effet de ta grace. Cette clemence incomparable Du pecheur le plus miserable Doit toutes les craintes bannir; Qui saura ce qu'elle m'accorde Ne pourra plus à l'avenir Douter de ta misericorde. Qu'un second deluge s'appreste, Qu'on n'entende sur nostre teste Que des tonnerres éclater, Dessous leurs rages forcenées Celuy n'a rien à redouter Dont les fautes sont pardonnées. Bien que je te craigne pour juge, Ta clemence m'est un refuge Qui m'est en tout lieu présenté; Et puis dire, quoique tu faces, Que ta puissance et ta bonté À l'envi me comblent de graces. La raison que tu m'as donnée, Dont mon ame est illuminée Comme mon corps l'est de mes yeux, Cette clarté vraiment divine Ne tend qu'à me conduire aux cieux Dans le lieu de son origine. Depuis le temps qu'elle m'éclaire Je reconnois que te déplaire Est le plus grand de tous les maux, Qu'il te faut suivre sans contrainte, Non comme les lourds animaux Qui ne font rien que pour la crainte. Rien ne dompte leur coeur farouche Que le fer qu'ils ont dans la bouche Et le nombre des châtimens; Mais cette raison qui nous guide À faire tes commandemens Nous sert d'éperons et de bride. Les méchans sont aussi sauvages; Si quelquefois dans leurs courages Ils ont quelque remors secret, Ta grace mesme les effroye, Et ne font qu'avecque regret Ce qu'on doit faire avecque joye. Ta justice, qu'ils apprehendent, Est d'où les fidelles attendent Le loyer qu'ils ont merité, Sachant que tes loix souveraines Donnent avec mesme équité Les recompenses et les peines. Dignes enfans d'un si bon pere, Vous dont la foy, que rien n'altere, Est l'espoir, la joye et l'appuy, Gardez-en toûjours la memoire, Et ne cherchez jamais qu'en luy Vostre repos et vostre gloire. PSEAUME 32 Beaux esprits decorez de dons si precieux, Qui devez remplir dans les cieux Les trosnes les plus magnifiques, Comme avecque plaisir vous loüez le seigneur, C'est avecque plaisir qu'il entend les cantiques Que vous chantez en son honneur. Celebrez sa grandeur sur les tons differens Des douces lyres à dix rangs Et des languissantes violes, Et, pour mieux honorer le nom du roy des rois, Accordez dans vos chants vos coeurs à vos paroles, Ainsi que vos luths à vos voix. La tendresse d'amour qu'il a pour les humains Fait à ses équitables mains Perdre l'usage du tonnerre, Et sa voix, qui par tout épand ses veritez, Que fait-elle éclater aux deux bouts de la terre Que des marques de ses bontez? Tout est creé par elle, et les ordres divers Qu'elle porte dans l'univers L'ornent de diverses merveilles, Et ces yeux dont le ciel nous voit de tous costez Semblent estre pour luy convertis en oreilles Pour entendre ses volontez. Bien qu'il regle des eaux le flux et le reflux, Leurs flots ne respectent non plus Les siens que les peuples barbares : Leurs fertiles sablons produisent sans travail, Et cachent par son ordre en leurs gouffres avares Les perles, l'ambre et le corail. Les effets merveilleux de son divin pouvoir À toute la terre font voir Que de tout par tout il dispose, Et feront reconnoistre au peuple mécreant Que, comme du neant il crea toute chose, Il peut tout reduire au neant. Il confond des méchans les secrets attentats, Qui sur le débris des estats Fondent leur injuste puissance, Et de ce qu'il conçoit en son entendement Nous en avons l'effet avant la connoissance, Sans trouble et sans retardement. Les peuples sont heureux que ce dieu tout-puissant Illumine dés en naissant De sa lumiere interieure; Ils seront par sa gloire à jamais triomphans : Ce monarque chez eux a choisi sa demeure, Et leurs enfans pour ses enfans. De son throsne élevé sur le plus haut des cieux Il jette sans cesse les yeux Sur tout ce qui vit en ce monde. Nostre ame, dont il tient la conduite en ses mains, Ne luy peut rien cacher : son esprit est la sonde De tous les secrets des humains. Les rois comtent en vain leurs nombreux combattans Parmi les campagnes flottans Comme les vagues d'un orage, Et l'orgueilleux geant en vain dans les combats Se pense prévaloir et tirer avantage De la pesanteur de son bras. Ces barbes, ces coursiers qui volent les sillons, Ces dignes fils des aquilons, N'assurent point nostre retraite : Du seul maistre de tout les decrets absolus Au camp des ennemis porteront la défaite, Et la victoire à ses éleus. Nous voyons quelquefois son indignation Affliger sa chere Sion D'une pasle et maigre famine; Mais on voit aussi-tost revenir à leur tour L'abondance et la joye, et sa bonté divine Changer sa colere en amour. Seigneur, à pleines mains tes liberalitez Font voir alors en nos citez Tes soins et tes magnificences, Et font connoistre aux tiens comme ton amitié, Dans la contrition qu'ils ont de leurs offenses, Se rend sensible à la pitié. PSEAUME 33 Quelque sujet de tristesse ou de joye Qui m'arrive journellement, En tout temps, en tout lieu, je veux également Remercier celuy qui me l'envoye. Je n'auray point de passion plus forte Que de faire connoistre à tous Qu'il n'est rien de plus grand, qu'il n'est rien de Plus doux, Que l'amitié que le seigneur nous porte. Donc aux autels nos voix et nos pensées, S'élevant avecque nos feux, Rendent grace au pouvoir qui, propice à nos voeux, A soulagé nos miseres passées. Son seul objet rend nostre ame pourveuë De paix, de graces et d'appas; Sa divine splendeur nous éclaire icy bas, Et n'a jamais éblouy nostre veuë. Le malheureux que les destins contraires Accompagnoient dés en naissant, Si-tost qu'il eut recours au seigneur tout-puissant, Seicha ses pleurs et finit ses miseres. Quand nous mettons en Dieu nostre esperance, L'ange qui nous suit pas à pas, En éloignant de nous le trouble des combats, Nous rend par tout la joye et l'assurance. Si vous doutez, ames foibles et basses, Des merveilles de son pouvoir, L'histoire de mes jours vous fait-elle pas voir Son équité, sa grandeur et ses graces? Des plus prudens l'ame juste et parfaite Doit craindre ses bras tout-puissans : Par eux les plus grands rois et les plus florissans Peuvent tomber en extréme disette. Ces insolens, ces riches, dont l'audace, Comme des lions devorans, Opprimoit dans Sion les petits et les grands, Sont effroyez à sa seule menace. Mes chers enfans, que l'amour et la crainte Donnent vos coeurs au roy des rois; Nous pouvons sur la terre, en observant ses loix, Faire une vie aussi douce que sainte. Ne vomissons aucune calomnie Contre la juste autorité; Haïssons le mensonge, aimons la verité, Et maintenons la paix sans tyrannie. D'un oeil benin sa clémence regarde L'homme à ses loix obéissant; Son oreille attentive au cry de l'innocent Oit ses soupirs et le prend en sa garde. Mais quand du ciel sa justice profonde Sur les méchans jette les yeux, Elle veut que leur nom à jamais odieux Soit effacé du souvenir du monde. Des gens de bien il reçoit les victimes, Il les secoure en leur besoin; Et des plus grands pecheurs sa bonté prend le soin Lorsque leur coeur est contrit de leurs crimes. Si les eleus vivent dans la souffrance, Ce n'est que pour faire admirer Celuy dont la bonté les en peut retirer Quand ils auront exercé leur constance. De ces martyrs qui nous servent d'exemples Les os dans les gesnes brisez, Sous les perles et l'or en triomphe exposez, Seront un jour l'ornement de nos temples. Mais les mechans dans la flame eternelle, Où rien ne les peut secourir, Brulent sans consumer, et sans pouvoir mourir Mourra sans fin leur ame criminelle. Ceux dont ils font le but de leur envie, Ces dignes enfans du seigneur, Verront à leur merite egaler leur bonheur, Et dans la mort retrouveront la vie. PSEAUME 34 Puissant dieu des combats, arbitre d'équité, Qui de mes ennemis vois l'infidelité, Sois à mes voeux propice, Leur fer victorieux brille de nos costez; Contre ces grands guerriers, contre ces revoltez, Je reclame à la fois ta force et ta justice. Pren les armes en main qui du plus haut des airs D'une egale terreur font trembler les enfers, Le ciel, l'onde et la terre, Et, rassurant les tiens de ta protection, Et blamant les auteurs de la sedition, Parle à tous les mortels par la voix du tonnerre. Tous ceux qui de ma honte élevent leur orgueil, Qui de mes ans comptez veulent dans le cercueil Avancer la carriere, Que l'ange qui confond le complot des mechans Les puisse par le glaive ecarter dans les champs, Comme les tourbillons ecartent la poussiere. Qu'égarez dans les bois et dans l'obscurité, Tous les flambeaux des cieux refusent leur clarté À leur honteuse fuite; Que la confusion aveugle leurs esprits, Que dans leur propre embûche ils se trouvent surpris, Et par un mesme effet leur puissance détruite. Tandis que ces maudits, dans les vices perdus, Verront dans les filets par eux-mesmes tendus Leur liberté ravie, Egalement comblé de joye et de bon-heur, Mon coeur exaltera le pouvoir du seigneur, Qui sauve mon estat, mon honneur et ma vie. Mes os, que je sentois transis d'etonnement, Tascheront de montrer le secret sentiment De leur réjoüissance. Est-il rien, ô grand dieu! Qui soit pareil à toy? Des justes malheureux tu rassures l'effroy, Quand ils sont opprimez d'une injuste puissance. Contre des veritez que l'on ne peut nier L'esprit des médisans à me calomnier Met toute son estude. Ils tiennent tout de moy, c'est moy qui les maintiens; Mais tant plus je m'efforce à les combler de biens, Plus s'augmentent leur haine et leur ingratitude. Quand de leur tyrannie ils vouloient m'accuser, Par mes pleurs, par mes cris, je taschois d'appaiser Ta divine justice; Je jeûnois, je veillois, et, d'un coeur genereux, À ces austeritez que je faisois pour eux J'ay souvent ajouté la haire et le cilice. J'estois de leur douleur transporté de pitié, Je leur rendois par tout des marques d'amitié, Comme leur propre frere; Et lorsque les malheurs m'accablerent d'ennuis, Passoient-ils pas les jours, passoient-ils pas les nuits, Dans le jeu, dans la danse, et dans la bonne chere? Il naist de leurs complots nostre division, Dont les motifs entre-eux sont par derision Tournez en raillerie; Mais si-tost qu'ils ont vû que tu n'as pas permis Tant de maux dans l'estat comme ils s'estoient promis, Leur grincement de dents temoigna leur furie. Ne m'abandonne point à ces fiers conquerans, À ton oint plus cruels que lions devorans Qui dechirent leur proye; Délivre-moy des maux dont ils sont les auteurs, Afin que je raconte à tes bons serviteurs Le secours qu'au besoin ta clemence m'octroye. Ne permets, ô grand dieu! Que ces méchans esprits, D'un discours insolent ou d'un oeil de mépris, Bravent mon infortune; Ils fomentent la guerre et demandent la paix, Et par cet artifice ils font voir les effets De la deloyauté qui leur est si commune. Aussi-tost qu'on me croit dénué de pouvoir, Le peuple en me montrant fait-il pas assez voir La haine qu'il me porte? Ô dieu qui prend en main la défense des rois Fay voir aux contemteurs des legitimes lois Que la juste puissance est toujours la plus forte. Leve-toy donc, seigneur, et, de ces mesmes mains Dont tu donnes la vie et la mort aux humains, Prepare leur supplice; Puny ces factieux comme ils ont merité. J'ay par tout eu recours à ta seule bonté, Mais contre eux j'ay recours à ta seule justice. À ceux qui de mes maux font leur contentement, Ren, avec leurs desirs, leur haine et mon tourment, Leurs fureurs etouffées, Et que ces insolens, joyeux de mon malheur, Ne se puissent vanter, en vantant leur valeur, D'avoir de ma defaite elevé des trophées. Que, honteux de leur crime et de leur lacheté, Ils ne puissent tirer de mon adversité Leur gloire ni leur joye; Et retournant contre eux leurs discours médisans, Ils soient au lieu de moy, le reste de leurs ans, La bute du mépris dont ils m'ont fait la proye. Lors, comblez de richesse et de prosperité, Ces esprits genereux de qui la charité Prenoit part à ma peine, Et qui blamoient l'horreur d'un si noir attentat, Du calme general que tu rends à l'estat Beniront à jamais ta bonté souveraine. Pour moy, que ta largesse a comblé de bienfaits, Et que ton équité conseille dans la paix, Protege dans la guerre, Je veux, d'un coeur épris et d'amour et de foy, Employer le repos que je tiendray de toy À publier ton nom aux deux bouts de la terre. PSEAUME 35 Ces esprits forts qui font impunément, Dans le torrent de leur débordement, De leur peché leur bonheur et leur gloire, Et, méprisant le celeste courroux, Vont publiant et s'efforcent de croire Que le seigneur n'a point de soin de nous; Leur jugement, pour s'estre trop flaté, S'est endurci dans l'incredulité : L'enfer pour eux est sans peine et sans flame; Tous ces tourmens ne leur font point d'horreur, Et craindroient moins la perte de leur ame Qu'ils ne feroient celle de leur erreur. Lorsque la nuit a nos soins relaschez, Leurs coeurs ne sont remplis que de pechez, Dont la noirceur tache leur conscience; Et le desir de les produire au jour Fait qu'en leur lit avec impatience Leur ame impie en attend le retour. Tu nous fais voir comme de ta bonté Le firmament borne l'immensité; Là tes grandeurs sont par tout estalées, Et tes arrests de nos plus hauts sommets Se font entendre aux plus basses valées Que le soleil ne visite jamais. Le mesme soin que tu prens des humains, Le prens-tu pas des oeuvres de tes mains, Que tu nourris dans l'air, la terre et l'onde? Mais ceux qui sont tes enfans par la foy, Lorsque la mort les bannira du monde, Iront au ciel revivre avecque toy. Là les plaisirs combleront leurs souhaits, De ta promesse ils verront les effets; Jamais les ans ne finiront leurs courses, Et des rayons de ta divinité Leur couleront d'inépuisables sources D'amour, de biens, de vie, et de clarté. Que ceux qui sont soumis à ton pouvoir Soient affermis aux loix de leur devoir Par les douceurs de ta misericorde; Et pren les tiens en ta protection, Lorsque contre eux la licence déborde De l'injustice et de l'ambition. Mais je connois que nos voeux sont oüis, Ces insolens se sont evanoüis, Ou sont restez estendus sur les herbes; L'étonnement en dissipe le bruit, Et dans leur camp leurs menaces superbes Ne troublent plus le calme de la nuit. PSEAUME 36 Vous à qui Dieu promet dans son éternité Une seconde vie en merveilles feconde, Ne portez point d'envie à la prosperité Qui plonge les méchans dans les plaisirs du monde. La gloire des mortels n'a rien de permanent; Leurs grandeurs, leurs honneurs, passent incontinent, Et sont comme les fleurs que la bize resserre : Le mesme jour qui voit leur bouton demi clos Le voit s'épanoüir, fanir, tomber à terre, Devant que sa clarté retombe dans les flots. Mettez vostre esperance aux bontez du seigneur, Et sachez qu'en vos champs ces fecondes richesses Qui comblent vos maisons et vos jours de bonheur Sont les fruits de vos voeux et ceux de ses largesses. Que vostre seul plaisir en tout temps, en tout lieu, Soit d'admirer la gloire et les oeuvres de Dieu; Consacrez-luy vos coeurs avecque vos offrandes : Il déploira pour vous ses graces et ses soins; Sa liberalité préviendra vos demandes, Comme sa providence a prévû vos besoins. Tel que l'astre du jour dans le milieu des cieux Divise également sa flame et sa carriere, Quand ses rayons à plomb penetrant en tous lieux Font que tout l'horizon est vû de sa lumiere : Telle son équité, du haut du firmament, Distribuant aux siens sa grace également, Fait que leur esperance est égale à leur crainte; Il reconnoist de là l'impie et l'innocent, Et leur devotion, ou veritable ou feinte, Sera par tout en veuë à ce dieu tout-puissant. Que dans ses volontez se bornent vos desirs, Et que vos coeurs soumis contemplent sans envie Les méchans obstinez passer dans les plaisirs Leur trop abominable et trop heureuse vie. Cette vaine splendeur qui les suit icy bas S'éclipse pour jamais dans la nuit du trépas; Il n'est rien de durable au-dessous de la lune. Ne murmurez donc plus de leur felicité, Et, pour les imiter en leur bonne fortune, Ne les imitez point en leur impieté. L'effort de peu de jours mettra dans le cercueil Ces contempteurs du ciel, ces tirans de la terre; Le courroux du seigneur, touché de leur orgueil, A déja sur leur teste appresté son tonnerre; Leurs vains titres d'honneur seront aneantis, Leurs palais, leurs chasteaux, si richement bastis, À peine laisseront leurs traces dans les herbes, Tandis que vous verrez couvrir en la saison Vos costaux de raisins, vos campagnes de gerbes, Et la paix en tout temps benir vostre maison. Le méchant aura beau témoigner sa fureur En recourbant son arc, en tirant son épée, Cela ne vous doit point apporter de terreur : Sa rage sans effet se verra dissipée. Le createur de tout, qui tient tout en ses mains, Qui fait l'évenement du conseil des humains, Sait punir comme il doit leur injuste licence; Et ceux qui contre nous font les peuples armer Se verront opprimez par la mesme puissance Dont leur rebellion nous vouloit opprimer. Le juste est plus heureux avecque peu de biens Que ne sont les pecheurs nageant dans l'abondance. Le seigneur, qui par tout est l'asyle des siens, Oste à ses ennemis la force et la prudence; Il peut combler d'ennuis l'esprit le plus content; Sa seule volonté détruit en un instant L'impie et la richesse où son espoir aspire, Et, parmi les douceurs d'une éternelle paix, À ceux qu'il a choisis pour peupler son empire, Les biens qu'il leur promet ne perissent jamais. Dans la bonne fortune et dans l'adversité Leur esprit est toûjours en une mesme assiette. Du monarque des cieux la liberalité Défend de leur maison l'entrée à la disette; Au lieu que ces ingrats, reprouvez du seigneur, Lors qu'ils sont élevez au comble de l'honneur, Et que leur fausse gloire est par tout estimée, Il confond leurs desseins les plus audacieux, Et leur vaine grandeur est comme la fumée Qui se dissipe en l'air en s'élevant aux cieux. Quand leurs profusions ont leur bien consumé, Leurs emprunts excessifs les rendent insolvables; Mais l'homme charitable est des pauvres aimé, Et de tous ses amis en fait ses redevables. Dieu les voit de bon oeil, ils ne manquent de rien; Il prolonge leurs jours, il augmente leur bien, Et jamais icy bas sa grace ne les quitte. Mais ceux qui sont jaloux des biens qu'il leur produit Periront, et verront leur engeance maudite Confonduë avec eux dans l'éternelle nuit. Dieu benit icy bas l'homme juste et pieux; Sa clarté de là haut, de peur qu'il se fourvoye, Le conduit de la terre en la gloire des cieux, Et le comble par tout de bonheur et de joye. Toutes ses actions, ses pensers, ses discours, Luy plaisent et luy font augmenter tous les jours Les tendresses pour luy de l'amour paternelle; Que s'il bronche ou s'il tombe avant que d'arriver Au repos preparé pour la troupe fidelle, Le seigneur est toûjours prest à le relever. Sous le regne inconstant de trois grands potentats J'ay passé mon printemps, mon esté, mon automne; J'ay veû d'un souverain au coeur de ses estats Tomber sur l'échafaut la teste et la couronne; J'ay veû les contempteurs des legitimes loix S'efforcer d'abolir dans la maison des rois Par la flame et le fer leurs puissances suprémes; Mais je n'ay jamais veû dessous l'oppression Les gens de bien souffrir des miseres extrémes Sans estre aidez et plaints en leur affliction. Combien que leur bonté d'un charitable soin Assiste l'indigent de pieuses largesses, Dans les graces du ciel, qu'ils trouvent au besoin, Au lieu de s'appauvrir s'augmentent leurs richesses. Suivons donc leur exemple, et fuions le peché, Qui retient le méchant à la terre attaché Et confond aux enfers son ame criminelle. Le seigneur tout-puissant voit les siens de là haut, Et, pour leur recompense, en la gloire éternelle Leur prepare un bonheur à qui rien de defaut. Dieu perdra le mechant et sa posterité, Et des enfans du juste il peuplera le monde, Jusqu'à tant que le verbe avec la liberté Leur redonne la gloire où leur espoir se fonde; La justice et la foy feront leur entretien, Leur coeur purifié ne se remplit de rien Que de son saint amour, qui par tout le consomme Et l'innocente ardeur d'un feu si precieux N'en separe ici bas ce qu'ils avoient de l'homme Que pour les élever à la gloire des cieux. Le méchant qui les voit dans la prosperité Est rongé nuit et jour d'une mortelle envie; Il se veut prévaloir de leur simplicité Pour ravir leur honneur, leur fortune et leur vie; Contre tous ces assauts ils demeurent debout, Les graces du seigneur les assistent par tout Et combattent pour eux la force et l'artifice; Ils ne verront jamais leur pouvoir abattu, Et peuvent s'asseurer que jamais l'injustice N'aura point de noirceur qui tache leur vertu. Attendez donc l'effet de ce qu'il a promis, Et suivez cependant les loix qu'il a prescrites; Ce fatal ennemi de tous vos ennemis Rendra vostre bonheur égal à vos merites; Tous les ans, les estez doreront vos sillons, Les sommets de vos tours et de vos pavillons Perceront la nuée où gronde le tonnerre, Et, dans ces grands palais si pompeux et si beaux, Vous cueillerez les fleurs et les fruits d'une terre Qui pour vos ennemis n'aura que des tombeaux. Il est vray que j'ay vû quelquefois dans Sion Ces ames d'interest, orgueilleuses et fieres, S'élever au-dessus de leur condition, Comme les cedres font au-dessus des bruieres; D'or, de bronze et de marbre ils ornoient leurs palais, Leur suite fourmilloit d'un nombre de valets Qui donnoient de l'envie aux plus riches monarques; Mais, comme en un instant ils estoient parvenus, Un instant les détruit, n'en laisse aucune marque, Et personne ne sait ce qu'ils sont devenus. Conservez donc, chrestiens, dans vos coeurs l'équité, Ne vous emportez point dans l'injuste licence, Sachez que l'esperance et la tranquilité Jusqu'au dernier soupir assistent l'innocence; Au lieu que le méchant, toujours avecque soy Portant le desespoir, la tristesse et l'effroy, Passe de cette vie à la mort éternelle, Et ces biens, ces thresors, acquis injustement, Cette suite d'amis si nombreuse et si belle, Le quittent pour jamais au bord du monument. L'eternel de bonheur remplira les desirs De ceux qui de son nom remplissent leur memoire; Ils auront dans la paix la joye et les plaisirs, Ils auront aux combats le triomphe et la gloire; Il les preservera du glaive des méchans, Fera dans leurs maisons, ainsi que dans leurs champs, Paroistre les effets de sa bonté profonde, Jusqu'à tant que son fils, toujours victorieux De l'enfer, du peché, de la mort et du monde, Les tire de leurs fers et les éleve aux cieux. PSEAUME 37 Ne vien point, mon bon dieu, reprendre mon erreur; Au fort de ta fureur, Permets que ta clemence appaise ta justice, Et, donnant à ma peine un terme limité, Qu'elle me garantisse Du supplice éternel que j'avois merité. Chasse de mon esprit la cause de mes pleurs, Modere ces douleurs Contre qui mon courage a perdu sa constance; Jamais tes chastimens n'eurent tant de longueur; Fais que ma repentance Change en traits de pitié les traits de ta rigueur. Mes maux envenimez gagnent par tout mon corps, Et, malgré mes efforts, Aux remedes humains se rendent invincibles; Et si tous ces malheurs dont je suis menacé Ne me sont point sensibles Comme le déplaisir de t'avoir offensé. Tout triste et tout pensif je vais traînant mes pas; Mes yeux toujours en bas N'osent voir seulement le lieu de ta demeure, Et croy que ce flambeau, dont les jours sont bornez, Me reproche à toute heure D'avoir si mal usé de ceux qu'il m'a donnez. Mon corps n'a presque plus de sang ni de santé, Et, s'il m'en est resté, Ce n'est que pour nourrir mes flâmes insensées; Les ruisseaux de mes pleurs ne les éteignent pas, Ces trop douces pensées Mesmes au repentir me tendent leurs appas. En vain, quand tous ces maux m'accablent à la fois, Je crie à haute voix, Et t'appelle à mon aide afin de me défendre; Que me servent ces cris jusqu'aux astres poussez, Puisque tu peux entendre Les voeux que je te fais si-tost qu'ils sont pensez? Mon coeur debilité ne peut plus respirer; À force de pleurer, Je sens que de mes yeux la lumiere s'efface; Mais, si je ne perds point, ô monarque des cieux, La clarté de ta grace, Je n'auray point regret à celle de mes yeux. Ceux de qui j'esperois un éternel appuy, Me laissent aujourd'huy En proye au déplaisir qui mon âge consume; Et tous mes ennemis avecque lascheté Ont, contre la coustume, Augmenté leur envie en mon adversité. À tous les faux rapports qu'ils sement dans ma cour Je suis muet et sourd, Et temoigne toujours un courage inflexible; Mais plus aux factions que je voy projetter Je demeure insensible, Et tant plus ma bonté semble les irriter. Contre tant d'ennemis qui croissent tous les jours À toy seul j'ay recours, Comme au seul qui des rois conserve les couronnes; Toy seul es mon asyle en mon affliction : Jamais tu n'abandonnes Celuy qui se confie en ta protection. Leurs animositez ne se plaisent ailleurs Qu'aux matieres de pleurs, Que tes justes courroux me rendent si communes; Finy donc à la fois leur joye et mon tourment, Et que mes infortunes Ne soient plus le sujet de leur contentement. Quoique face pourtant ton pourvoir rigoureux, Je seray bienheureux Pourveu que ma constance appaise ta justice; Je ne sçaurois souffrir ce que j'ay merité. Il n'est point de supplice Qui se puisse égaler à mon impieté. Je say que ton courroux met la force à la main À ce peuple inhumain, De qui ma tolerance a crû la multitude; Mais, n'osant murmurer contre tes châtimens, En leur ingratitude Je cherche le sujet de mes ressentimens. Si tu me mets en proye à leur inimitié, Ils feront sans pitié Tout ce que la fureur contre moy leur propose; Mais bien que leurs desseins me doivent preparer À craindre toute chose, Je puis de ta bonté toute chose esperer. PSEAUME 38 J'ay dit : je veux que mes tourmens Appaisent leurs ressentimens, Qui causoient de mes cris la juste violence; Et, dans mon desespoir, de peur de blasphemer, Je ne veux plus avoir de voix pour l'exprimer Que les gemissemens, les pleurs et le silence. Quand j'estois le plus affligé Les medisans m'ont outragé, Mon coeur sans murmurer a souffert cette offense; Et, quoy que l'on ait pû contre moy controuver, Et qu'avecque raison je m'en peusse laver, Je veux que ma raison demeure sans défense. Cependant mon courroux s'aigrit, Son feu s'embrase en mon esprit, Je suis incessamment la bute de l'envie; Lors je dis au seigneur d'un coeur calme et constant : Quand verray-je arriver ce bienheureux instant Qui finira d'un coup mon malheur et ma vie? Fay-moy connoistre quand mes jours Doivent mettre fin à leur cours; Ce seul espoir rendra ma douleur consolable : Je say que des plus longs le terme est limité, Que tout est confondu dans ton éternité, Et qu'il n'est point de temps qui luy soit comparable. Comme ces fantômes legers Se forment des corps dans les airs Qu'on voit en un instant paroistre et disparoistre, De mesme tous nos corps, de la terre formez, Rentrent en un moment, pour estre consumez, Dans le mesme élement qui leur a donné l'estre. Saurons-nous, quand nous serons morts, Qui possedera les tresors Que nous avons acquis avecque tant de peine? Les biens que Dieu promet à sa sainte Sion Sont à jamais les seuls dont la possession Nous est la plus utile et la moins incertaine. Délivre-moy des vanitez Qui vont troubler de tous costez Le repos des mortels dans le siecle où nous sommes; Que je perde à jamais la raison et la voix Si mon plus grand desir n'est de voir sous tes loix Soumettre avecque moy tout le reste des hommes. Mais, seigneur, dans tes chastimens, Tes courroux sont trop vehemens; Mon courage contre eux n'a plus de resistance. Modere les tourmens qui me sont apprestez. Combien qu'ils soient moins grands que mes iniquitez, Leur grandeur toutefois estonne ma constance. Comme le ver, en mille lieux Rongeant un habit precieux, Ternit le vif éclat du pourpre et de la soye, Ainsi le repentir qui me ronge le coeur, Augmentant tous les jours ma crainte et ma langueur, Ternit dans mon esprit l'esperance et la joye. Jamais les malheurs icy bas Ne cesseront jusqu'au trépas De nous persecuter et nous faire la guerre. L'homme n'a de repos que dans l'éternité; Le ciel est sa patrie, et nous n'avons esté, Ni mes peres ni moy, qu'estrangers sur la terre. Donne-nous la paix, ô grand dieu! Afin qu'on te croye en tout lieu Le nompareil ouvrier des oeuvres nompareilles, Et qu'en ce temps heureux qu'on ne peut acquerir, Mon esprit en repos puisse, avant que mourir, Joüir de tes bienfaits et chanter tes merveilles. PSEAUME 39 En vain j'ay, de l'abisme où mon iniquité M'avoit precipité, Long-temps de mon sauveur imploré l'assistance; Mais enfin son courroux, qui me faisoit perir, Contre les traits d'amour n'eut plus de resistance : Il écoute mes cris et me vient secourir. Mon trosne par ses mains est fondé sur un roc Qui ne craint point le choc Des flots dont la fortune agite les provinces, Et par luy ma conduite à regir les estats Instruit les plus vaillans et les plus sages princes, Et donne de l'envie à tous les potentats. Quand son esprit m'anime à chanter sa grandeur, D'une nouvelle ardeur Il renforce ma voix, il inspire mes veilles, Et de mon ignorance il fait naistre des vers Qui feront admirer son nom et ses merveilles Par tout où le soleil éclaire l'univers. Heureux l'homme qui peut en tout temps, en tout lieu, Se donnant à son dieu, De sa seule loüange occuper sa memoire, Qui l'exalte en la paix, qui l'invoque aux combats, Et dont l'esprit, ravi de l'éclat de sa gloire, Voit avecque mépris les choses d'icy bas! Les clartez dont sa main orne le firmament Passent le jugement De ceux que sous le ciel on voit mourir et naistre. Qui pourroit, ô grand dieu! Tes oeuvres celebrer, De qui l'immensité ne se sauroit connoistre, De qui la quantité ne se sauroit nombrer? Tu méprises l'encens qu'offrent à tes autels Les superbes mortels Dont la devotion dans les pompes se passe : Le feu n'est point si pur dans leur riche bûcher Qu'en l'ame d'un pecheur enflamé de ta grace, Dont la contrition ne te veut rien cacher. Ton registre, seigneur, qui ne te trompe point, T'apprend comme ton oint Est soumis pour jamais à ton obéïssance, Et t'apprend que le sort, tes loix et la raison Luy firent de tout temps adorer ta puissance, Qui le fit triompher en sortant de prison. Tes eleus m'entendront chanter à haute voix L'équité de tes loix Et le juste devoir où la foy me convie. Les flâmes ni les feux n'ont point de cruautez Où la peur de la mort ni l'amour de la vie M'empeschent d'annoncer tes saintes veritez. Je publieray ton nom et mon ressentiment Des biens qu'incessamment Je reçois icy bas de ta main charitable, Et d'une mesme voix feray savoir à tous Ta bonté, ton amour et ta grace équitable, Ta haine, ta fureur et ton juste courroux. Ne m'abandonne point en proye à la douleur : Tu vois que le malheur S'efforce de me mettre au rang de ses victimes; Fay-moy misericorde, et dans mon oraison Donne quelque relâche aux remors de mes crimes, Qui viennent à la foule accabler ma raison. Si tu ne viens bien-tost soulager mes ennuis, En l'estat où je suis, Leur extréme longueur vaincra ma patience. Mes pechez sont si grands qu'ils m'accablent sous eux; Leur énorme laideur noircit ma conscience, Et leur nombre a passé celuy de mes cheveux. Change en honte l'orgueil de ces petits esprits, Dont l'insolent mépris Elance contre moy tant de haine et d'envie, Et ceux qui, par ma mort, veulent troubler l'etat, Soient eux-mesmes troublez le reste de leur vie D'avoir eu le desir d'un si noir attentat. Rabaisse la fierté de ces nouveaux tribuns Et ces cris importuns De leurs dérisions aussi vaines que folles; Mais ceux de qui la voix celebre ton honneur Puissent voir leurs effets, ainsi que leurs paroles, Les combler à jamais de gloire et de bonheur! Avant que la disette opprime les humains, Tes liberales mains Leur offrent dans les champs des richesses nouvelles, Et, couvrant ta splendeur de nostre humanité, De ton affection ne prens-tu pas des aisles Pour secourir les tiens en leur necessité? PSEAUME 40 Ô bienheureux celuy qui prend le soin De secourir les pauvres au besoin! Dieu largement ses graces luy dispense, Et, tandis que le ciel luy prepare là haut Des honneurs éternels à qui rien ne defaut, Il veut que dés la terre il ait sa recompense; Que, de ses jours éloignant le malheur, Son corps, rempli de force et de valeur, Soit animé d'une ame non commune; Que, toujours son bon ange accompagnant ses pas, Jamais ses ennemis ne puissent icy bas Retarder le progrez de sa bonne fortune; Que Dieu toujours le vienne secourir, Qu'en tous ses maux Dieu le vienne guerir Et luy redonne une santé parfaite, Jusqu'à tant que son ame, en s'élevant aux cieux, Change son corps mortel en un corps glorieux Franc des infirmitez où la vie est sujette. Pour moy, qui suis de crimes entaché, Dans le remords dont mon coeur est touché, Je dis au dieu qui m'éclaire et m'enflame : Redonne-moy ta grace et fay que tes bontez, En guerissant mon corps de ses infirmitez, Me guerissent aussi de celles de mon ame. Ce peuple ingrat, dont le coeur sans pitié N'a point de borne à son inimitié, En sa fureur attentoit à ma vie, Et ces fiers contempteurs des legitimes loix S'efforçoient d'effacer avecque mes exploits Mon nom, qui survivra leur haine et leur envie. Quand par devoir ils grossissent ma cour, À mon sujet ils exposent au jour Ce que produit l'art de la flatterie; Mais hors de mon palais on entend ces esprits Censurer ma conduite, et, parlant par mépris, Retourner leur éloge en une moquerie. Alors chacun murmure contre moy, Disant tout haut que le devoir d'un roy Est de veiller quand son peuple repose; Et si, par accident ou par quelque attentat, Le desordre causoit la cheute de l'estat, Ils veulent à moy seul en imputer la cause. Dans mes ennuis, rien ne me toucha tant Que quand je vis ce disciple inconstant Paroistre au front de la troupe rebelle, Celuy qui, s'estant joint avec mes ennemis, Leur tint contre moy seul ce qu'il avoit promis, Et n'eut jamais de foy que pour m'estre infidelle. Grand dieu, qui seul ne manqueras jamais À nous tenir ce que tu nous promets, Tu recevras ma plainte legitime. Le traistre en son remors sera sans reconfort; Un juste desespoir avancera sa mort, Sans pouvoir recueillir le loyer de son crime. Si quelque jour ton amour paternel Me donne place en l'empire éternel, Qui n'est peuplé que des saints et des anges, Que ta grace me prenne en sa protection : Tu verras à jamais, en ta sainte Sion, Les coeurs comme les voix celebrer tes loüanges. PSEAUME 41 Tel qu'un cerf aux abois d'une trop longue course Va chercher dans les eaux sa derniere ressource, Quand il se voit prés de mourir, Ainsi, quand le peché de l'eglise me chasse, Afin de me faire perir, Je cherche mon salut dans les eaux de ta grace. Au miserable estat où mon ame affligée, En se noyant de pleurs, tasche d'estre allegée De son juste et cruel ennuy, L'impie injurieux, en sa rage insensée, Me demandoit à voir celuy Qu'on ne voit qu'en la foy, des yeux de la pensée. Je passe en cet exil le plus beau de mon âge À souffrir le mépris de ce peuple sauvage, Dont le seigneur est offensé, Et dans le souvenir des douceurs innocentes De mon contentement passé Je soulage l'ennuy de mes peines presentes. Ton seul nom, ô grand dieu! Remplissant ma memoire, Tous mes vers ne l'estoient que de ta seule gloire Et des grandeurs de nostre foy, Et mon coeur n'avoit point de plus grandes delices Que de s'élever jusqu'à toy, Avecque les parfums qu'offroient nos sacrifices. Mais à quoy me sert-il d'entretenir ma vie Du regret de Sion, que l'exil m'a ravie, Et du desir d'y revenir? Dieu n'a-t-il pas promis à la troupe fidelle Qu'un jour elle verroit finir Ses ans et ses ennuis dans la joye éternelle? En ces vagues pensers de mon inquietude, Quelquefois mon esprit vole en la solitude Où le Jourdain espand ses eaux, Et la cime d'Hermon, toujours verte et fleurie, Si delicieuse aux troupeaux, Quelquefois entretient ma douce rêverie. De ces objets cheris, dont je n'ay que l'idée Et les jours et les nuits mon ame est possedée, Ainsi que d'un mauvais demon; Le Jourdain me paroist agité de tempeste, Et du haut du petit Hermon Je pense voir lancer les foudres sur nos testes. Loin des lieux où l'eglise est à present banie, Dieu fera voir un jour sa misere finie, Avecque l'ennui qui la suit, Et se verra suivi le jour plein de merveilles D'une heureuse et devote nuit, Où sa seule loüange occupera nos veilles. Je lui diray : mon dieu, pren pitié de ma vie, Tu vois, en cet exil où tu l'as asservie, Toutes mes forces défaillir; Si ta grace en tous lieux est mon pole et mon phare, Pourquoy me laisses-tu vieillir Parmi l'impieté de ce peuple barbare? Tous mes os fremissoient des horribles blasphémes Dont leur rage offensoit tes puissances suprêmes, Qu'ils s'efforçoient de décrier, Lorsque ces nations grossieres et sauvages Font semblant d'ignorer l'ouvrier Dont tous les yeux du monde admirent les ouvrages. Mais, mon ame, en ce lieu seras-tu toujours triste? Sais-tu pas que celui qui t'aime et qui t'assiste Jamais n'abandonne les siens? Estein ces vains soucis où ta raison s'égare, Dans l'espoir de joüir des biens Qu'à nostre heureux retour Israël nous prepare. PSEAUME 42 Sois mon juge, seigneur, comme tu l'as promis; N'écoute point les voeux que font mes ennemis Mais consulte plûtost tes bontez paternelles : Aprés tant de bienfaits qu'autrefois tu me fis, Te voudrois-tu servir, pour chastier ton fils, Du bras des infidelles? Que la foy me conduise en la sainte Sion, Où de nos coeurs épris l'ardante affection Avecque leur encens éleve leurs prieres; Confond l'idolatrie et l'incredulité, Et, pour me retirer de leur obscurité, Preste moy ta lumiere. Lors, d'un esprit content et d'un coeur assuré, J'iray dans ta maison, et te remerciray De ce comble d'honneur que ta grace m'octroye; Et les justes accords de ma voix, et mon luth, Te publiront partout l'auteur de mon salut, En publiant ma joye. Mais quoy? Veux-tu toujours, mon ame, sans besoin Redouter et prévoir les malheurs de si loin? Dieu ne t'offre-t-il pas sa maison pour refuge? N'y dois-tu pas un jour, aprés tant de combats, Benir le roy des cieux, qui des rois d'icy-bas Est le maistre et le juge? PSEAUME 43 Les enfans d'age en âge apprendront de leurs peres Comme autrefois, seigneur, ta puissance voulut Contre les artisans de nos longues miseres Combattre pour ta gloire et pour notre salut. Ils sauront comme aprés nos guerres étouffées Nos ayeuls ont posé leurs arcs et leurs écus, Et que leurs bras, lassez d'élever des trophées, Ont imprimé le soc dans le champ des vaincus. Ils ne l'eussent pas fait par la force des armes; Mais tes mains et tes yeux, par des effets divers, Ne s'armerent pour eux que d'attraits et de charmes, Et pour leurs ennemis de foudres et d'éclairs. Ô mon maistre! ô mon roy! Si-tost que ta presence Rend le coeur à ton oint et la force à son bras, L'orgueil de l'univers a-t-il quelque puissance Qu'il ne puisse choquer, briser et mettre à bas? Ce n'est ni par les dards, ce n'est ni par la lance Qu'on soumet l'ennemi sans l'avoir combattu : Toy qui mets le respect où regnoit l'insolence, Ren son esprit confus et son coeur abattu. Aprés cette victoire en merveilles feconde, Je publiray sans fin tes bontez en tous lieux, Et mon ressentiment fera le tour du monde, Tandis que le soleil fera le tour des cieux. Mais à quoy nous sert-il de sortir d'esclavage Pour vivre sous un maistre aussi juste que doux, S'il faut qu'en le perdant nous perdions le courage Et fuyons devant ceux qui fuyoient devant nous? Quoy donc? Ta bergerie à jamais vagabonde Se verra loin des bords du Jourdain et du Nil Errer en tant de lieux qu'à peine tout le monde Pourra dans sa grandeur contenir son exil? Veux-tu laisser les tiens en proye à l'injustice, Où, leurs biens devorez par ces lâches esprits Ne pouvant assouvir leur infame avarice, Leurs corps chargez de fers se verront mettre à prix? Si l'ennemi pour eux modere sa furie, Tous ses gestes témoins de sa ferocité Semblent par le mépris et par la mocquerie Appesantir les fers de leur captivité. Nos voisins, dont l'orgueil voyoit avec envie Les progrez qu'autrefois faisoit nostre valeur, Dans le sort inconstant qui conduit nostre vie, Voient avecque plaisir ceux de nostre malheur. Et, lorsque le desir de sortir d'esclavage D'un genereux dépit nous anime le coeur, La honte luy succede et nous monte au visage, Nous voyant sous le joug d'un si lasche vainqueur. Dans cette oppression d'infamie et de blâme, Nous avons toujours mis nostre esperance en toy, Et conservons toûjours dans le fond de nostre ame Ce glorieux desir de mourir pour la foy. Au milieu des serpens et des bestes cruelles, Ils font à nos terreurs succeder les tourmens, Et de leurs noirs cachots les ombres éternelles Semblent de nos prisons faire nos monumens. Si parmi tant d'horreurs, d'aspics et de viperes, Nous effaçons ton nom de nostre souvenir, Pour servir d'autres dieux que celuy de nos peres, Qui le peut mieux que toy reconnoistre ou punir? Quand tu vois entraîner dans les fers des rebelles Ceux que tu cherissois avec tant d'amitié, Quand tu vois comme agneaux égorger les fidelles, Ton bras est-il sans force, ou ton coeur sans pitié? Es-tu donc insensible en voyant de la sorte Qu'on traite en cet exil nostre invincible foy, Toy qui sçais qu'icy bas la haine qu'on nous porte Ne vient que de l'amour que nous avons pour toy? Réveille-toy, seigneur, releve ta puissance : Nulle juste raison ne t'en peut dispenser; Réveille-toy, seigneur, releve l'innocence, Que l'orgueil des méchans s'efforce d'abaisser. PSEAUME 44 Ce grand artisan des merveilles, Jesus, mon sauveur et mon roy, Fait que je produis en mes veilles Des vers qui ne sont point de moy; Plus vite qu'un torrent ne roule, Il sort de mon esprit, en foule, Des pensers plus divins qu'humains; Et ma voix, dictant ces mysteres, Fournit les plumes et les mains Des plus diligens secretaires. Beauté qui jamais ne s'efface, Feu dont les anges sont épris, Que les doux attraits de ta grace Ont de pouvoir sur nos esprits! Que ta parole est delectable, Que ton épée est redoutable, Ô digne vainqueur des vainqueurs! Et que d'une douce contrainte Tu sais imprimer dans les coeurs L'amour, la raison et la crainte! Si ta valeur et ta puissance Sont l'effroy des scadrons épais, Ta pompe et ta magnificence Sont les delices de la paix. Poursuy doncques ton entreprise, Le bonheur toûjours favorise Les desseins de ta majesté. La verité qu'on nous enseigne, Ta clemence et ton équité À l'envy maintiennent ton regne. Si ta clemence nous inspire L'obeïssance et le devoir, Si les justes traits de ton ire Nous font redouter ton pouvoir; Les coeurs les plus impenetrables, Percez de coups inévitables, Reconnoistront tes justes loix, Et qu'en vain on resiste aux charmes De tes beautez et de ta voix, Pour estre vaincu par tes armes. Grand roy, grand ennemi du vice, Ton regne n'est point limité; Son fondement est la justice, Sa durée est l'éternité. Dieu te fait part de sa puissance; Il t'a sacré dés ta naissance De ses plus pures onctions, Et tu n'es point, comme nous sommes, Sujet aux imperfections Dont la terre souille les hommes. Cette vierge en qui l'on admire Des vertus sans nombre et sans prix, Qui passent l'odeur de la mirrhe, De l'encens et de l'ambre gris; Ce beau chéf-d'oeuvre de la gloire, De qui la blancheur de l'ivoire N'égale point la pureté, En sa couche chaste et feconde T'a vestu de l'humanité Dont tu te couvres dans le monde. Des filles des plus grands monarques Les coeurs percez de mille traits Porteront à jamais les marques Des triomphes de tes attraits. Et, parmi la pompe et la joye, Est brillante d'or et de soye La reine assise à ton costé, Celle dont la magnificence, La modestie et la beauté Témoignent la haute naissance. Ô fille dignement placée! Ton espoux avecque raison Doit effacer de ta pensée La memoire de ta maison. Ne songe donc plus aux caresses Dont tes parens, dans leurs tendresses, T'entretenoient avant ce jour; Que jamais il ne t'en souvienne; À Dieu seul donne ton amour Afin qu'il te donne la sienne. Les dames de tout son empire Feront leurs presens à la fois À la seule que l'on peut dire Fille et mere du roy des rois; Les plus illustres de naissance Se soûmettront à ta puissance, Comme font les moindres de nous; Et ta gloire, par tout semée, Par la grandeur de ton espoux Augmentera ta renommée. Tu verras des beautez l'élite, Tous les jours, au palais du roy, Pour donner lustre à ton merite, Tenir le cercle avecque toy. Ces beaux ouvrages de nature, De qui l'ame innocente et pure N'a que la vertu pour conseil, Te reconnoissant la premiere, Viendront comme de leur soleil Emprunter de toy la lumiere. Pour ces peres qui t'ont fait naistre Dans l'esclavage et dans l'exil, Et qui ne t'avoient fait connoistre Qu'aux bords du Jourdain et du Nil, Tu vois déjà dans les oracles Tes enfans de qui les miracles Combattent l'incredulité, Et qui sans armes ni sans guerre Estendent ton autorité Sur tous les sceptres de la terre. La fureur des vents et des ondes N'empesche point leurs saints projets : Ils vont dans tous les nouveaux mondes Te faire de nouveaux sujets. Les conquestes de leur parole Passent de l'un à l'autre pole, Rien n'en peut arrester le cours; Et ce jour de flâme et de gloire Qui finit tous les autres jours N'en finira point la memoire. PSEAUME 45 Le seigneur, qui de tout est le maistre et le juge Sera nostre refuge, Pour nous mettre à l'abry des tempestes du sort : Jamais dans son navire on ne fait de naufrage; Au plus fort de l'orage On y peut posseder les delices du port. Que l'ocean éleve en montagnes roulantes Ses vagues écumantes, Que les cieux soient voilez de nuages épais, Et soient, comme au cahos, l'air, la mer et la terre En éternelle guerre, Nous y trouvons toûjours la lumiere et la paix. Que l'on voye ébranler par la fureur de l'onde Les fondemens du monde, Et Dieu changer pour nous ses graces en rigueurs, Par les eaux de nos pleurs et celles du baptesme, Sa puissance supresme, En lavant nos pechez, rassurera nos coeurs. Il est de la vertu le support et l'exemple; Il fait dans nous un temple Où son pouvoir paroist tel qu'il est dans les cieux; Et, si-tost que nos jours commencent leur carriere, Sa grace et sa lumiere Eclairent à la fois nos ames et nos yeux. Quand des aigles romains les nombreuses armées À leur perte animées, Déchiroient les estats qu'ils avoient usurpez, De tous ces grands guerriers l'invincible proüesse Témoigna leur foiblesse Et la force du bras qui les a dissipez. Peuple, vien voir l'effet des couches de Marie, Qui calment la furie Des flots qu'avoient émeus ces vents seditieux, Et mettent, par la paix generale et profonde, Tous les sceptres du monde En une seule main comme celuy des cieux. Voy nager dans le sang aux plaines philippiques Les débris magnifiques De tant de legions et de peuples divers; Voy par là réunir sous le regne d'Auguste Cette puissance injuste Dont la division divisoit l'univers. Sache que le seigneur, pitoyable à nos larmes, Dit, en brisant ses armes, De qui le monde entier souffroit l'oppression : " croyez qu'à l'av